Au sujet de

Ces discours, vous les connaissez, ils sont rabâchés (de la même façon) toute la journée sur tous les médias. Ce que nous proposons ici, c'est d'avoir non pas des certitudes, mais des éléments de réflexion, car pour se faire une idée des évènements il faut lire plusieurs point de vue. Et ce n'est pas en écoutant les "médias officiels" que vous pourrez en avoir !
Il ne suffit pas de s’informer, ils faut s’impliquer !


Dossiers
»Chute des Empires«

Si l'empire se veut éternel, le provisoire est son lot.
On va rentrer, sans doute, dans une ère intermédiaire des "empires par défaut". Ces empires, qui, comme les autres empires, ne dureront que le temps de leurs ressources fossiles.
L'Empire Romain s'est effondré quelques années après la fin des mines d'or d'Espagne, les autres n'ayant plus de richesse !
Exit, donc, d'abord, UE, USA, au profit transitoire d'Inde, Chine, Russie, et des pays du Moyen orient. Puis, ils souffriront à leur tour de l'effondrement de leur production.
Dans leur malheur, les pays occidentaux peuvent compter sur leurs dirigeants pour empoisonner les plaies. Macron semble doué pour cela. Tout le monde est visé, chômeurs, bénéficiaires du RSA, retraités, salariés, fonctionnaires...
C'est en France donc que la situation devrait être la plus explosive tant l'incompréhension est totale entre un peuple qui souffre et des dirigeants qui ont parié sur la construction européenne, qui est en train de s'écrouler et qui n'ont pas de plan B. L’Allemagne, quant à elle, a tout misé sur l’industrie automobile, au moment même où la demande de voitures va baisser de façon structurelle dans le monde entier (voir dans recherche transition énergétique) et rentre donc dans une récession qui pourrait être très sévère. Les teutons ne se portent donc guère mieux que nous et en plus ils ont une démographie effrayante (besoin de 260 000 naissances pendant 40 ans ! Impossible). Et tout ce petit monde a des excédents commerciaux considérables qui vont disparaitre avec la Grande-Bretagne qui essaye non sans mal de sortir de ce bateau qui coule, et dont on voit mal, compte tenu de la façon dont elle a été traitée par Bruxelles pourquoi elle devrait venir en aide à tous ces bras cassés.

Par Sir John Glubb − 1977 − Source The Organic Prepper

John Bagot GlubbJohn Bagot Glubb est né en 1897, son père étant un officier engagé dans le corps des Royal Engineers, le corps du Génie. À l’âge de quatre ans, il a quitté l’Angleterre pour l’Ile Maurice, où son père a été posté pour un tour de service de trois ans. À l’âge de dix ans, il a été envoyé à l’école pendant un an en Suisse. Ces voyages de jeunesse peuvent avoir ouvert son esprit au monde extérieur à un âge précoce. Entré à l’Académie royale militaire de Woolwich en septembre 1914, il fut requis par les Royal Engineers en avril 1915. Il servit pendant la Première Guerre mondiale en France et en Belgique, fut blessé trois fois et reçut la Croix militaire. En 1920, il se porta volontaire pour servir en Irak, en tant qu’officier militaire, mais en 1926 il démissionna de son mandat et accepta un poste administratif sous le gouvernement irakien.

En 1930, cependant, il a signé un contrat pour servir le gouvernement de la Transjordanie (maintenant la Jordanie). De 1939 à 1956, il commanda la fameuse Légion arabe, qui était en réalité l’armée jordanienne. Depuis sa retraite, il a publié dix-sept livres, principalement sur le Moyen-Orient, et a donné de nombreuses conférences en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Europe.

Nous vous proposons en 5 épisodes un document exceptionnel qui est à lui seul la raison d’être de ce blog, comme une intuition haute d’une connaissance du jeu des Empires et des pas déjà empruntés par de nombreux hommes avant nous, avant internet et avant la globalisation.

Introduction

En traversant la vie, nous apprenons par l’expérience. Nous regardons notre comportement quand nous étions jeunes et pensons à quel point nous étions stupides. De la même manière, notre famille, notre communauté et notre ville s’efforcent d’éviter les erreurs commises par nos prédécesseurs. Les expériences de la race humaine ont été enregistrées, plus ou moins en détail, pendant environ quatre mille ans. Si nous essayons d’étudier une telle période dans autant de pays que possible, nous semblons découvrir les mêmes schémas constamment répétés dans des conditions très différentes de climat, de culture et de religion. Certes, nous nous demandons si ayant étudié calmement et impartialement l’histoire des institutions humaines et du développement au cours de ces quatre mille ans, ne devrions-nous pas parvenir à des conclusions qui aideraient à résoudre nos problèmes aujourd’hui ? Car tout ce qui se passe autour de nous est déjà arrivé encore et encore.

Une telle conception ne semble jamais avoir pénétré dans l’esprit de nos historiens. En général, l’enseignement historique dans les écoles est limité à notre petite île. Nous réfléchissons sans cesse aux Tudor et aux Stewart, à la bataille de Crécy et à Guy Fawkes. Peut-être cette étroitesse est-elle due à notre système d’examen, qui nécessite la définition attentive d’un programme que tous les enfants doivent observer.

Je me souviens d’avoir visité une école pour enfants handicapés mentaux. « Nos enfants n’ont pas à passer d’examens, m’a dit le directeur, et nous sommes donc en mesure de leur enseigner des choses qui leur seront très utiles dans la vie. »

Quoi qu’il en soit, la thèse que je souhaite avancer est que des leçons inestimables pourraient être tirées si l’histoire des quatre mille dernières années pouvait être étudiée de manière approfondie et impartiale. Dans deux articles, parus dans le Blackwood’s Magazine, j’ai tenté d’esquisser brièvement quelques-unes des leçons que je crois que nous pourrions apprendre. Mon plaidoyer est que l’histoire devrait être l’histoire de la race humaine, pas celle d’un petit pays ou d’une seule période.

Le destin des Empires

1. Apprendre de l’Histoire

« La seule chose que nous apprenons de l’histoire, nous dit-on, c’est que les hommes n’apprennent jamais rien de l’histoire » une généralisation radicale peut-être, mais que le chaos du monde actuel confirme chaque jour. Quelle peut donc être la raison pour laquelle, dans une société qui prétend explorer chaque problème, les fondements de l’histoire sont encore si complètement inconnus ?

Plusieurs raisons à la futilité de nos études historiques peuvent être suggérées. Premièrement, notre travail historique est limité à de courtes périodes qui sont l’histoire de notre propre pays, ou celle d’un âge particulier que, pour quelque raison que ce soit, nous respectons.

Deuxièmement, même dans ces courtes périodes, l’inclination que nous donnons à notre récit est régie par notre propre vanité plutôt que par l’objectivité. Si nous considérons l’histoire de notre propre pays, nous écrivons longuement sur les périodes où nos ancêtres étaient prospères et victorieux, mais nous passons rapidement sur leurs lacunes ou leurs défaites. Notre peuple est représenté comme un héros patriotique, nos ennemis, eux, comme des impérialistes cupides ou comme des rebelles subversifs. En d’autres termes, nos histoires nationales sont de la propagande, pas des enquêtes bien équilibrées.

Troisièmement, dans le domaine de l’histoire du monde, nous étudions certaines périodes courtes, généralement non reliées entre elles, que la mode a rendues populaires à certaines époques. La Grèce 500 ans avant le Christ, la République et le début de l’Empire romain en sont des exemples. Les intervalles entre les « grandes périodes » sont négligés. Récemment, la Grèce et Rome ont été largement discréditées, et l’histoire tend à devenir de plus en plus l’histoire paroissiale de nos propres pays.

Pour tirer des leçons utiles de l’histoire, il me semble d’abord essentiel de comprendre le principe que l’histoire, pour être significative, doit être celle de la race humaine. Car l’histoire est un processus continu, se développant, changeant et faisant des détours graduellement, mais en général progressant en un seul et puissant courant. Toutes les leçons utiles à tirer doivent être apprises par l’étude de l’ensemble du flux du développement humain, et non par la sélection de courtes périodes ici et là dans un pays ou un autre.

Chaque âge et chaque culture dérive de ses prédécesseurs, ajoute sa propre contribution et la transmet à ses successeurs. Si nous boycottons diverses périodes de l’histoire, les origines des nouvelles cultures qui leur ont succédé ne peuvent être expliquées.

La science physique a élargi ses connaissances en s’appuyant sur le travail de ses prédécesseurs et en réalisant des millions d’expériences prudentes dont les résultats sont méticuleusement consignés. De telles méthodes n’ont pas encore été employées dans l’étude de l’histoire du monde. Notre travail historique au coup par coup est encore dominé par l’émotion et les préjugés.

2. La vie des Empires

Si nous voulons connaître les lois qui régissent l’ascension et la chute des empires, il est évident que nous devons étudier les expériences impériales enregistrées dans l’histoire, et essayer d’en déduire toutes les leçons qui semblent leur être applicables.

Le mot « empire » associé à l’Empire britannique, est visualisé par certains comme une organisation constituée d’un pays d’Europe et de « colonies » dans d’autres continents. Dans cet essai, le terme « empire » est utilisé pour désigner une grande puissance, souvent appelée aujourd’hui superpuissance. La plupart des empires de l’histoire ont été de grands blocs terrestres, presque sans possessions outre-mer.

Nous possédons une quantité considérable d’informations sur de nombreux empires enregistrés dans l’histoire, sur leurs vicissitudes et leur durée de vie, par exemple :

Nation Dates de l’expansion et de la chute Durée en années
Assyrie 859 – 612 av. J.-C 247
Perse
(Cyrus et ses descendants)
538 – 330 av. J.-C 208
Grèce
(Alexandre et ses successeurs)
331 – 100 av. J.-C 231
République romaine 260 – 27 av. J.-C 233
Empire romain 27 av. J.-C – 180 207
Empire arabe 634 – 880 246
Empire mamelouk 1250 – 1517 267
Empire ottoman 1320 – 1570 250
Espagne 1500 – 1750 250
Russie des Romanov 1682 – 1916 234
Grande-Bretagne 1700 – 1950 250
États-Unis* 1846 – ? (2053/2113)** ? 207 à 267


notes

* Les USA ont été ajoutés par le traducteur. 1846 correspond à la première Guerre d’extension territoriale contre un État constitué, le Mexique

** On peut s’amuser à calculer la date de fin de l’Empire américain selon la valeur basse du tableau (207 ans : Empire romain) ou la valeur haute (267 ans : l’Empire mamelouk), ou imaginer une fin plus précoce vu l’état de décomposition avancé de la société américaine.

Les Britanniques, utilisant des navires de haute mer, ont conquis de nombreux pays et sous-continents accessibles par l’eau – Amérique du Nord, Inde, Afrique du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande – mais ils n’ont jamais réussi à conquérir leurs voisins, France, Allemagne et Espagne.

Mais, bien que les formes des Empires assyrien et britannique aient été complètement différentes, ils ont toutes deux résisté à peu près la même durée.
3. Le critère humain

Qu’est-ce qui, alors, pouvons-nous nous demander, peut avoir été le facteur qui a causé une telle similitude extraordinaire dans la durée des empires, dans des conditions si diverses, et des réalisations technologiques tout à fait différentes ?

L’une des très rares unités de mesure qui n’a pas sérieusement changé depuis les Assyriens est la « génération » humaine, une période d’environ vingt-cinq ans. Ainsi, une période de 250 ans représenterait environ dix générations de personnes. Un examen plus attentif des caractéristiques de l’ascension et de la chute des grandes nations peut mettre en valeur la signification possible de la séquence des générations.



Cette liste appelle certains commentaires.

(1) Le présent auteur explore les faits, n’essayant pas de prouver quoi que ce soit. Les dates indiquées sont en grande partie arbitraires. Les empires ne commencent généralement pas ou ne se terminent pas à une certaine date. Il y a normalement une période progressive d’expansion puis une période de déclin. La ressemblance dans la durée de ces grandes puissances peut être l’objet d’une réflexion. Les affaires humaines sont sujettes à de nombreux facteurs de chance, et il n’est pas possible de prévoir qu’elles puissent être calculées avec une exactitude mathématique.Lire Ugo Bardi Bella Flacidia qui précise ce point 1.

(2) Néanmoins, il est suggéré qu’il existe une ressemblance suffisante entre les périodes de vie de ces différents empires pour justifier une étude plus approfondie. Lire Ugo Bardi

(3) La division de Rome en deux périodes peut être jugée injustifiée. La première, républicaine, date de l’époque où Rome devint maître de l’Italie et se termine avec l’avènement d’Auguste. La période impériale s’étend de l’avènement d’Auguste à la mort de Marc Aurèle. Il est vrai que l’empire a survécu nominalement pendant plus d’un siècle après cette date, mais il l’a fait dans une confusion constante de rébellions, de guerres civiles et d’invasions barbares.

(4) Tous les empires n’ont pas résisté longtemps. L’empire babylonien de Nabuchodonosor, par exemple, a été renversé par Cyrus, après une durée de vie de seulement soixante-quatorze ans.

(5) Une déduction intéressante des chiffres semble être que la durée des empires ne dépend pas de la vitesse de déplacement ou de la nature des armes. Les Assyriens marchaient à pied et se battaient avec des lances, des arcs et des flèches. Les Britanniques utilisaient de l’artillerie, des chemins de fer et des navires de haute mer. Pourtant, les deux empires ont duré environ les mêmes périodes. De nos jours, on a tendance à dire que c’est l’âge de l’aviation, et par conséquent il n’y a rien à apprendre des empires du passé. Une telle attitude semble être erronée.

(6) Il est tentant de comparer la vie des empires avec celle des êtres humains. Nous pouvons choisir quelqu’un et dire que la vie moyenne d’un être humain est de soixante-dix ans. Tous les êtres humains ne vivent pas exactement soixante-dix ans. Certains meurent durant leur enfance, d’autres sont tués dans des accidents au milieu de la vie, certains survivent jusqu’à l’âge de quatre-vingt ou quatre-vingt-dix ans. Néanmoins, malgré ces exceptions, nous sommes justifiés à dire que soixante-dix ans est une estimation juste de l’espérance de vie d’une personne moyenne.

(7) Nous pouvons peut-être à ce stade être autorisés à tirer certaines conclusions :

(a) Malgré les accidents de la fortune et les circonstances apparentes du genre humain à différentes époques, les durées des différents empires à des époques variées montrent une similitude remarquable.

(b) Des changements immenses dans les technologies de transport ou dans les méthodes de guerre ne semblent pas affecter les espérances de vie d’un empire.

(c) Les changements dans les technologies des transports et de la guerre ont cependant affecté la forme des empires. Les Assyriens, marchant à pied, ne pouvaient que conquérir leurs voisins, qui n’étaient accessibles que par terre : les Mèdes, les Babyloniens, les Perses et les Égyptiens.

Sir John Glubb, mieux connu sous le nom de Glubb Pacha, est né en 1897 et a servi en France pendant la Première Guerre mondiale de 1915 à 1918. En 1926, il a quitté l’armée régulière pour servir le gouvernement irakien. De 1939 à 1956, il commande la fameuse légion arabe jordanienne. Depuis sa retraite, il a publié seize livres, principalement sur le Moyen-Orient, et a donné de nombreuses conférences.
Par Sir John Glubb − 1977 − Source The Organic Prepper

Le sort des Empires et la recherche de leur survie 2/5

Sir John Glubb
Essayons donc d’examiner les étapes de la vie de nations aussi puissantes.

4. Première étape : L’expansion

À maintes reprises dans l’histoire, nous trouvons une petite nation, considérée comme insignifiante par ses contemporains, émergeant soudainement de sa patrie et envahissant de vastes régions du monde. Avant Philippe II de Macédoine (359-336 B.C.) la Macédoine n’avait été qu’un État insignifiant au nord de la Grèce. La Perse était la grande puissance de l’époque, dominant complètement la région, de l’Europe de l’Est à l’Inde. Pourtant, en 323 av. J.-C., trente-six ans après l’avènement de Philippe, l’Empire perse avait cessé d’exister et l’Empire macédonien s’étendait du Danube à l’Inde, y compris en Égypte.

Cette étonnante expansion peut peut-être être attribuée au génie d’Alexandre le Grand, mais cela ne peut être la seule raison ; en effet, bien qu’après sa mort, tout se soit dégradé, les généraux macédoniens se sont affrontés et ont établi des empires rivaux, mais la prééminence macédonienne a survécu pendant encore 231 ans.

En l’an 600 de notre ère, le monde était divisé entre deux superpuissances, comme cela a été le cas ces cinquante dernières années entre la Russie soviétique et l’Occident. Les deux puissances étaient l’Empire romain d’Orient et l’Empire perse. Les Arabes étaient alors les habitants méprisés et arriérés de la péninsule arabique. Ils se composaient principalement de tribus errantes, et n’avaient aucun gouvernement, aucune Constitution et aucune armée. La Syrie, la Palestine, l’Égypte et l’Afrique du Nord étaient des provinces romaines, l’Irak faisait partie de la Perse.

Le prophète Mohammed a prêché en Arabie de 613 à 632 après Jésus-Christ, lorsqu’il est mort. En 633, les Arabes sont sortis en force de leur péninsule désertique et ont attaqué simultanément les deux superpuissances. En vingt ans, l’Empire perse avait cessé d’exister. Soixante-dix ans après la mort du Prophète, les Arabes avaient établi un empire s’étendant de l’Atlantique aux plaines du Nord de l’Inde et aux frontières de la Chine.

Au début du treizième siècle, les Mongols étaient un groupe de tribus sauvages dans les steppes de Mongolie. En 1211, Gengis Khan a envahi la Chine. En 1253, les Mongols avaient établi un empire s’étendant de l’Asie mineure à la Mer de Chine, l’un des plus grands empires que le monde ait jamais connu.

Les Arabes ont gouverné la plus grande partie de l’Espagne pendant 780 ans, de 712 à 1492. (780 ans plus tôt dans l’histoire britannique nous ramènerait en 1196 et au roi Richard Cœur de Lion). Pendant ces huit siècles, il n’y avait pas de nation espagnole, les petits rois d’Aragon et de Castille se cramponnaient seuls dans les montagnes.

L’accord entre Ferdinand et Isabelle d’un côté et Christophe Colomb de l’autre a été signé immédiatement après la chute de Grenade, le dernier royaume arabe en Espagne, en 1492. En cinquante ans, Cortez avait conquis le Mexique, et l’Espagne était le plus grand empire du monde.

Des exemples d’expansions soudaines par lesquelles les empires sont nés pourraient être multipliés à l’infini. Ces illustrations aléatoires doivent suffire.

5. Caractéristiques de l’expansion

Ces expansions soudaines sont généralement caractérisées par un déploiement extraordinaire d’énergie et de courage. Les nouveaux conquérants sont normalement pauvres, robustes et entreprenants, et surtout agressifs. Les empires en déclin qu’ils renversent sont riches mais sur la défensive. Au temps de la grandeur romaine, les légions creusaient un fossé autour de leurs camps la nuit pour éviter les attaques surprises.

Mais les fossés étaient de simples terrassements, et entre eux on laissait de larges espaces à travers lesquels les Romains pouvaient contre-attaquer. Mais au fur et à mesure que Rome vieillissait, les travaux de terrassement devinrent de hauts murs, à travers lesquels on accédait seulement par des portes étroites. Les contre-attaques n’étaient plus possibles. Les légions étaient maintenant des défenseurs passifs.

Mais la nouvelle nation ne se distingue pas seulement par la victoire dans la bataille, mais par un esprit d’entreprise incessant dans tous les domaines. Les hommes se frayent un chemin à travers les jungles, escaladent les montagnes ou affrontent les océans Atlantique et Pacifique sur de minuscules coques de noix. Les Arabes traversèrent le détroit de Gibraltar en 711 avec 12 000 hommes, défirent une armée gothique de plus de deux fois leur force, marchèrent directement sur 400 km de territoire ennemi inconnu et s’emparèrent de la capitale gothique de Tolède. À la même étape dans l’histoire britannique, le capitaine Cook découvre l’Australie. L’initiative intrépide caractérise ces périodes.

D’autres particularités de la période des pionniers conquérants sont leur disposition à improviser et à expérimenter. Sans être entravés par des traditions, ils adapteront tout ce qui est disponible pour atteindre leurs objectifs. Si une méthode échoue, ils essaient autre chose. Non inhibée par des manuels scolaires ou par l’apprentissage du livre, l’action est la solution à tous les problèmes.

Pauvres, robustes, souvent à moitié affamés et mal vêtus, ils abondent en courage, en énergie et en initiative, surmontent tous les obstacles et semblent toujours maîtriser la situation.

6. Les causes de ces expansions raciales

L’instinct moderne est de chercher une raison pour tout, et de douter de la véracité d’une affirmation pour laquelle une raison ne peut être trouvée. Tant d’exemples peuvent être donnés de la transformation soudaine d’une obscure race en une nation de conquérants que la vérité du phénomène ne peut pas être considérée comme douteuse.

Assigner une cause est plus difficile. Peut-être l’explication la plus facile est-elle de supposer que la race pauvre et obscure est tentée par la richesse de l’ancienne civilisation, et qu’il y aurait sans aucun doute un élément d’avidité dans les invasions barbares pour obtenir du butin.

Une telle motivation peut être divisée en deux classes. Le premier est le butin, le pillage et le viol, comme dans le cas d’Attila et des Huns, qui ont ravagé une grande partie de l’Europe de l’an 450 à 453. Cependant, quand Attila est mort, en une seule année, son empire s’est désagrégé et ses tribus sont retournées vers l’Est de l’Europe.

Beaucoup de barbares qui ont fondé des dynasties en Europe occidentale sur les ruines de l’Empire romain, cependant, l’ont fait par admiration pour la civilisation romaine, et ont eux-mêmes aspiré à devenir Romains.

7. Un retournement providentiel ?

Quelles que soient les causes qui peuvent être données pour le renversement des grandes civilisations par les barbares, nous pouvons ressentir certains avantages qui en découlent. Chaque race sur terre a des caractéristiques distinctives. Certaines se sont distinguées en philosophie, certaines dans l’administration, d’autres dans la romance, la poésie ou la religion, certaines encore avec leur système juridique. Au cours de la prééminence de chaque culture, ses caractéristiques distinctives sont portées partout dans le monde.

Si la même nation devait conserver sa domination indéfiniment, ses qualités particulières caractériseraient de façon permanente toute la race humaine. Sous le régime des empires, chacun pendant 250 ans, la race souveraine a le temps d’étendre ses vertus particulières au loin. Alors, cependant, un autre peuple, avec des particularités tout à fait différentes, prend sa place, et ses vertus et ses accomplissements sont également disséminés. Par ce système, chacune des innombrables races du monde jouit d’une période de grandeur, au cours de laquelle ses qualités particulières sont mises au service de l’humanité.

Pour ceux qui croient en l’existence de Dieu, en tant que Souverain et Directeur des affaires humaines, un tel système peut apparaître comme une manifestation de la sagesse divine, tendant vers la perfection lente et ultime de l’humanité.

8. Au fil de l’Empire

La première étape de la vie d’une grande nation est donc, après son expansion, une période extraordinaire faite d’initiatives, d’entreprises, de courage et de hardiesse presque incroyables. Ces qualités, souvent en très peu de temps, produisent une nation nouvelle et redoutable. Ces victoires précoces, cependant, sont gagnées principalement par la bravoure imprudente et l’initiative audacieuse. [On peut imaginer que beaucoup d’élans ont été impitoyablement liquidés dans le sang par les empires existants, seuls les plus méritants ont survécu assez longtemps pour raconter leur histoire, NdT].

L’ancienne civilisation ainsi attaquée se sera défendue par ses armes sophistiquées, par son organisation militaire et sa discipline. Les barbares apprécient rapidement les avantages de ces méthodes militaires et les adoptent. En conséquence, la deuxième étape de l’expansion du nouvel empire consiste en des campagnes plus organisées, disciplinées et professionnelles.

Dans d’autres domaines, l’initiative audacieuse des conquérants est maintenue − dans l’exploration géographique, par exemple : pionnier dans de nouveaux pays, pénétration de nouvelles forêts, escalade de montagnes inexplorées et navigation sur des mers inexplorées. La nouvelle nation est confiante, optimiste et peut-être méprisante à l’égard des races « décadentes » qu’elle a subjuguées.

Les méthodes employées tendent à être pratiques et expérimentales, à la fois dans le mode de gouvernement et dans la guerre, car elles ne sont pas liées par des siècles de tradition, comme cela se produit dans les anciens empires. De plus, les dirigeants sont libres d’utiliser leurs propres improvisations, n’ayant pas étudié la politique ou la tactique dans les écoles ou dans les manuels scolaires.

9. Les États-Unis à l’âge des pionniers

Dans le cas des États-Unis d’Amérique, la période pionnière ne consistait pas en la conquête barbare d’une civilisation décadente, mais en la conquête des peuples barbares. Ainsi, vu de l’extérieur, chaque exemple semble être différent. Mais du point de vue de la grande nation, chaque exemple semble être similaire.

Les États-Unis sont soudainement apparus comme une nation nouvelle et leur période pionnière a été consacrée à la conquête d’un vaste continent, et non d’un ancien empire. Cependant, l’histoire subséquente des États-Unis a suivi le modèle standard que nous tenterons de tracer : les âges des pionniers, du commerce, de la prospérité, de l’intellectualisme et de la décadence.

10. Expansion commerciale

La conquête de vastes étendues de terres et leur assujettissement à un gouvernement agit automatiquement comme un stimulant pour le commerce. Les marchands peuvent échanger leurs marchandises sur des distances considérables.

De plus, si l’Empire est vaste, il comprendra une grande variété de climats, produisant des produits extrêmement variés, que les différentes régions voudront échanger entre elles.

La rapidité des moyens de transport modernes tend à créer en nous l’impression que le commerce lointain est un développement moderne, mais ce n’est pas le cas. Des objets fabriqués en Irlande, en Scandinavie et en Chine ont été trouvés dans les tombes ou les ruines du Moyen-Orient, datant de 1000 ans avant Jésus-Christ. Les moyens de transport étaient plus lents, mais quand un grand empire contrôlait l’espace, le commerce était libéré des innombrables chaînes qui lui sont imposées aujourd’hui par des passeports, des permis d’importation, des coutumes, des boycotts et des ingérences politiques.

L’empire romain s’étendait de la Grande-Bretagne à la Syrie et à l’Égypte, sur une distance de 4 400 km, en ligne droite. Un fonctionnaire romain, transféré de Grande-Bretagne en Syrie, pouvait passer six mois en voyage. Pourtant, sur toute la distance, il voyageait dans le même pays, avec la même langue officielle, les mêmes lois, la même monnaie et la même administration. Aujourd’hui, une vingtaine de pays indépendants sépare la Grande-Bretagne de la Syrie, chacun avec son propre gouvernement, ses propres lois, sa politique, ses droits de douane, son passeport et sa monnaie, ce qui rend la coopération commerciale presque impossible. Et ce processus de désintégration continue encore. Même dans les petites régions des nations européennes modernes, les mouvements provinciaux de sécession ou de dévolution tendent encore à diviser le continent.

La mode actuelle de « l’indépendance » a produit un grand nombre de petits États dans le monde, certains d’entre eux se composant d’une seule ville ou d’une petite île. Ce système est un obstacle insurmontable au commerce et à la coopération. La Communauté économique européenne actuelle est une tentative de sécuriser la coopération commerciale entre de petits États indépendants sur une vaste zone, mais le plan rencontre de nombreuses difficultés, en raison des jalousies réciproques de tant de nations.

Même les empires brutaux et militaristes favorisaient le commerce, qu’ils aient ou non l’intention de faire ainsi. Les Mongols ont été parmi les conquérants militaires les plus brutaux de l’histoire, massacrant toute la population des villes. Pourtant, au XIIIe siècle, lorsque leur empire s’étendait de Pékin à la Hongrie, le commerce des caravanes entre la Chine et l’Europe a atteint un degré remarquable de prospérité – tout le voyage se faisait dans un territoire tenu par un gouvernement.

Aux VIIIe et IXe siècles, les califes de Bagdad obtinrent une richesse fabuleuse en raison de l’immense étendue de leurs territoires, qui constituaient un seul bloc commercial. L’empire des califes est maintenant divisé en vingt-cinq « nations » distinctes.

11. Les avantages et les inconvénients des empires

En discutant l’histoire de la vie d’un empire typique, nous avons digressé pour savoir si les empires sont utiles ou nuisibles à l’humanité. Nous semblons avoir découvert que les empires ont certains avantages, notamment dans le domaine du commerce, et dans l’établissement de la paix et de la sécurité dans de vastes régions du globe. Peut-être devrions-nous également inclure la diffusion de cultures variées à de nombreuses races. L’engouement actuel pour l’indépendance des unités toujours plus petites sera sans doute remplacé par de nouveaux empires internationaux.

RQ : – Il y a une faiblesse à ce raisonnement car un Empire uniformise les cultures dans les pays conquis pour le meilleur comme pour le pire.

Les tentatives actuelles de créer une communauté européenne peuvent être considérées comme une tentative pratique de constituer une nouvelle superpuissance, malgré la fragmentation résultant de l’engouement pour l’indépendance. Si cela réussit, certaines des indépendances locales devront être sacrifiées. Si cela échoue, le même résultat pourra être atteint par la conquête militaire ou par la partition de l’Europe entre superpuissances rivales.

La conclusion inévitable semble toutefois être que les unités territoriales plus vastes sont un avantage pour le commerce et la stabilité publique, que le territoire soit réalisé par association volontaire ou par action militaire.

12. Puissance maritime

L’une des façons les plus bienveillantes par laquelle une superpuissance peut promouvoir à la fois la paix et le commerce, c’est son contrôle des routes maritimes.

De Waterloo à 1914, la marine britannique a commandé sur les mers du monde. La Grande-Bretagne s’est enrichie, mais elle a également rendu les mers plus sûres pour le commerce de toutes les nations et a empêché les guerres majeures pendant 100 ans.

Curieusement, la question de la puissance maritime n’a jamais été clairement séparée, dans la politique britannique au cours des cinquante dernières années, de la question de la domination impériale sur les autres pays. En fait, les deux sujets sont entièrement distincts. La puissance maritime n’offense pas les petits pays comme le fait une occupation militaire.

Si la Grande-Bretagne avait maintenu sa marine de guerre, avec quelques bases navales à l’étranger dans des îles isolées, et avait donné leur indépendance aux colonies qui l’avaient demandées, le monde pourrait bien être un endroit plus stable aujourd’hui. De fait, cependant, la marine britannique a été balayée par le tollé populaire contre l’impérialisme.

13. L’âge du commerce

Retournons maintenant, cependant, à la vie de notre empire de référence. Nous avons déjà considéré l’âge de l’expansion, quand un peuple, mal considéré, soudainement éclate sur la scène mondiale avec un courage et une énergie sauvages. Appelons-le l’âge des pionniers.

Puis nous avons vu que ces nouveaux conquérants assimilaient les armes sophistiquées des anciens empires et adoptaient leurs systèmes d’organisation et d’entraînement militaire. Une grande période d’expansion militaire s’ensuit, que nous pouvons appeler l’âge des conquêtes. Les conquêtes se sont traduites par l’acquisition de vastes territoires administrés par un seul gouvernement, ce qui a automatiquement engendré une prospérité commerciale. Nous pouvons appeler cela l’âge du commerce.

L’âge des conquêtes, bien sûr, chevauche l’âge du commerce. Les fières traditions militaires continuent à régner et les grandes armées gardent les frontières, mais peu à peu le désir de gagner de l’argent semble tarauder le public. Pendant la période militaire, la gloire et l’honneur étaient les principaux objets de l’ambition. Pour le commerçant, de telles idées ne sont que des mots vides, qui n’ajoutent rien au solde bancaire.

14. L’art et le luxe

La richesse qui semble couler, presque sans effort, sur le pays permet aux classes commerciales de devenir immensément riches. Dépenser tout cet argent devient un problème pour la communauté des riches marchands. L’art, l’architecture et le luxe trouvent échos chez ses patrons riches. De splendides bâtiments municipaux et de larges rues confèrent dignité et beauté aux quartiers riches des grandes villes. Les riches marchands se construisent pour eux-mêmes des palais, et l’argent est investi dans les moyens de communication, les autoroutes, les ponts, les chemins de fer ou les hôtels, selon les divers modèles à travers les âges.

La première moitié de l’ère du commerce semble être particulièrement splendide. Les anciennes vertus du courage, du patriotisme et du dévouement au devoir sont toujours présentes. La nation est fière, unie et pleine de confiance en soi. Les garçons doivent tout d’abord être virils, marcher droit et dire la vérité. (Il est remarquable que l’accent soit mis, à ce stade, sur la vertu virile de la véracité, car mentir est une forme de lâcheté, la peur de faire face à une situation).

Les écoles des garçons sont intentionnellement brutales. La nourriture frugale, la vie difficile, le fait de briser la glace pour prendre un bain et des coutumes semblables visent à produire une race d’hommes forts, hardis et intrépides. Le devoir est le mot constamment enfoncé dans la tête de ces jeunes. L’âge du commerce est également marqué par une grande entreprise d’exploration de nouvelles formes de richesse. L’initiative audacieuse est visible dans la recherche d’entreprises rentables dans les coins les plus reculés de la terre, perpétuant dans une certaine mesure le courage aventureux de l’âge des conquêtes.

15. L’âge de l’abondance

Il ne semble pas y avoir de doute que l’argent est l’agent qui provoque le déclin de ce peuple fort, courageux et sûr de lui. Le déclin du courage, de l’esprit d’entreprise et du sens du devoir est cependant progressif.

La première manière par laquelle la richesse détruit une nation est morale. L’argent remplace l’honneur et l’aventure comme objectif des meilleurs jeunes hommes. De plus, les hommes ne cherchent généralement plus à gagner de l’argent pour leur pays ou leur communauté, mais pour eux-mêmes.

Peu à peu, et presque imperceptiblement, l’âge de l’abondance fait taire la voix du devoir. L’idéal des jeunes et des ambitieux n’est plus la gloire, l’honneur ou le service, mais le cash.

L’éducation subit la même transformation graduelle. Les écoles ne visent plus à former des patriotes courageux prêts à servir leur pays. Les parents et les étudiants recherchent les qualifications éducatives qui donneront accès aux salaires les plus élevés. Le moraliste arabe, Ghazali (1058-1111), se plaint dans ces mêmes mots de l’abaissement des objectifs dans le monde arabe en déclin de son temps. Les étudiants, dit-il, ne vont plus à l’université pour acquérir des connaissances et de la vertu, mais pour acquérir ces qualifications qui leur permettront de devenir riches. La même situation est partout évidente chez nous en Occident aujourd’hui.

16. Zénith

Ce que nous pouvons appeler le zénith d’une nation couvre la période de transition de l’âge des conquêtes à l’âge de l’abondance : l’âge d’Auguste à Rome, celui de Haroun al-Rachid à Bagdad, de Suleiman le Magnifique dans l’Empire ottoman, ou de la reine Victoria en Grande-Bretagne. Peut-être pourrions-nous ajouter l’âge de Woodrow Wilson aux États-Unis. [Où de Napoléon pour la France, NdT].

Toutes ces périodes révèlent les mêmes caractéristiques. L’immense richesse accumulée dans la nation éblouit les foules. Il reste assez des anciennes vertus du courage, de l’énergie et du patriotisme pour permettre à l’État de défendre avec succès ses frontières. Mais, sous la surface, la cupidité pour l’argent remplace progressivement le devoir et le service public. Ce changement pourrait donc être résumé comme passant de l’envie de servir à l’égoïsme.


Le sort des Empires et la recherche de leur survie 2/5

Le sort des Empires et la recherche de leur survie 3/5

Sir John Glubb
[On continue la lecture de ce livre. Cette troisième partie d’un livre publié en 1977, rappelons-le, est sans doute la plus prémonitoire sur le cycle de vie d’un Empire et le rôle de l’intellectualisme et des immigrants au sein d’une unité primordiale qui se fissure. Le parallèle avec notre post-modernité est saisissant, la société du spectacle dévissait déjà ainsi que… l’influence des femmes en politique. NdT]

17. Passage en mode défensif

Un autre changement extérieur qui marque invariablement le passage de l’âge des conquêtes à l’âge de l’abondance est la propagation d’une attitude défensive. La nation, immensément riche, ne s’intéresse plus à la gloire ni au devoir, mais veut simplement conserver sa richesse et son luxe. C’est une période de défense, de la Grande Muraille en Chine, au mur d’Hadrien à la frontière écossaise, à la ligne Maginot en France en 1939.

L’argent étant plus abondant que le courage, la corruption au lieu des armes est employée pour acheter les ennemis. Pour justifier ce changement par rapport à la tradition ancienne, l’esprit humain imagine facilement ses propres justifications. La préparation militaire, ou l’agressivité, est dénoncée comme primitive et immorale. Les peuples civilisés sont trop fiers pour se battre. La conquête d’une nation par une autre est déclarée immorale. Les empires sont méchants. Ce dispositif intellectuel nous permet de supprimer notre sentiment d’infériorité, lorsque nous lisons l’héroïsme de nos ancêtres, puis contemplons avec tristesse notre position aujourd’hui. « Ce n’est pas que nous ayons peur de nous battre, disons-nous, mais nous devons considérer cela comme immoral » ce qui nous permet même d’adopter une attitude de supériorité morale.

La faiblesse du pacifisme est qu’il y a encore beaucoup de peuples agressifs dans le monde. Les nations qui se déclarent peu disposées à combattre sont susceptibles d’être conquises par des peuples au stade du militarisme – peut-être même de se voir incorporées dans un nouvel empire, avec le statut de simples provinces ou de colonies.

Savoir quand être prêt à utiliser la force et quand céder le pas est un problème humain perpétuel, qui ne peut être résolu qu’au mieux de ce que nous pouvons faire à chaque situation successive qui se présente. En fait l’histoire semble indiquer que les grandes nations ne désarment pas normalement pour des motifs de conscience, mais en raison de l’affaiblissement du sens du devoir chez leurs citoyens, et de l’augmentation de l’égoïsme et du désir de richesse et de vie facile.

18. L’âge de l’intellect

Nous avons maintenant, peut-être arbitrairement, divisé l’histoire de notre grande nation en quatre âges. L’âge des pionniers (ou l’expansion), l’âge des conquêtes, l’âge du commerce et l’âge de la richesse. La grande richesse de la nation n’est plus nécessaire pour fournir les simples nécessités, ou même les luxes de la vie. Des fonds abondants sont également disponibles pour la poursuite de la recherche de la connaissance.

Les princes marchands de l’âge du commerce recherchent la gloire et les louanges, non seulement en finançant des œuvres d’art ou en parrainant la musique et la littérature, mais ils financent également des écoles et des universités. Il est remarquable de constater avec quelle régularité cette phase suit celle de la richesse, empire après empire, décalé de plusieurs siècles.

Au XIe siècle, l’ancien empire arabe, alors en plein déclin politique, était dirigé par le sultan seldjoukide, Malik Shah. Les Arabes, qui n’étaient plus des soldats, étaient encore les leaders intellectuels du monde. Pendant le règne de Malik Shah, la construction des universités et des écoles est devenue une passion. Tandis qu’un petit nombre d’universités dans les grandes villes avaient suffi aux années de gloire du monde arabe, une université naissait maintenant dans chaque ville.

De notre vivant, nous avons été témoins du même phénomène aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Lorsque ces nations étaient au sommet de leur gloire, Harvard, Yale, Oxford et Cambridge semblaient répondre à leurs besoins. Maintenant presque chaque ville a son université.

L’ambition des jeunes, une fois engagés dans la poursuite de l’aventure et la gloire militaire, puis dans le désir de l’accumulation de la richesse, se tourne finalement vers l’acquisition des honneurs académiques.

Il est utile de noter ici que presque toutes les activités suivies avec une telle passion à travers les âges étaient en elles-mêmes bonnes. Le culte viril de la hardiesse, de la franchise et de la vérité, qui caractérisait l’âge des conquêtes, a produit beaucoup de héros vraiment splendides.

L’accès aux ressources naturelles et l’accumulation pacifique des richesses, qui marquèrent l’âge du commerce, a semblé introduire de nouveaux triomphes dans la civilisation, dans la culture et dans les arts. De la même manière, la vaste expansion du champ de la connaissance réalisée par l’âge de l’intellect a semblé marquer une nouvelle étape du progrès humain. Nous ne pouvons pas dire que ces changements étaient « bons » ou « mauvais ».

Les caractéristiques frappantes dans le spectacle historique d’un Empire sont :

L’extraordinaire exactitude avec laquelle ces étapes se sont succédées, empire après empire, sur des siècles ou même des millénaires ; et,
Le fait que les changements successifs semblent représenter de simples changements dans la mode populaire – de nouvelles modes et fantaisies qui balaient l’opinion publique sans raison logique.

Au début, l’enthousiasme populaire est consacré à la gloire militaire, puis à l’accumulation de la richesse et plus tard à l’acquisition de la renommée académique.

Pourquoi toutes ces activités légitimes, et même bienfaisantes, ne pourraient-elles pas être menées simultanément, chacune d’entre elles avec modération ? Pourtant, cela n’a jamais semblé arriver.

19. Les effets de l’intellectualisme

Il y a tant de choses dans la vie humaine qui ne sont pas rêvées par notre philosophie populaire. La diffusion des connaissances semble être la plus bénéfique des activités humaines, et pourtant chaque période de déclin est caractérisée par cette expansion de l’activité intellectuelle. « Tous les Athéniens et les étrangers qui s’y trouvaient ne passaient leur temps à rien d’autre qu’à dire ou à entendre quelque chose de nouveau » est la description donnée dans les Actes des Apôtres du déclin de l’intellectualisme grec.

L’âge de l’intellect s’accompagne de progrès surprenants dans les sciences naturelles. Au IXe siècle, par exemple, à l’époque de Mamoun, les Arabes mesuraient la circonférence de la terre avec une précision remarquable. Sept siècles devaient s’écouler avant que l’Europe occidentale découvre que le monde n’était pas plat. Moins de cinquante ans après les incroyables découvertes scientifiques sous Mamoun, l’empire arabe s’est effondré. Aussi merveilleux et bienfaisant qu’est le progrès de la science, il n’a pas sauvé cet empire du chaos.

La pleine floraison de l’intellectualisme arabe et perse ne s’est pas arrêtée après l’effondrement impérial et politique. Par la suite, les intellectuels ont atteint de nouveaux triomphes dans le domaine académique, mais politiquement ils sont devenus les serviteurs abjects de dirigeants souvent analphabètes. Lorsque les Mongols conquirent la Perse au XIIIe siècle, ils étaient eux-mêmes entièrement incultes et furent obligés de dépendre entièrement des autorités perses indigènes pour administrer le pays et percevoir les revenus. Ils ont retenu comme Vizir, ou Premier ministre, Rashid al-Din, un historien de réputation internationale. Pourtant, le Premier ministre, en parlant au second Khan Mongol, fut obligé de rester à genoux tout au long de l’entrevue. Lors des banquets d’État, le Premier ministre se tenait derrière le siège du Khan, en attente. Si le Khan était de bonne humeur, il passait de temps en temps à son Vizir un morceau de nourriture par dessus son épaule.

Comme dans le cas des Athéniens, l’intellectualisme mène à la discussion, au débat et à l’argumentation, comme c’est le cas des nations occidentales aujourd’hui. Ces débats dans les assemblées élues ou les comités locaux, dans des articles de presse ou dans des interviews à la télévision, sont interminables et incessants. Les hommes sont très différents et les arguments intellectuels conduisent rarement à un accord. Ainsi les affaires publiques vont de mal en pis, au milieu d’une cacophonie incessante d’argumentation. Mais ce dévouement constant à la discussion semble détruire le pouvoir de l’action. Au milieu d’une tour de Babel de conversations, le navire dérive sur les rochers.

20. L’insuffisance de l’intellectualisme

Peut-être le sous-produit le plus dangereux de l’âge de l’intellectualisme est la croissance inconsciente de l’idée que le cerveau humain peut résoudre les problèmes du monde. Même au niveau le plus bas des affaires courantes, c’est manifestement faux. Toute activité humaine même petite, le club de boules local ou le club organisant des déjeuners pour ses dames, nécessite pour sa survie une dose d’auto-suffisance et de service de la part des membres. Dans une sphère nationale plus large, la survie de la nation dépend essentiellement de la loyauté et du sacrifice de ses citoyens. L’impression que la situation peut être sauvée par l’intelligence mentale, sans désintéressement ou dévouement humain, ne peut que conduire à l’effondrement.

Ainsi, nous voyons que la culture de l’intellect humain semble être un idéal magnifique, mais seulement à la condition qu’il n’affaiblisse pas le désintéressement et le dévouement humain à son service. Pourtant, à en juger par les précédents historiques, il semble que c’est exactement ce qui se passe. Ce n’est peut-être pas l’intellectualisme qui détruit l’esprit du sacrifice de soi, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intellectualisme et la perte du sens du devoir apparaissent simultanément dans l’histoire de la vie de la nation.

En effet, il apparaît souvent chez les individus que la tête et le cœur sont des rivaux naturels. L’intellectuel brillant mais cynique apparaît à l’extrémité opposée du sacrifice émotionnel du héros ou du martyr. Pourtant, il y a des moments où l’autodétermination peut-être simpliste du héros est plus essentielle que les sarcasmes de l’intellectuel.

21. Les dissensions civiles

Un autre symptôme remarquable et inattendu du déclin national est l’intensification des haines politiques internes. On aurait pu s’attendre à ce que, lorsque la survie de la nation deviendrait précaire, les factions politiques abandonneraient leur rivalité et se tiendraient côte à côte pour sauver leur pays.

Au XIVe siècle, l’empire faiblissant de Byzance était menacé, et même dominé, par les Turcs ottomans. La situation était si grave qu’on aurait pu s’attendre à ce que chaque sujet de Byzance abandonne ses intérêts personnels et se lève avec ses compatriotes dans une dernière tentative désespérée pour sauver le pays. L’inverse s’est produit. Les Byzantins passèrent les cinquante dernières années de leur histoire à se battre les uns contre les autres dans des guerres civiles à répétition, jusqu’à ce que les Ottomans débarquent et leur administrent le « coup de grâce ».

La Grande-Bretagne a été gouvernée par un Parlement élu pendant de nombreux siècles. Pendant toutes ces années, les partis rivaux ont observé de nombreuses lois non écrites. Aucun des partis n’a souhaité éliminer l’autre. Tous les membres se sont présentés comme des honorables gentlemen. Mais de telles politesses sont maintenant périmées. Huées, cris et bruits ont miné la dignité de la Chambre, et les échanges sous le coup de la colère sont plus fréquents. Nous sommes chanceux si ces rivalités sont réglées au sein du Parlement, mais parfois ces haines sont portées dans la rue, ou dans l’industrie sous la forme de grèves, de manifestations, de boycotts et d’activités similaires. Fidèle au cours normal suivi par les nations en déclin, les différences internes ne sont pas rapprochées pour tenter de sauver la nation. Au contraire, les rivalités internes deviennent plus aiguës, à mesure que la nation s’affaiblit.

22. L’afflux d’étrangers

L’un des phénomènes souvent répétés des grands empires est l’afflux d’étrangers dans la capitale. Les historiens romains se plaignent souvent du nombre d’Asiatiques et d’Africains à Rome. Bagdad, à son apogée au IXe siècle, avait une population cosmopolite. Perses, Turcs, Arabes, Arméniens, Égyptiens, Africains et Grecs se mêlaient dans ses rues.

À Londres, aujourd’hui, les Chypriotes, les Grecs, les Italiens, les Russes, les Africains, les Allemands et les Indiens se bousculent dans les bus et dans le métro, de sorte qu’il semble parfois difficile de trouver des Britanniques. La même chose s’applique à New York, peut-être même plus. Ce problème ne consiste pas dans l’infériorité d’une race par rapport à une autre, mais simplement dans les différences entre elles.

À l’âge de la première phase d’expansion et à l’âge des conquêtes, la race est normalement plus ou moins homogène sur le plan ethnique. Cet état de choses facilite le sentiment de solidarité et de camaraderie. Mais dans les âges du commerce et de l’abondance, toute sorte d’étrangers envahissent la grande ville dont les rues sont réputées pavées d’or. Comme, dans la plupart des cas, cette grande ville est aussi la capitale de l’empire, la foule cosmopolite au centre même de l’empire exerce une influence politique largement supérieure à son nombre relatif.

Les immigrants étrangers de deuxième ou de troisième génération peuvent sembler de l’extérieur totalement assimilés, mais ils constituent souvent une faiblesse dans deux directions. Premièrement, leur nature humaine fondamentale diffère souvent de celle du stock génétique impérial original. Si la première race impériale était têtue et lente au changement, les immigrants pourraient provenir de races plus émotionnelles, introduisant ainsi des fissures et des schismes dans les politiques nationales, même si tous sont par ailleurs loyaux.

Deuxièmement, alors que la nation est toujours riche, toutes les races diverses peuvent sembler également loyales. Mais dans une situation d’urgence aiguë, les immigrants seront souvent moins disposés à sacrifier leurs vies et leurs biens que ne le seront les descendants d’origine de la race fondatrice.

Troisièmement, les immigrants sont susceptibles de former leurs propres communautés, protégeant principalement leurs propres intérêts, et seulement au deuxième degré celui de la nation dans son ensemble.

Quatrièmement, beaucoup d’immigrants étrangers appartiendront probablement à des races initialement conquises et absorbées par l’empire. Alors que l’empire connaît son plein vent de prospérité, tous ces gens sont fiers et heureux d’être des citoyens impériaux. Mais quand le déclin s’installe, il est extraordinaire de voir à quelle vitesse le souvenir des guerres antiques, peut-être des siècles auparavant, est subitement ressuscité. Les mouvements locaux ou provinciaux paraissent exiger la sécession ou l’indépendance. Un jour, ce phénomène apparaîtra sans doute dans l’empire soviétique désormais apparemment monolithique et autoritaire. Il est incroyable de voir combien de temps de tels sentiments provinciaux peuvent survivre.

Des exemples historiques de ce phénomène sont à peine nécessaires. La populace romaine oisive et captieuse, avec son appétit sans fin pour des distributions gratuites de nourriture, du pain et des jeux, est notoire, est complètement différente de cet esprit romain sévère que nous associons aux guerres de la première république.

À Bagdad, aux jours dorés de Haroun al-Rachid, les Arabes étaient une minorité dans la capitale impériale. Istanbul, dans les grands jours de la domination ottomane, était peuplée par des habitants dont remarquablement peu d’entre eux étaient des descendants des conquérants turcs. À New York, les descendants des pères pèlerins sont rares et dispersés.

Ce phénomène intéressant est largement limité aux grandes villes. La race conquérante originelle se retrouve souvent dans une pureté relative dans les districts ruraux et sur les frontières lointaines.

C’est la richesse des grandes villes qui attire les immigrants. Comme, avec la croissance de l’industrie, les villes ont de plus en plus de prépondérance sur les campagnes, l’influence des étrangers dominera de plus en plus les anciens empires.

Une fois de plus, on peut souligner que je ne veux pas donner l’impression que les immigrants sont inférieurs au stock génétique plus ancien. Ils sont simplement différents et ont donc tendance à introduire des fissures et des divisions.

23. Frivolité

Au fur et à mesure que la nation décline en puissance et en richesse, un pessimisme universel imprègne progressivement le peuple et accélère encore le déclin. Il n’y a rien qui réussisse autant que le succès, et, dans les âges de la conquête et du commerce, la nation surfe triomphalement sur la vague de sa propre confiance en soi. La Rome républicaine a été à plusieurs reprises au bord de l’extinction – en 390 av. JC quand les Gaulois mirent la ville à sac et en 216 av. JC après la bataille de Cannes. Mais aucun désastre ne pouvait ébranler la résolution des premiers Romains. Pourtant, dans les dernières étapes du déclin romain, l’empire tout entier était profondément pessimiste, sapant ainsi sa propre résolution.

La frivolité est la compagne fréquente du pessimisme. Mangeons, buvons et réjouissons-nous, car demain nous mourrons. La ressemblance entre diverses nations en déclin à cet égard est vraiment surprenante. La foule romaine, nous l’avons vu, exigeait des repas gratuits et des jeux publics. Les spectacles de gladiateurs, les courses de chars et les événements sportifs étaient sa passion. Dans l’Empire byzantin, les rivalités des Verts et des Bleus dans l’hippodrome ont atteint l’importance d’une crise majeure.

À en juger par le temps et l’espace qui leur sont consacrés dans la presse et à la télévision, le football et le baseball sont les activités qui intéressent aujourd’hui le public en Grande-Bretagne et aux États-Unis, respectivement.

Les héros des nations en déclin sont toujours les mêmes : l’athlète, le chanteur ou l’acteur. Le mot « célébrité » aujourd’hui est utilisé pour désigner un comédien ou un joueur de football, pas un homme d’État, un général ou un génie littéraire.

24. Le déclin arabe

Dans la première moitié du IXe siècle, Bagdad a connu son point culminant comme ville la plus grande et la plus riche du monde. En 861, cependant, le calife régnant, Mutawakkil, a été assassiné par ses mercenaires turcs, qui ont établi une dictature militaire qui a duré une trentaine d’années. Pendant cette période, l’empire s’effondra, les diverses dominions et provinces assumant chacuns une indépendance virtuelle et cherchant à préserver leurs propres intérêts. Bagdad, jusque là capitale d’un vaste empire, a vu son autorité se limiter au seul Irak.

Les travaux des historiens contemporains de Bagdad au début du Xe siècle sont toujours disponibles. Ils déplorèrent profondément la dégénérescence des temps dans lesquels ils vivaient, soulignant notamment l’indifférence à la religion, le matérialisme croissant et le laxisme des mœurs sexuelles. Ils ont aussi déploré la corruption des fonctionnaires du gouvernement et le fait que les politiciens semblaient toujours amasser de grandes fortunes pendant leur mandat.

Les historiens ont commenté avec amertume l’influence extraordinaire acquise par les chanteurs populaires sur les jeunes, entraînant un déclin de la moralité sexuelle. Les chanteurs « pop » de Bagdad accompagnaient leurs chansons érotiques avec un luth, un instrument ressemblant à la guitare moderne. Dans la seconde moitié du Xe siècle, en conséquence, un vocabulaire sexuel obscène était devenu de plus en plus utilisé, tel qu’il n’aurait pas été toléré dans un âge plus précoce. Plusieurs califes ont émis des ordres interdisant les chanteurs « pop » dans la capitale, mais après quelques années, ils sont toujours revenus.

L’augmentation de l’influence des femmes dans la vie publique a souvent été associée à un déclin national. Les derniers Romains se sont plaints que, bien que Rome ait gouverné le monde, les femmes régnaient sur Rome. Au Xe siècle, on observe une tendance similaire dans l’Empire arabe, les femmes demandant leur admission aux professions jusqu’alors monopolisées par les hommes. « Quoi, écrivait l’historien contemporain Ibn Bessam, qu’est-ce que les professions de greffier, de collecteur d’impôts ou de prédicateur ont à voir avec les femmes ? Ces professions ont toujours été limitées aux hommes. » Beaucoup de femmes pratiquaient le droit, tandis que d’autres obtenaient des postes de professeurs d’université. Seule la nomination de femmes juges a provoqué une certaine agitation, laquelle cependant ne semble pas avoir réussi.

Peu après cette période, le gouvernement et l’ordre public se sont effondrés et des envahisseurs étrangers sont entrés dans le pays. L’augmentation de la confusion et de la violence qui en a résulté a rendu impropre la circulation des femmes sans escorte dans les rues, ce qui a entraîné l’effondrement de ce mouvement féministe.

Les troubles qui ont suivi la prise de contrôle militaire en 861 et la perte de l’empire ont ravagé l’économie. À ce moment-là, on aurait pu s’attendre à ce que tout le monde redouble d’efforts pour sauver le pays de la banqueroute, mais il n’en a rien été. Au lieu de cela, à ce moment précis d’austérité commerciale et financière, les habitants de Bagdad ont introduit la semaine de cinq jours.

Quand j’ai lu pour la première fois ces descriptions contemporaines de Bagdad au Xe siècle, je pouvais à peine en croire mes yeux. Je me suis dit que ça devait être une blague ! Les descriptions pourraient avoir été relevées dans le journal Times d’aujourd’hui. La ressemblance au niveau des détails était particulièrement à couper le souffle – l’effondrement de l’empire ; l’abandon de la morale sexuelle ; les chanteurs « pop » avec leurs guitares ; l’entrée des femmes dans certaines professions réservées ; la semaine de cinq jours. Je ne me risquerais pas à tenter une explication ! Il y a tant de mystères dans la vie humaine qui dépassent de loin notre compréhension…
Le sort des Empires et la recherche de leur survie 3/5

Le sort des Empires et la recherche de leur survie 4/5

Sir John Glubb

25. L’idéologie politique

Aujourd’hui, nous attachons une grande importance à l’idéologie de notre politique intérieure. La presse et les médias publics des États-Unis et de la Grande-Bretagne déversent un mépris incessant sur tous les pays dont les institutions politiques diffèrent de quelque manière que ce soit de notre propre conception de la démocratie. Il est donc intéressant de noter que l’espérance de vie d’une grande nation ne semble en aucun cas être affectée par la nature de ses institutions. Les empires passés montrent presque toutes les variations possibles de système politique, mais tous passent par la même procédure depuis l’Âge des Pionniers jusqu’à la Conquête, le Commerce, l’Affluence puis le déclin et l’effondrement.

26. L’Empire mamelouk

L’empire des Mamelouks d’Égypte en fournit un bon exemple, car c’est l’un des plus exotiques jamais enregistrés dans l’Histoire. Il est également exceptionnel du fait qu’il a commencé un jour fixe et qu’il s’est terminé un autre jour, précisément, ne laissant aucun doute sur sa durée précise, 267 ans.

Dans la première partie du XIIIe siècle, l’Égypte et la Syrie étaient dirigées par les sultans ayyoubides, descendants de la famille de Saladin. Leur armée était constituée de Mamelouks, esclaves importés comme des garçons des steppes et entraînés comme des soldats professionnels. Le 1er mai 1250, les Mamelouks se mutinent, assassinent Turan Shah, le sultan ayyoubide, et deviennent les dirigeants de son empire.

Les cinquante premières années de l’Empire mamelouk furent marquées par des combats désespérés avec les Mongols jusque-là invincibles, les descendants de Gengis Khan, qui envahirent la Syrie. En battant les Mongols et en les chassant de Syrie, les Mamelouks ont sauvé la Méditerranée du sort terrible de la Perse. En 1291, les Mamelouks capturèrent Acre et mirent fin aux Croisades.

De 1309 à 1341, l’Empire Mamelouk était partout victorieux et possédait la plus belle armée du monde. Pendant les cent années qui suivirent, la richesse de l’Empire mamelouk fut fabuleuse, conduisant lentement au luxe, au relâchement de la discipline et au déclin, avec des rivalités politiques intérieures toujours plus amères. Finalement, cet Empire s’est effondré en 1517, à la suite de la défaite militaire contre les Ottomans.

Le gouvernement mamelouk nous paraît tout à fait illogique et fantastique. La classe dirigeante a été entièrement recrutée parmi de jeunes garçons, nés dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Russie. Chacun d’eux était enrôlé comme soldat privé. Même les sultans avaient commencé leur vie en tant que soldats privés et étaient sortis des rangs. Pourtant, ce système politique extraordinaire a abouti à un empire qui a traversé toutes les étapes normales de la conquête, du mercantilisme, de la prospérité et du déclin et qui a duré à peu près la période habituelle.

27. La race des maîtres

Les gens des grandes nations du passé semblent généralement avoir imaginé que leur prééminence durerait toujours. Rome a paru à ses citoyens destinée à être pour toujours la maîtresse du monde. Les califes abbassides de Bagdad ont déclaré que Dieu les avait désignés pour gouverner l’humanité jusqu’au jour du Jugement. Il y a soixante-dix ans, de nombreuses personnes en Grande-Bretagne croyaient que l’empire perdurerait toujours. Bien qu’Hitler n’ait pas réussi à atteindre son objectif, il a déclaré que l’Allemagne gouvernerait le monde pendant mille ans. Que des sentiments comme ceux-là puissent être exprimés publiquement sans susciter la dérision montre qu’à tous les âges, l’ascension et la chute régulières des grandes nations sont passées inaperçues. Les statistiques les plus simples prouvent la rotation régulière d’une nation après l’autre, à intervalles réguliers.

La croyance que leur nation gouvernerait le monde pour toujours encourageait naturellement les citoyens de la nation dirigeante de n’importe quelle période à attribuer leur prééminence à des vertus héréditaires. Ils portaient dans leur sang, croyaient-ils, des qualités qui en faisaient une race de surhommes, une illusion qui les poussait à employer des travailleurs étrangers bon marché (ou des esclaves) pour accomplir des tâches subalternes et à engager des mercenaires étrangers pour combattre dans leurs batailles ou voguer sur leurs navires.

Ces peuples plus pauvres n’étaient que trop heureux d’émigrer vers les cités riches de l’empire, et ainsi, nous l’avons vu, d’altérer le caractère homogène et étroit de la race conquérante. Ses membres supposaient inconsciemment qu’ils seraient toujours les chefs de l’Humanité, finissaient par se disperser et passaient une partie croissante de leur temps à se distraire, à s’amuser ou à faire du sport.

Au cours des dernières années, l’idée s’est largement répandue en Occident que le « progrès » serait automatique, sans effort, que tout le monde continuerait à s’enrichir et que chaque année montrerait une « élévation du niveau de vie ». Nous n’avons pas tiré de l’histoire la conclusion évidente que le succès matériel est le résultat du courage, de l’endurance et du travail acharné – une conclusion pourtant évidente de l’histoire de l’élévation fulgurante de nos propres ancêtres. Cette assurance de sa propre supériorité semble aller de pair avec le luxe résultant de la richesse, sapant le caractère de la race dominante.

28. L’État providence

Lorsque l’État-providence a été introduit en Grande-Bretagne, il a été salué comme une nouvelle marque dans l’histoire du développement humain.

L’histoire, cependant, semble suggérer que l’âge du déclin d’une grande nation est souvent une période qui montre une tendance à la philanthropie et à la sympathie pour les autres races. Cette phase peut ne pas être en contradiction avec le sentiment décrit dans le paragraphe précédent, que la race dominante a le droit de gouverner le monde. Pour les citoyens de la grande nation, il s’agit de jouer le rôle de Lady Bountiful.

Tant qu’il conserve son statut dirigeant, le peuple impérial est heureux d’être généreux, même s’il est légèrement condescendant. Les droits de citoyenneté sont généreusement accordés à toutes les races, même celles qui étaient autrefois sujettes, et l’égalité de l’Humanité est proclamée. L’Empire romain a traversé cette phase, quand l’égalité citoyenne a été ouverte à tous les peuples, des provinciaux devenant même des sénateurs et des empereurs.

L’Empire arabe de Bagdad était également généreux, peut-être même plus. À l’époque des conquêtes, les Arabes de race pure avaient constitué une classe dirigeante, mais au IXe siècle, l’empire était complètement cosmopolite.

L’aide de l’État aux jeunes et aux pauvres était également généreuse. Les étudiants des universités recevaient des subventions du gouvernement pour couvrir leurs dépenses pendant qu’ils faisaient des études supérieures. L’État a également offert un traitement médical gratuit aux pauvres. Le premier hôpital public gratuit a été ouvert à Bagdad sous le règne de Haroun al-Rachid (786-809) et, sous son fils Mamoun, des hôpitaux publics gratuits ont vu le jour dans tout le monde arabe, de l’Espagne à l’actuel Pakistan.

L’impression qu’il sera toujours automatiquement riche fait que l’Empire en déclin dépense somptueusement pour sa propre bienveillance, jusqu’à ce que l’économie s’effondre, que les universités soient fermées et que les hôpitaux tombent en ruine.

Il est peut-être incorrect d’imaginer l’État-providence comme la marque supérieure des réalisations humaines. Cela peut simplement s’avérer être une étape assez normale dans la vie d’un empire vieillissant et décrépit.

29. Religion

Les historiens des périodes de décadence se réfèrent souvent à un déclin de la religion, mais, si nous étendons notre enquête sur une période couvrant les Assyriens (859-612 av. J.-C.) jusqu’à nos jours, nous devons interpréter la religion dans un sens très large. On peut lui donne cette définition : « le sentiment humain qu’il y a quelque chose, une puissance invisible, en dehors des objets matériels, qui contrôle la vie humaine et le monde naturel ».

Nous sommes probablement trop étroits et méprisants dans notre interprétation du culte des idoles. Les gens des civilisations anciennes étaient aussi sensibles que nous, et n’auraient guère eu l’imprudence d’adorer des bâtons et des pierres façonnés de leurs propres mains. L’idole n’était pour eux qu’un symbole, et représentait une réalité spirituelle inconnue, qui contrôlait la vie et exigeait l’obéissance humaine à ses préceptes moraux.

Nous savons tous trop bien que des différences mineures dans la visualisation humaine de cet Esprit sont fréquemment devenues la raison apparente des guerres humaines, où les deux parties prétendaient se battre pour le vrai Dieu. Mais l’absurde étroitesse des conceptions humaines ne devrait pas nous aveugler sur le fait que, très souvent, les deux parties ont cru que leurs campagnes avaient un fond moral. Gengis Khan, l’un des plus brutaux de tous les conquérants, prétendait que Dieu lui avait délégué le devoir d’exterminer les races décadentes du monde civilisé. Ainsi l’ère des conquêtes avait souvent une sorte d’atmosphère religieuse, ce qui impliquait un sacrifice héroïque de soi pour la cause.

Mais cet esprit de dévouement s’érode lentement à l’âge du commerce par l’action de l’argent. Les gens gagnent de l’argent pour eux-mêmes, pas pour leur pays. Ainsi, les périodes de prospérité dissolvent graduellement l’esprit de service qui avait provoqué la montée des races impériales.

En temps voulu, l’égoïsme imprègne la communauté, dont la cohérence est affaiblie jusqu’à ce que la désintégration menace. Puis, comme nous l’avons vu, vient la période du pessimisme avec l’esprit de frivolité qui l’accompagne et l’indulgence sensuelle, sous-produits du désespoir. Il était inévitable à ce moment-là que les hommes se remémorent les jours anciens de « religiosité » quand l’esprit de sacrifice était encore assez fort pour que les hommes soient prêts à donner et à servir, plutôt qu’à arracher.

Mais tandis que le désespoir peut pénétrer la plus grande partie de la nation, d’autres réalisent une nouvelle prise de conscience du fait que seule la disponibilité au sacrifice de soi peut permettre à une communauté de survivre. Certains des plus grands saints de l’histoire vivaient en période de décadence nationale, élevant la bannière du devoir et du service contre le flot de la dépravation et du désespoir.

De cette manière, au sommet du vice et de la frivolité, les graines du renouveau religieux sont tranquillement semées. Après peut-être plusieurs générations (voire des siècles) de souffrance, la nation appauvrie a été purgée de son égoïsme et de son amour de l’argent, la religion reprend son cours et une nouvelle ère s’installe. « C’est bon pour moi que je sois affligé, dit le psaume, afin que j’apprenne ta loi. »

30. Nouvelles combinaisons

Nous avons tracé la montée en puissance d’une race obscure vers la renommée, à travers les étapes de la conquête, du mercantilisme, de la prospérité et de l’intellectualisme, jusqu’à la désintégration, la décadence et le désespoir. Nous avons suggéré que la race dominante, à un moment donné, communique ses principales caractéristiques au monde entier, en fin de course remplacée par un autre empire. Par ce moyen, nous avons spéculé que de nombreuses races se sont succédées en tant que superpuissances, et à leur tour, elles ont légué leurs qualités particulières à l’humanité en général.

Mais l’objection peut ici être soulevée qu’un jour viendra où toutes les races du monde auront à leur tour joui de leur période de domination puis se seront de nouveau effondrées dans la décadence. Quand toute la race humaine aura atteint le stade de la décadence, où trouveront-nous de nouvelles races conquérantes pleines d’énergie ?

La réponse est d’abord partiellement obscurcie par notre habitude moderne de diviser la race humaine en nations, que nous semblons considérer comme des compartiments étanches, une erreur responsable d’innombrables malentendus.

Autrefois, les nations nomades guerrières envahissaient les territoires des peuples décadents et s’y installaient. En temps voulu, elles se mélangeaient avec la population locale donnant lieu à une nouvelle race, bien que l’ancien nom soit parfois conservé. Les invasions barbares de l’Empire romain constituent probablement l’exemple le mieux connu aujourd’hui en Occident. On a d’autres exemples avec les conquêtes arabes de l’Espagne, de l’Afrique du Nord et de la Perse, les conquêtes turques de l’Empire ottoman ou même la conquête normande de l’Angleterre.

Dans tous ces cas, les pays conquis étaient à l’origine déjà habités et les envahisseurs étaient des armées qui, finalement, s’installaient et se mélangeaient en produisant de nouvelles races.

De nos jours, il reste peu de conquérants nomades dans le monde, qui pourraient envahir des pays plus peuplés avec leurs tentes et leurs troupeaux. Mais les facilités modernes de déplacement ont abouti à un mélange au moins égal, ou probablement même plus, des populations. L’extrême amertume des luttes politiques internes modernes produit un flux constant de migrants de leurs pays d’origine vers d’autres, où les institutions sociales leur conviennent mieux.

De même, les vicissitudes du commerce et des affaires font que beaucoup de personnes se déplacent vers d’autres pays, d’abord dans l’intention de revenir, mais finalement s’installent dans leur nouveau pays.

La population de la Grande-Bretagne a constamment changé, en particulier au cours des soixante dernières années, en raison de l’afflux d’immigrants venus d’Europe, d’Asie et d’Afrique et du départ de citoyens britanniques vers les dominions de l’Empire britannique et les États-Unis. Ce dernier est, bien sûr, l’exemple le plus évident de la montée constante de nouvelles nations et de la transformation du contenu ethnique des anciennes nations à travers ce nomadisme moderne.
Le sort des Empires et la recherche de leur survie 4/5

Le sort des Empires et la recherche de leur survie 5/5

Sir John Glubb

31. Décadence d’un système

Il est intéressant de noter que la décadence est la désintégration d’un système, et non de ses membres individuels. Les habitudes des membres de la communauté ont été corrompues par la jouissance de trop d’argent et de trop de pouvoir pendant trop longtemps. Le résultat a été, dans le cadre de leur vie nationale, de les rendre égoïstes et oisifs. Une communauté de gens égoïstes et oisifs décline, des querelles internes se développent autour de la division de ses richesses en déclin, et le pessimisme s’ensuit, que certains essaient de noyer dans la sensualité ou la frivolité. Dans leur propre environnement, ils sont incapables de rediriger leurs pensées et leurs énergies vers de nouveaux projets.

Mais quand les membres individuels d’une telle société émigrent dans un environnement entièrement nouveau, ils ne restent ni décadents, ni pessimistes ou immoraux parmi les habitants de leur nouvelle patrie. Une fois qu’ils ont rompu avec leurs anciennes influences de pensée, et après une courte période de réajustement, ils deviennent des citoyens normaux de leurs pays d’adoption. Certains d’entre eux, dans les deuxième et troisième générations, peuvent acquérir la prééminence et la direction dans leurs nouvelles communautés.

Cela semble prouver que le déclin de n’importe quelle nation ne sape pas les énergies ou le caractère fondamental de ses membres. La décadence d’un certain nombre de ces nations n’appauvrit pas non plus la race humaine.

La décadence est à la fois une détérioration mentale et morale, produite par le lent déclin de la communauté auquel ses membres ne peuvent échapper, tant qu’ils restent dans leur ancien environnement. Mais, transportés ailleurs, ils abandonnent bientôt leurs modes de pensée décadents et se montrent égaux aux autres citoyens de leur pays d’adoption.
32. La décadence n’est pas physique

La décadence n’est pas non plus physique. Les citoyens des pays en déclin sont parfois décrits comme étant physiquement émasculés, incapable de supporter des difficultés ou de faire de grands efforts. Cela ne semble pas une image vraie. Les citoyens des grandes nations en décadence sont normalement physiquement plus grands et plus forts que ceux de leurs envahisseurs barbares.

De plus, comme cela a été prouvé en Grande-Bretagne lors de la Première Guerre mondiale, les jeunes hommes élevés dans le luxe et la richesse ont eu peu de difficulté à s’habituer à la vie dans les tranchées en première ligne. L’histoire de l’exploration prouve la même chose. Les hommes habitués à vivre confortablement dans des maisons en Europe ou en Amérique étaient capables de montrer autant d’endurance que les indigènes dans la conduite de chameaux à travers le désert ou à se frayer un chemin à travers les forêts tropicales.

La décadence est une maladie morale et spirituelle, résultant d’une trop longue période de richesse et de pouvoir, produisant le cynisme, le déclin de la religion, le pessimisme et la frivolité. Les citoyens d’une telle nation ne feront plus d’effort pour se sauver eux-mêmes, parce qu’ils ne sont pas convaincus que quelque chose dans leur vie mérite d’être sauvé.

33. Diversité humaine

Les généralisations sont toujours dangereuses. Les êtres humains sont tous différents. La variété de la vie humaine est infinie. Si c’est le cas avec les individus, c’est encore plus le cas avec les nations et les cultures. Il n’y a pas deux sociétés, deux peuples, deux cultures qui sont exactement les mêmes. Dans ces circonstances, il sera facile aux critiques de trouver de nombreuses objections à ce qui a été dit et de signaler des exceptions aux généralisations.

Il est utile de comparer la vie des nations à celle des individus. Il n’y a pas deux personnes identiques dans le monde. De plus, leurs vies sont souvent affectées par des accidents ou des maladies, ce qui rend les divergences encore plus évidentes. Pourtant, en fait, nous pouvons généraliser sur la vie humaine à partir de nombreux aspects différents. Les caractéristiques de l’enfance, de l’adolescence, de la jeunesse, de l’âge mûr et de la vieillesse sont bien connues.

Certains adolescents, il est vrai, sont prématurément sages et sérieux. Certaines personnes d’âge moyen semblent encore jeunes d’esprit. Mais de telles exceptions n’invalident pas le caractère général de la vie humaine du berceau à la tombe.

J’ose dire que la vie des nations suit un modèle similaire. Superficiellement, toutes semblent être complètement différentes. Il y a quelques années, on a suggéré à une certaine société de télévision qu’une série de conférences sur l’histoire arabe constituerait une séquence intéressante. La proposition a été immédiatement rejetée par le directeur des programmes avec la remarque suivante : « Quel intérêt terrestre l’histoire des Arabes médiévaux pourrait-elle avoir pour le grand public aujourd’hui ? ».

Pourtant, en fait, l’histoire de l’époque impériale arabe – de la conquête au mercantilisme, en passant par l’abondance, l’intellectualisme, la science et la décadence – est un précurseur exact de l’histoire impériale britannique et a perduré presque autant.

Si les historiens britanniques, il y a un siècle, avaient consacré une étude sérieuse à l’Empire arabe, ils auraient pu prévoir presque tout ce qui s’est passé en Grande-Bretagne jusqu’en 1976.

34. Une variété de chutes

Il a été démontré que, normalement, l’ascension et la chute des grandes nations sont dues à des raisons internes seulement. Dix générations d’êtres humains suffisent à transformer un pionnier hardi et entreprenant en un citoyen captif de l’État providence. Mais alors que les histoires de vie des grandes nations montrent une uniformité inattendue, la nature de leurs chutes dépend largement des circonstances extérieures et montre ainsi un degré élevé de diversité.

La République romaine, comme nous l’avons vu, a été suivie par l’Empire, qui est devenu un super-État, dans lequel tous les indigènes du bassin méditerranéen, indépendamment de la race, ont obtenus des droits égaux. Le nom de Rome, à l’origine une ville-État, est passé à un empire international égalitaire.

Cet empire a éclaté en deux, la moitié occidentale étant envahie par les barbares du nord, la moitié orientale formant l’empire romain oriental ou byzantin.

Au IXe siècle, le vaste empire arabe s’est scindé en plusieurs fragments, dont une ancienne colonie, l’Espagne musulmane, a dirigé son propre cours sur 250 ans en tant qu’Empire indépendant. Les patries de Syrie et d’Irak, cependant, ont été conquises par des vagues successives de Turcs dont elles sont restées les sujets pendant 1 000 ans.

D’autre part, l’Empire mamelouk d’Égypte et de Syrie fut conquis lors d’une simple campagne militaire par les Ottomans, la population indigène se contentant de changer de maîtres.

L’Empire espagnol (1500-1750) a duré les 250 ans conventionnels, se terminant seulement avec la perte de ses colonies. La patrie de l’Espagne est tombée, en effet, de son piédestal de superpuissance, mais elle a survécu en tant que nation indépendante jusqu’à aujourd’hui.

La Russie des Romanov (1682-1916) a suivi le processus normal, mais c’est l’Union soviétique qui lui a succédé.

Il est inutile de travailler sur ce point, que nous pouvons essayer de résumer brièvement. Tout régime qui atteint une grande richesse et une grande puissance semble avec une régularité remarquable se désintégrer en une dizaine de générations. Le sort ultime de ses composantes ne dépend cependant pas de sa nature interne, mais des autres organisations qui apparaissent au moment de son effondrement et parviennent à dévorer son patrimoine. Ainsi, la vie des grandes puissances est étonnamment uniforme, mais les résultats de leurs chutes sont complètement différents.

35. Insuffisance de nos études historiques

En fait, les nations modernes occidentales n’ont tiré qu’une valeur limitée de leurs études historiques, parce qu’elles ne les ont jamais suffisamment approfondies. Pour que l’Histoire ait du sens, comme nous l’avons déjà dit, ce doit être l’Histoire de la race humaine.

Loin d’atteindre un tel idéal, nos études historiques se limitent en grande partie à l’histoire de notre propre pays retraçant le cours de sa vie actuelle. Ainsi, le facteur temps est trop court pour que les très longs rythmes de la montée et de la chute des nations puissent être remarqués. Comme l’a indiqué le directeur de la télévision, il ne nous vient jamais à l’esprit que des périodes plus longues pourraient être intéressantes.

Quand nous lisons l’histoire de notre propre nation, nous trouvons que les actions de nos ancêtres sont décrites comme glorieuses, tandis que celles des autres peuples sont décrites comme méchantes, tyranniques ou lâches. Ainsi, notre histoire n’est (intentionnellement) pas basée sur des faits. Nous sommes émotionnellement réticents à accepter que nos ancêtres aient pu être méchants ou lâches.

Alternativement, il y a des écoles d’histoire « politiques » enclines à discréditer les actions de nos anciens dirigeants, afin de soutenir les mouvements politiques modernes. Dans tous ces cas, l’Histoire n’est pas une tentative de connaître la vérité, mais un système de propagande consacré à l’avancement des projets modernes ou à la satisfaction de la vanité nationale.

Les hommes peuvent difficilement être blâmés de ne pas apprendre de l’histoire qui leur est enseignée. Il n’y a rien à en apprendre, parce quelle n’est pas vraie.
36. Les petites nations

Le mot « Empire » a été utilisé dans cet essai pour désigner les nations qui atteignent le statut de grandes puissances, ou de superpuissances dans le jargon d’aujourd’hui – des nations qui ont dominé la scène internationale pendant deux ou trois siècles. Cependant, à tout moment, il a existé aussi des États plus petits qui sont restés plus ou moins autonomes. Est-ce que ceux-ci vivent les mêmes cycles de vie que les grandes nations et passent-il par les mêmes phases ?

Il semble impossible de généraliser sur cette question. En général, la décadence est le résultat d’une trop longue période de richesse et de pouvoir. Si le petit pays n’a pas partagé la richesse et le pouvoir, il ne participera pas à la décadence.

37. Le modèle émergent

Malgré la variété et les complications infinies de la vie humaine, un schéma général semble émerger de ces considérations. Il révèle de nombreux empires successifs couvrant quelque 3 000 ans, ayant suivi des stades similaires de développement et de déclin, et ayant, dans une mesure surprenante, « vécu » des vies de durée très similaire.

L’espérance de vie d’une grande nation, semble-t-il, commence par une expansion violente d’énergie, généralement imprévue, et aboutit à un abaissement des normes morales, au cynisme, au pessimisme et à la frivolité.

Si l’auteur actuel était millionnaire, il essaierait d’établir un département, dans une université quelconque, consacré uniquement à l’étude du rythme de la montée et de la chute de puissantes nations à travers le monde.

L’histoire remonte à environ 3 000 ans, car avant cette période, l’écriture n’était pas suffisamment répandue pour permettre la survie de documents détaillés. Mais durant ces 3000 ans, le nombre d’empires disponibles pour cette étude est très grand.

Au début de cet essai, les noms de onze d’entre eux ont été énumérés, mais ceux-ci n’ont inclus que le Moyen-Orient et les nations modernes de l’Ouest. L’Inde, la Chine et l’Amérique du Sud n’ont pas été incluses, car l’auteur ne sait rien à leur sujet. Une école fondée pour étudier la montée et la chute des Empires trouverait probablement au moins vingt-quatre grandes puissances disponibles pour la dissection et l’analyse.

La tâche ne serait pas facile, si l’espace était si vaste qu’il devait couvrir pratiquement toutes les grandes nations du monde sur 3 000 ans. La connaissance de la langue seule, pour permettre des recherches approfondies, constituerait un obstacle redoutable.

38. Cela aiderait-il ?

Il est agréable d’imaginer, à partir de telles études, l’apparition d’un modèle standard de vie des nations, y compris une analyse des divers changements qui mènent finalement au déclin, à la décadence et à l’effondrement. Il est tentant de supposer que des mesures pourraient être adoptées pour prévenir les effets désastreux de la richesse et du pouvoir excessifs, et donc de la décadence subséquente. Peut-être que certains moyens pourraient être mis au point pour empêcher l’activiste de l’âge de la Conquête et du Commerce de se détériorer pendant l’âge de l’Intellect, produisant des discours sans fin mais sans plus agir.

Il est tentant de le penser. Peut-être que si le modèle de l’ascension et de la chute des nations était régulièrement enseigné dans les écoles, le grand public en arriverait à la vérité et soutiendrait les politiques pour maintenir l’esprit de devoir et de sacrifice, pour prévenir l’accumulation de richesses excessives par une nation, conduisant à la perte du sens moral de cette nation.

Le sens du devoir et l’initiative nécessaires pour mener ce projet ne pourraient-ils pas être maintenus parallèlement au développement intellectuel et aux découvertes dans les sciences de la nature ?

La réponse est douteuse, bien que nous puissions essayer. Les faiblesses de la nature humaine, cependant, sont si évidentes, que nous ne pouvons pas être trop confiants dans le succès de cette entreprise. Les hommes débordants de courage, d’énergie et de confiance en eux ne peuvent être facilement empêchés de soumettre leurs voisins, et les hommes qui voient s’ouvrir des perspectives de richesse seront difficilement arrêtables.

Peut-être n’est-il pas dans l’intérêt réel de l’humanité d’être ainsi empêchée, car c’est dans les périodes de richesse que l’art, l’architecture, la musique, la science et la littérature font les plus grands progrès.

De plus, comme nous l’avons vu dans les grands Empires, leur création peut donner lieu à des guerres et à des tragédies, mais leurs périodes de puissance apportent souvent la paix, la sécurité et la prospérité à de vastes zones de territoire. Nos connaissances et notre expérience (peut-être nos intellects humains fondamentaux) sont insuffisantes pour dire si oui ou non l’ascension et la chute des grandes nations est le meilleur système pour le meilleur des mondes possibles.

Ces doutes, cependant, ne doivent pas nous empêcher d’essayer d’acquérir plus de connaissances sur l’ascension et la chute des grandes puissances, ou d’essayer, à la lumière de ces connaissances, d’améliorer la qualité morale de la vie humaine.

Peut-être, en effet, arriverons-nous à la conclusion que l’ascension et la chute successives des grandes nations sont inévitables et, en fait, un système divinement ordonné. Mais même cela serait un gain immense. Car nous devrions savoir où nous en sommes par rapport à nos frères et sœurs humains. Dans notre état actuel de chaos mental sur le sujet, nous nous divisons en nations, en communautés qui se battent, se haïssent et se dénigrent les unes les autres au sujets de développements qui peuvent bien être divinement ordonnés mais qui nous semblent, si nous adoptons une vision plus large, totalement incontrôlables et inévitables. Si nous pouvions accepter ces grands mouvements comme échappant à notre contrôle, il n’y aurait aucune excuse pour que nous nous haïssions les uns les autres à cause d’eux.

Si variée, déroutante et contradictoire que puisse être l’histoire religieuse du monde, la plus noble et la plus spirituelle des dévotes de toutes les religions semble parvenir à la conclusion que l’amour est la clé de la vie humaine. Toute expansion de nos connaissances qui peut conduire à une réduction de nos haines injustifiées en vaut donc certainement la peine.

39. Résumé

Comme de nombreux points d’intérêt sont apparus au cours de cet essai, je termine avec un bref résumé, pour rafraîchir l’esprit du lecteur.

Nous n’apprenons pas de l’Histoire parce que nos études sont brèves et préjudiciables.
D’une manière surprenante, 250 ans apparaissent comme la durée moyenne de la grandeur nationale.
Cette moyenne n’a pas varié depuis 3 000 ans. Est-ce que cela représente dix générations ?
Les étapes de l’ascension et de la chute des grandes nations semblent être :
L’âge des pionniers (explosion) ;
L’âge des conquêtes ;
L’âge du commerce ;
L’âge de l’abondance ;
L’âge de l’intellect ;
L’âge de la décadence.
La décadence est marquée par :
Passage en mode défensif ;
Pessimisme ;
Matérialisme ;
Frivolité ;
Un afflux d’étrangers ;
Un État providence ;
Un affaiblissement de la religion.
La décadence est due à :
Période trop longue de richesse et de pouvoir ;
Égoïsme ;
Amour de l’argent ;
Perte du sens du devoir.
Les histoires de vie des grands États sont étonnamment similaires et sont dues à des facteurs internes.
Leurs chutes sont diverses, car elles sont en grande partie le résultat de causes externes.
L’Histoire devrait être enseignée comme l’histoire de la race humaine, bien que l’accent soit bien sûr mis sur l’histoire du pays de l’élève.

Le sort des Empires et la recherche de leur survie 5/5

Donald Trump pourrait-il être le dernier empereur du monde ?
États et empires après la fin de l’ère fossile




Les empires sont des structures à courte durée de vie créés et maintenus ensemble par la disponibilité de ressources minérales, les combustibles fossiles à notre époque. Ils ont tendance à décliner et à tomber avec le déclin des ressources qui les ont permis, et c’est aussi le destin de l’Empire mondial actuel : l’Empire américain. De nouveaux empires seront-ils possibles avec la disparition progressive des abondantes ressources minérales du passé ? Peut-être pas, et Donald Trump pourrait être le dernier empereur de l’histoire.

Un seigneur de guerre nommé Sargon d’Akkad fut peut-être le premier homme de l’histoire à régner sur un véritable empire, vers le milieu du deuxième millénaire avant JC en Mésopotamie. Avant lui, les humains s’affrontaient depuis des millénaires, mais les plus grandes structures sociales qu’ils avaient développées n’étaient pas plus grandes que des cités-États. Progressivement, de nouvelles formes d’agrégation sociale ont émergé : des royaumes et des empires, des structures maintenues ensemble par un gouvernement central qui, normalement, implique une figure masculine plus grande que nature, empereur ou roi, qui dirige la machine de l’État en combinant force, prestige et dons.

L’Empire de Sargon a connu le destin normal des empires qui l’ont suivi : gloire et pillage au début, puis lutte, destruction et, enfin, effondrement. Rien d’inhabituel pour un cycle qui couvrirait des millénaires d’histoire humaine. Taagenpera montre comment les empires vont et viennent.

Graphique

La montée en puissance et la chute des empires ressemblent à une réaction chimique, qui consiste à brûler du combustible puis à se réduire, comme une réaction à court de réactifs – puis à redémarrer lorsque de nouveaux réactifs se sont accumulés. Pour les empires, les réactifs pourraient être des ressources minérales – il se peut fort bien que l’empire de Sargon soit le résultat de l’argent métal qui serait devenu un moyen standard d’échange en Mésopotamie. Avec de l’argent, Sargon pouvait payer ses soldats. Avec ses soldats, il pouvait voler plus d’argent. Et, avec plus d’argent, il pourrait payer encore plus de soldats – et voilà : le chemin de la gloire et du meurtre est ouverte.

Les Romains construisirent leur prodigieux empire en utilisant l’or et l’argent de leurs mines en Espagne. Quand les mines ont été épuisées, l’Empire romain le fut aussi, mais il a laissé une impression si profonde que pendant plus d’un millénaire des gens ont essayé de le reconstruire. Charlemagne construisit son Saint Empire romain germanique au IXe siècle après J.-C. grâce à de nouvelles mines d’argent découvertes en Europe de l’Est. Plus tard, au XVIe siècle, Charles Quint relance l’idée de Charlemagne avec son empire sur lequel le soleil ne se couche jamais, construit sur l’or provenant des Amériques. Mais ces empires, eux aussi, ont connu un cycle de croissance et de déclin, parallèlement à celui des ressources qui les avaient créés.

Le XXe siècle a été l’époque des empires fossiles. Les Britanniques ont utilisé le charbon pour créer le plus grand et le plus puissant empire jamais construit – il s’est éteint avec le déclin progressif de sa production de charbon. Un autre empire ancien, l’Autriche-Hongrie, dernier vestige du concept d’empire européen, s’est effondré pendant la première guerre mondiale, le seul État a n’avoir pas survécu à cette guerre. La tentative de l’Italie de recréer l’Empire romain en 1936 avec la conquête de l’Éthiopie a eu pour seul effet de générer l’empire le plus éphémère de l’histoire du monde, cinq ans seulement, mais, au moins, cela a pu démontrer qu’aucun empire ne peut exister longtemps sans ressources minérales abondantes disponibles. À la fin de la seconde guerre mondiale, il ne restait que deux grands empires : le soviétique et l’américain. Tous deux étaient basés sur les combustibles fossiles et, en particulier, sur l’abondance du pétrole brut qu’ils pouvaient produire. Pendant un certain temps, l’empire soviétique a contesté la suprématie mondiale de l’empire américain – mais il a dû abandonner et se coucher lorsque ses ressources pétrolières sont devenues trop chères pour alimenter son appareil militaire.

Aujourd’hui, le seul héritier de quelque quatre millénaires et demi de construction d’empires est l’empire américain, une structure extraordinaire qui domine les océans du monde et une grande partie des terres du monde. Mais, comme pour les anciens empires, celui des États-Unis ne durera que le temps de sa production de combustibles fossiles. Et la fin est en vue : la production de pétrole conventionnel est en déclin depuis des décennies sur le territoire américain, tandis que la production à partir des schistes bitumineux ne peut que retarder l’inévitable. Il se peut bien que le puissant empire américain suive bientôt la voie de ses prédécesseurs. Si c’est le cas, l’effondrement sera rapide et brutal, le genre d’effondrement que nous appelons parfois une Falaise de Sénèque.

L’ensemble du débat politique aux États-Unis reflète cette situation. Les démocrates (ou la gauche) en sont venus à embrasser le point de vue impérialiste, poursuivant une politique étrangère agressive. Les républicains (ou la droite) ne sont pas des ennemis de l’empire, mais beaucoup d’entre eux sont favorables au repli à l’intérieur des frontières nationales américaines. Il y a une certaine logique dans ces positions : la base politique des démocrates se trouve dans les restes appauvris de la classe moyenne et, pour eux, le seul espoir de survie est l’expansion économique qui pourrait venir du pillage des pays étrangers. Les républicains, au contraire, représentent les élites et, pour elles, le moyen le plus facile de maintenir leur domination est de piller la classe moyenne américaine.

Donald Trump représente bien le point de vue des élites. Il semble comprendre (ou, du moins, sentir) dans quelle direction le vent souffle et ce qu’il fait, en plus de se vanter avec exagération, c’est d’essayer de transformer l’économie parasitaire impériale des États-Unis en une économie nationale autonome. Ce n’est pas une tâche facile et Trump pourrait bien échouer dans sa tentative. Mais l’histoire n’échoue jamais : les empires suivent toujours un cycle de croissance et d’effondrement, ce n’est qu’une question de temps.

Donc, l’empire américain est destiné à disparaître, mais que va-t-il se passer après sa chute ? Très probablement, nous verrons une situation ressemblant à celle de la chute de l’empire romain, quand il n’y avait pas de ressources pour construire un autre empire de la même taille. L’Europe est revenue à une époque de villes et de mini-États indépendants. De nos jours, beaucoup de gens semblent penser que la disparition des combustibles fossiles entraînerait un retour du Moyen-Âge. Cela peut arriver : les grandes organisations ont besoin de beaucoup d’énergie pour fonctionner et, en plus, notre civilisation sera durement touchée par le réchauffement climatique. Il peut en résulter une fragmentation des entités politiques actuelles, un retour aux États-nations ou même un retour aux cités-États. Il n’y aura pas d’autre empire mondial et Donald Trump pourrait être, sinon le dernier empereur, du moins le dernier à diriger un empire aussi grand que l’empire américain actuel.

Le retour au Moyen-Âge pourrait être évité, du moins en partie, si l’humanité investissait une partie des ressources restantes dans la construction d’une infrastructure énergétique basée sur les énergies renouvelables, mais, à l’heure actuelle, il semble que ces ressources seront gaspillées dans une nouvelle série de guerres pour les ressources. Et ainsi de suite, c’est le grand cycle de l’Histoire qui va de l’avant. Les humains luttent, se battent et se querellent, mais les meilleurs efforts des souris et des hommes n’aboutissent à rien lorsqu’ils essaient de garder les choses comme elles sont et comme elles ont été. La seule chose qui ne change pas dans l’histoire, c’est que les choses changent toujours.
Donald Trump pourrait-il être le dernier empereur du monde ? États et empires après la fin de l’ère fossile

Que fait l’Empereur Trump ?
Il est occupé à diviser l’Empire en deux




Donald Trump semble faire ce que les empereurs romains comme Dioclétien, Constantin et Théodose ont fait il y a longtemps : diviser l’empire en deux parties. Trump n’a peut-être pas consciemment décidé de le faire, mais un Empire ne peut avoir que la taille qu’il peut se permettre et l’Empire américain ne peut plus se permettre de dominer le monde entier.


Flavius Theodosius Augustus « Le Grand » (347-395 de notre ère) fut le dernier empereur à régner sur tout l’empire romain. Son succès était probablement dû en grande partie à son habitude de piller les temples païens pour leur or dont il avait besoin pour payer ses troupes. Mais les temples païens étaient une ressource limitée et Théodose lui-même a semblé le comprendre lorsque, peu avant sa mort, il partagea l’Empire entre ses deux fils, Arcadius et Honorius. Par la suite, l’empire ne devait plus jamais être uni sous un seul empereur.

L’Empire romain avait été une puissance fortement centralisée à ses heures de gloire, mais il n’a jamais été très intéressé à créer une unité ethnique et linguistique entre ses sujets. Les autorités romaines ont compris qu’il était moins coûteux de tolérer la diversité que de forcer l’uniformité – une politique typique de la plupart des empires. Ainsi, l’Empire est resté divisé en deux grandes moitiés linguistiques : les Pars Occidentis de langue latine et les Pars Orientis de langue grecque. Théoriquement, le latin était la langue officielle mais, dans la pratique, l’Empire restait une entité bilingue et, aux IIe et IIIe siècles, l’élite romaine avait même tendance à parler grec – langue considérée comme plus raffinée et plus classe que le latin.

La scission des deux côtés de l’Empire n’était pas seulement linguistique, elle était aussi économique. Les Pars Occidentis ont gardé une économie basée sur la richesse minérale qui, à son tour, a alimenté la puissance militaire de l’Empire. Le Pars Orientis était plus basé sur le commerce et la fabrication et il exploitait sa position géographique favorable en tant que terminal de la route de la soie qui reliait la Chine à l’Europe. Pendant la période d’expansion, la puissance militaire de l’Occident l’a rendu dominant mais, avec l’épuisement des mines d’or en Espagne, il a perdu les ressources nécessaires pour payer son appareil militaire surdimensionné. Avec le temps, l’Empire occidental est devenu incapable de contrôler même son propre territoire et il a gaspillé ses ressources restantes dans d’immenses murs frontaliers. Il s’est effondré et a disparu à la fin du Ve siècle de notre ère. L’Empire d’Orient a duré près d’un millénaire de plus mais n’a jamais pu reconstruire le pouvoir de l’ancien Empire romain.

Si on regarde la situation actuelle, il est clair que l’Empire américain est confronté à la même situation que les Romains vers le IIe siècle de notre ère. Comme l’ancien Empire Romain d’occident, l’économie de l’Empire américain repose principalement sur les ressources minérales, notamment le pétrole brut. Mais, avec l’épuisement progressif de ces ressources, l’empire ne peut plus se permettre de dominer le monde entier.

L’Empereur Trump semble avoir une capacité étrange à comprendre la situation, même s’il n’est pas un expert en histoire romaine. Ses actions sont parfaitement compréhensibles à la lumière du projet de scission de l’empire en deux parties. Une moitié (Pars Occidentis) sera toujours dominée par Washington, l’autre moitié (Pars Orientis) aura Pékin comme capitale. La partie occidentale conservera la langue impériale originale, l’anglais. La partie orientale pourrait passer au chinois.

Avec constance, Trump prévoit d’abandonner l’Afghanistan et la Syrie, à la fois trop loin et trop cher à défendre et il n’était pas non plus intéressé par une confrontation totale avec la Corée du Nord. Mais il semble considérer l’Amérique du Sud comme faisant partie de la zone d’influence occidentale, alors il bouge ses pions pour prendre le contrôle du Venezuela. Trump agit également pour détruire l’hégémonie du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Apparemment, l’idée est que l’Empire d’Occident saurait mieux se prémunir des désastres financiers si le dollar devient seulement une devise occidentale. Ainsi, les sanctions économiques décrétées contre l’Iran, la Russie et d’autres pays forcent l’Empire de l’Est à développer de nouvelles devises et de nouveaux systèmes financiers indépendants du dollar.

De toute évidence, L’Empereur Trump fait face à une forte résistance. Tout comme de nombreux empereurs romains, il n’a pas complètement le contrôle de l’appareil militaire impérial et une opposition de taille tente de maintenir l’Empire américain en vie sous sa forme la plus étendue et la plus coûteuse : dominer la planète entière. Mais la direction est claire et la situation est simple : un Empire ne peut pas être plus grand que ce qu’il peut se permettre. L’épuisement progressif des ressources minérales et l’augmentation des coûts de la pollution rendent impossible un empire mondial.

L’Empire du monde globalisé était une belle créature tant qu’il prospérait, mais il brûlait le bâton de dynamite par ses deux extrémités. L’époque de la domination mondiale est révolue et l’Empire est maintenant dans une phase convulsive : la retraite est la manœuvre militaire la plus dangereuse et il est préférable de l’exécuter en maintenant une position agressive. C’est exactement ce que fait l’Empereur Trump avec ses menaces de guerre. Mais il est également vrai que le jeu de la poule mouillée est le deuxième jeu le plus dangereux connu (le premier est la roulette russe). Ainsi, le retrait de l’Empire d’Occident n’impliquera peut-être pas seulement un effondrement rapide de Sénèque, comme ce fut le cas pour l’ancien Empire romain, mais un dernier feu d’artifice sous la forme d’une guerre nucléaire qui mettra fin à la civilisation telle que nous la connaissons. Ce n’est pas joli, mais c’est comme ça.

Il reste un point de discorde : l’Europe occidentale fait-elle partie de l’Empire d’Orient ou d’Occident ? Certes, la Grande-Bretagne a tendance à faire partie de l’Empire occidental en raison de ses liens linguistiques avec les États-Unis. Mais les régions non anglophones de l’ancienne UE n’ont pas ce lien et elles ont des liens forts – pratiquement inébranlables – avec la Russie en tant que fournisseur d’énergie. Elles pourraient donc faire partie de l’Empire de l’Eurasie de l’Est.

Il semble que Trump comprenne très bien ce point également, et c’est en ces termes que vous pouvez interpréter le clash avec ses alliés de l’OTAN à la réunion du G7 de l’an dernier. Le message de Trump aux États qui ont formé l’Union européenne était simplement : « Désolé, les gars, nous ne pouvons plus nous permettre de vous défendre à moins que vous ne nous payiez avec plus d’argent que vous ne pouvez vous le permettre ». En ce sens, l’Europe occidentale pourrait jouer le rôle de la Grande-Bretagne et de la Dacie aux IIIe et IVe siècles de notre ère, abandonnées par le gouvernement central romain et laissées à elles-même pour se défendre contre les envahisseurs barbares. Qui sait ? L’histoire rime à nouveau et nous pourrions même avoir un nouveau roi Arthur.

La chute de l’Empire romain d’Occident fut-elle un effondrement de Sénèque ?

Oui, bien sûr que oui. Regardez-moi ça :


Taagepera, Taille et Durée des Empires, 1978 – L’échelle verticale est en millions de milles carrés.

Et vous serez peut-être aussi intéressé par la façon dont la fille de Théodose, Galla Placidia, a réussi à maintenir la cohésion de l’Empire occidental, sans même piller les temples.

Si vous êtes arrivé jusque là, ne vous arrêtez en si bon chemin, l'apothéose est le texte qui suit sur la vie de Galla Placidia qui permettra de connaître le personnage, mais au-delà de la fin de l'Empire Romain et le passage au Moyen-Âge.
Que fait l’Empereur Trump ? Il est occupé à diviser l’Empire en deux

Chimie d'un empire: la dernière impératrice romaine



Médaillon du Ve siècle illustrant ce qui est peut-être le seul portrait de Galla Placidia (388-450 ap. J.-C.), le dernier (et le seul) impératrice romaine occidentale. L'inscription indique "Domina Nostra, Galla Placidia, Pia, Félix, Augusta", ce qui signifie "Notre-Dame, Galla Placidia, Pieuse, bénie et vénérable". Contemporain de personnalités telles que saint Augustin, saint Patrick, Attila le Hun et peut-être le roi Arthur, Placidia eut la rare chance de pouvoir faire quelque chose que les empereurs romains n'auraient jamais pu faire; faire passer l’Empire à la prochaine étape qui devait être, inévitablement, sa disparition.

Alors que je préparais cet essai sur l'impératrice Galla Placidia, je me suis retrouvé en train de donner un exposé impromptu sur le sujet à mes étudiants en chimie lors de la dernière leçon précédant Noël. Plus tard, j'ai pensé que je pourrais écrire mon essai sous la forme de cet exposé. Donc, le voici. Il est beaucoup plus développé que ce que j’ai dit à mes élèves à cette occasion, mais il en reste l’essentiel. J'ai ajouté des titres et des chiffres.

Introduction: la chimie d'un empire

Je pense qu'il n'y aura pas de cours en chimie aujourd'hui. Nous sommes proches de Noël, vous n'êtes que quelques-uns, et il est donc préférable d'éviter une longue et ennuyeuse conférence. nous l'aurons après la pause pour les vacances. Donc, nous pourrions simplement partir pour un café mais, peut-être, nous pourrions utiliser ce temps que nous avons d'une manière différente. Vous savez, il y a un sujet sur lequel je travaille quand j'ai un peu de temps libre: l'histoire romaine. Donc, je pensais qu'au lieu de vous donner une conférence en chimie, je pourrais vous en parler. Comment voudriez-vous entendre l'histoire d'une princesse romaine qui a épousé un roi barbare puis est devenue impératrice de Rome?

Maintenant, je vois sur vos visages que - oui - vous voudriez qu'on vous raconte cette histoire! Mais notez que c'est peut-être un sujet qui n'est pas si loin de la chimie qu'on pourrait le penser. Vous voyez, les civilisations peuvent être considérées comme des réactions chimiques énormes et vous savez que les réactions chimiques ont tendance à s’enflammer puis à s’affaiblir; c'est ce que nous appelons la "cinétique chimique", vous l'avez étudiée. La même chose arrive pour les empires; ils ont tendance à s'enflammer puis à disparaître; c'est ce qui est arrivé à l'empire romain, comme vous le savez. Ainsi, les civilisations et les réactions chimiques peuvent être étudiées en utilisant des méthodes similaires; c'est un domaine de la science qui s'appelle "dynamique du système". En un sens, il y a des forces qui poussent les gens à faire des choses comme il y a des forces qui poussent les molécules à réagir. En chimie, nous appelons ces forces «potentiels chimiques», nous pourrions utiliser le terme «destin» ou «karma» chez les gens, ou quelque chose du genre. Mais peut-être que la différence n'est pas si grande.

Mais ne vous inquiétez pas des équations. J'ai dit qu'aujourd'hui j'allais vous raconter une histoire, et je vais le faire. C'est l'histoire de Galla Placidia; née princesse romaine, puis reine des Goths et, finalement, impératrice de Rome. C'est une belle histoire d'amour, de sexe et de guerre. Alors commençons!


La chute de Rome

Maintenant, je vous demande de fermer les yeux et d’oublier un instant où vous êtes. Oubliez que vous êtes dans une salle de classe, oubliez que vous êtes des étudiants en chimie, oubliez que vous vivez au 21ème siècle. Essayez d'imaginer quelque chose qui existait dans le passé: la Rome antique dans les premières années du Ve siècle de notre ère, il y a quinze cents ans.

Oui, Rome, la ville éternelle, le centre du monde, le berceau de la civilisation, le lieu où tous les chemins mènent. Au début du Ve siècle, Rome est toujours la plus grande ville d'Europe. la capitale de l'empire romain occidental. Pensez à la ville comme s'étendant sur ses sept collines; entouré par les énormes murs d'Aurélien, plein de palais en marbre, marchés, amphithéâtres, jardins et fontaines. Le Sénat romain siège toujours à la Curia et les gladiateurs se battent encore dans les arènes, comme ils le font depuis des siècles.

Mais avec le 5ème siècle, les choses ont beaucoup changé pour l'Empire. Les anciennes armées victorieuses sont parties; l'empereur lui-même n'habite même plus à Rome. Il séjourne dans la petite ville de Ravenne, protégée par les marais qui l’entourent. Et, en 410 après JC, Rome est en état de siège.

Imaginez que: hors des murs de Rome, il y a une nation entière: hommes, femmes, enfants, chevaux et bétail. Des dizaines de milliers de personnes qui y ont marché depuis le nord: les Wisigoths. Ils sont dirigés par leur roi, Alaric, et ils assiègent maintenant Rome. Alors que l'empereur, Honorius, se cache à Ravenne, la seule barrière qui empêche les barbares de rester en dehors de la ville est le cercle des anciennes murailles auréliennes. Mais cela ne peut pas durer éternellement. Sans une armée pour défendre les murs, l'issue du siège ne pourrait en être qu'un. En août 410, les barbares ont fait irruption et ont limogé Rome. L'histoire a rappelé cette date: la ville la plus puissante du monde, la ville «éternelle», était tombée. Le choc généré par l'événement a résonné pendant des siècles. Entre autres choses, il a inspiré la "Cité de Dieu" d'Augustin encore bien connue aujourd'hui.

Maintenant, comment était-ce que la plus grande ville du monde, la ville éternelle, avait été prise et mise à sac par un groupe de barbares? Ce n'était que le point final d'un déclin qui durait depuis des siècles. Vous savez que l'apogée de l'empire romain avait eu lieu à un moment donné au deuxième siècle de notre ère. Après cette période, tout était en descente: guerres civiles, invasions barbares, épidémies, famines, etc. Pas un processus en douceur, bien sûr. Il y avait eu des périodes très difficiles et des périodes au cours desquelles l'Empire semblait en mesure de se rétablir. Au total, l'Empire d'Occident avait réussi à rester en un seul morceau jusqu'à la fin du IVe siècle. Mais, avec le 5ème siècle, les choses devaient changer et, cette fois, l'Empire ne récupérerait jamais vraiment.

Edward Gibbon nous fait un compte rendu particulièrement émouvant de ces événements dans son « Déclin et chute de l'empire romain ». En 405 (peut-être), l'Europe a connu un hiver très froid - si froid qu'il a gelé les eaux du Rhin. Ce fleuve était la frontière orientale de l'Empire depuis des siècles. Cela avait été choisi après la défaite des Romains par les Allemands à Teutoburg, bien avant. Mais quand il a gelé, un grand nombre de barbares sont passés. C'était la fin des fortifications frontalières; les Romains ne pouvaient tout simplement plus les défendre. Les murs ont été abandonnés et laissés à tomber en poussière pour toujours. C'était un changement d'époque. à partir de ce moment-là, les barbares étaient à l'intérieur de l'empire et y resteraient.

Au cours de la grande agitation de ces années, un groupe important de barbares se dirigea directement vers Rome. En 406, ils se retrouvèrent au pied des Appennini, dans la ville de Faesulae , par ce que Gibbon appelle "la dernière armée de la République". Les Romains y avaient rassemblé toutes les forces qu’ils pouvaient rassembler et ils ont réussi à arrêter les barbares. Pris au piège dans une étroite vallée, les Barbares ont presque tous été tués ou faits prisonniers et vendus comme esclaves. Leur roi, Radagaisus, a été capturé et décapité. On se souvient encore de ces événements comme de légendes dans la région où la bataille a eu lieu.

Ce fut une grande victoire pour Rome et en particulier pour le général qui dirigeait l'armée romaine: Flavius ​​Stilicho, magister militum , commandant en chef de toutes les forces impériales. Mais il y avait un problème: les généraux qui ont réussi ne sont jamais aimés des empereurs méfiants. En outre, Stilicho était lui-même un barbare, un vandale, ce qui ne le rendait pas populaire auprès des Romains. Ainsi, peu après la bataille, l'empereur Honorius fit exécuter Stilicho pour trahison. C'était une grosse erreur, une très grosse. vous pourriez dire qu'Honorius s'est tiré une balle dans le pied avec son arbalète. À ce moment-là, l'armée romaine était composée principalement de barbares et, avec leur chef, Stilicho, trahis et tués, la plupart d'entre eux désertés. L'armée a fondu et beaucoup de ceux qui avaient déserté ont rejoint l'armée du roi Alaric. Maintenant, vous pouvez comprendre comment Rome s’est laissée sans défense et qu’elle a fini par tomber aux mains des Barbares.

Galla Placidia: princesse romaine

Ce que je vous ai dit, c’est l’histoire de la chute de Rome telle que nous pouvons la lire dans les textes des chroniqueurs. En réalité, il ne reste que très peu de ces événements en termes de sources contemporaines; la plupart de nos écrits ont été écrits des décennies, voire des siècles, après les événements. Nous devons donc rassembler toutes les sources pour essayer de comprendre ce qui se passait exactement. Et il y a un côté humain dans les événements qui dépasse le fait que Rome était en déclin et qu'elle est finalement tombée. Nous pouvons à peine imaginer quelle était l’atmosphère à Rome pendant les deux années de siège, ce que les gens en ont pensé et comment ils ont vu un événement qui - à n’en pas douter - a dû être trouvé incroyable; réellement impossible. Rome n'avait pas été assiégée depuis mille ans, c'était la plus grande ville du monde connu. Que cela tombe entre les mains d'un petit seigneur barbare, c'était ... Allez. Cela ne pouvait tout simplement pas être!

Le problème est que lorsque les gens font face à quelque chose qui ne correspond pas à ce qu'ils pensent que le monde devrait être, ils ont tendance à l'ignorer. S'ils ne peuvent pas, ils peuvent devenir fous. Et les Romains sont devenus fous. Ils ont essayé tout ce à quoi ils pouvaient penser. Ils ont élevé un nouvel empereur, nommé Priscus Attalus, avec tout le faste impliqué dans les circonstances. Mais le roi barbare n'était pas impressionné. Ensuite, ils lui envoyèrent une délégation de sénateurs et ils dirent au roi combien il y avait de Romains. A cela, Alaric répondit solennellement (je suppose) «Plus le foin est épais, plus il est facile à tondre» Maintenant, dites-moi si ce n'est pas le genre de choses dont les légendes sont faites!

À ce stade, les Romains sont vraiment devenus fous. Oui, ils sont devenus fous, bananes, pastèques, peu importe comment vous appelez cette condition. Ils ont commencé à chercher un coupable, un bouc émissaire, à blâmer. Vous vous souvenez maintenant que l'empereur Honorius avait accusé son général Flavius ​​Stilicho de trahison; c'est-à-dire d'être de connivence avec les barbares. C'était déjà un effet de paranoïa déchaînée. Mais, dans la Rome assiégée, la paranoïa a augmenté de quelques crans. Quelqu'un a remarqué que la veuve de Stilicho, Serena, était à Rome. Si son mari avait été un traître, eh bien, elle devait être une traître. Serena était la cousine de l'empereur Honorius, une femme noble de haut rang. Mais lorsque la paranoïa devient la règle, elle génère un mal pur. Serena a été accusée de trahison, condamnée à mort par le Sénat et exécutée en train d'étrangler.

C’est à ce stade que nous avons la première apparition de Galla Placidia dans l’histoire à l’âge adulte. Elle avait environ 20 ans à cette époque. Le chroniqueur Zosimus nous dit que l'exécution de Serena a été faite "avec le consentement de Galla Placidia".

Nous avons une petite histoire à raconter, ici. Revenons quelques années en arrière, lorsque le père de Placidia, Théodose 1er, "Le Grand" fut le dernier empereur romain à régner sur les parties orientale et occidentale de l'Empire. Il a eu deux enfants mâles, Arcadius et Honorius, à qui il a laissé l'empire. Arcadius a pris l'Est et Honorius l'Occident. Mais Théodose avait aussi une fille plus jeune, Galla Placidia, qui n'a rien eu. Alors comme maintenant, être une femme n’est pas un atout quand il s’agit d’hériter d’un Empire. Mais Théodose a peut-être compris que ses deux enfants de sexe masculin ne feraient pas de bons empereurs (ce n’était pas le cas) et il a donc gardé Placidia en réserve, en quelque sorte; quelque chose qui s'est avéré être un geste intelligent. Theodosius a laissé Placidia sous la garde de son meilleur général, Flavius ​​Stilicho, qui l'a élevée dans son foyer avec sa femme Serena, qui était aussi la nièce de Theodosius.

Ainsi, pendant les années de siège, Placidia était à Rome, probablement chez sa mère adoptive, Serena. Maintenant, nous pouvons difficilement imaginer une situation dans laquelle le Sénat décide de condamner à mort le cousin de l'empereur, comme l'était Serena. Mais Placidia était d'un rang encore plus élevé en termes de noblesse. Elle portait le titre de " puella nobilissima " . Je pense que vous en savez assez en latin pour traduire cela par "fille la plus noble", ce qui, bien sûr, est l'équivalent de ce que nous appelons aujourd'hui "princesse". Donc, dans un sens, les sénateurs ont eu froidement l'idée de tuer Serena et ils ont demandé au plus haut gradé de Rome, Placidia, d'assumer la responsabilité de ce qui était en réalité un meurtre légalisé. Et ils lui demandaient de se mettre d'accord sur l'assassinat d'une personne qui était à la fois sa mère adoptive et un parent proche.

Nous ne pouvons évidemment pas dire ce qui se passait dans l'esprit de Placidia à cette époque. Nous ne pouvons même pas être sûrs qu'elle ait approuvé quoi que ce soit. Nous ne connaissons cette histoire que par une phrase écrite par Zosimus, un Grec qui a écrit plus d'un siècle après les événements. Mais, si cela se produisait, ce serait la première décision politique de Placidia dans sa vie; quelque chose qui peut nous donner une idée de sa façon de penser. Peut-être a-t-elle simplement craqué sous le stress du moment. Mais elle a peut-être aussi pensé que s’opposer au Sénat n’aurait fait aucune différence. Ils avaient déjà décidé de cette idée folle de tuer Serena. Qu'est-ce qui les arrêterait s'ils devenaient encore plus fous et décidaient de tuer aussi Placidia? Après tout, elle était la fille adoptive de Stilicho; elle aurait aussi pu être une traîtresse. Alors, peut-être que Placidia n’a simplement pas essayé de livrer une bataille qu’elle ne pourrait pas gagner. C'était son style: ne combattez pas l'inévitable. Nous verrons qu'il va refaire surface plus d'une fois, plus tard. Placidia peut être flexible, s’adapter et prospérer même dans des situations très difficiles.

Avec l'exécution de Serena, on peut imaginer que les Romains s'attendaient à ce que les Wisigoths disparaissent dans un nuage de fumée. Mais, bien sûr, cela n’est pas arrivé. En 410, les Wisigoths ont fait irruption, ils ont saccagé Rome, et pas seulement cela: ils ont pris un très gros prix: Galla Placidia elle-même; puella nobilissima , demi-soeur de l'empereur au pouvoir. Les chroniqueurs ne mentionnent rien comme le fait que Placidia soit traînée loin de son palais, en train de donner des coups de pied et de crier - en fait, ils sont totalement silencieux sur ce point. Cela signifie probablement quelque chose. Nous n'avons pas à penser que Placidia était contente de rejoindre les Barbares mais, encore une fois, elle n'a pas essayé d'éviter l'inévitable. Nous ne pouvons même pas exclure qu'elle se soit sentie plus en sécurité avec les Barbares qu'avec les Sénateurs Romains perfides. Au moins, à notre connaissance, les Wisigoths ont traité Galla Placidia avec tous les honneurs dus à une puella nobilissima , une princesse romaine.

Les Wisigoths ne restèrent à Rome que trois jours. Au fur et à mesure des licenciements, le leur était plutôt doux. Ils ont brûlé et mis à sac quelques bâtiments, mais principalement ils ont mis à sac tout l'or et l'argent qu'ils ont pu trouver, puis ils sont partis, en direction du sud, avec l'idée d'atteindre l'Afrique et de s'y installer. Ils prenaient Galla Placidia avec eux. Après un long et lent voyage, ils sont arrivés à la pointe la plus méridionale de la péninsule italienne, mais ils n'ont pas pu se rendre en Afrique, car une tempête a détruit les navires qu'ils avaient rassemblés sur la côte. Ensuite, le roi Alaric est mort et la légende raconte qu'il aurait été enterré sous le lit du fleuve Busento , avec sa part de l'or saccagé à Rome. Un autre événement qui sonne de légende. Les gens recherchent encore cet or, aujourd'hui!

À ce stade, bloqués dans le sud de l'Italie et à court de nourriture, les Wisigoths n'ont d'autre choix que de revenir en arrière et de revenir lentement sur leur route. Ils étaient conduits par leur nouveau roi, Athaulf, demi-frère d'Alaric. Le voyage dans le sud de l'Italie les avait considérablement affaiblis et, à leur arrivée près de Rome, ils ne pouvaient même plus rêver de renverser la ville. Ils ont continué d'avancer et, finalement, ils se sont arrêtés dans le sud de la France, alors largement abandonnés par l'empire romain. Et, en chemin, Placidia a épousé Athaulf, peut-être en Italie ou peut-être à Narbonne, en France. C'était en 414, quatre ans après la chute de Rome. Placidia avait environ 25 ans à cette époque.


Le mariage royal

Nous sommes donc arrivés au mariage royal. Je pense que vous visualisez tous Galla Placidia et Athaulf en train de se marier et, en fait, cela devait être quelque chose de spécial. Il était célébré en grande pompe et lors des hautes fêtes romaines. Nous avons même une description des magnifiques cadeaux offerts à Placidia à partir du butin que les Goths avaient capturé à Rome. Le discours de mariage a été prononcé par un sénateur romain, Priscus Attalus, qui avait déjà revendiqué le titre d'empereur. Attale a même chanté une chanson lors du mariage; vous savez, c'était quelque chose: pensez à faire chanter un empereur lors de votre mariage!



Galla Placida, la princesse romaine, prend désormais avec plaisir le titre de «reine des Goths». Je dis «volontiers» parce qu'elle n'a jamais renié ce titre plus tard dans la vie, peu importe ce qui lui est arrivé - et nous verrons que beaucoup de choses se sont passées. Mais pourquoi ça? Je veux dire, elle avait déjà le titre de princesse romaine, elle avait de bonnes chances d'épouser un empereur et de devenir impératrice elle-même. Pourquoi voudrait-elle devenir la reine d'une nation barbare? De plus, pense qu'Athaulf était le frère d'Alaric, le roi qui avait limogé Rome. Si vous pouvez imaginer la fille d'un président américain épousant le frère d'Oussama Ben Laden, eh bien, alors vous pouvez avoir une idée du genre de décision que Placidia a prise.

Bien sûr, 1500 ans après l'événement, nous ne pouvons pas dire ce qui s'est passé dans l'esprit de Galla Placidia et nous ne pouvons pas exclure qu'il y ait un élément romantique dans sa décision. Cela soulève la question de savoir si Athaulf était un bel homme, mais nous n’avons aucun portrait de lui. Nous ne savons même pas quel âge il avait au moment de ce mariage. Nous savons qu'il avait déjà été marié, il a eu quatre enfants de sa première épouse, mais nous n'avons aucune idée de ce qui lui est arrivé. Donc, nous pouvons seulement dire que, probablement, il était plus âgé que Placidia, mais c'est à peu près tout. Nous en savons beaucoup plus sur Placida, mais nous n’avons pas non plus de portrait à lui attribuer. Néanmoins, si nous voulons comprendre cette histoire, nous devons comprendre dans notre esprit le visage de ces personnages. Je suis sûr que vous avez "vu" dans votre esprit les deux Placidia et Athaulf - notre esprit est fait de cette façon; nous ne pouvons pas éviter cela.

Alors, à quoi Athaulf et Placidia auraient-ils pu ressembler? À propos d'Athaulf, le fait qu'il soit un roi barbare ne veut pas dire que vous devriez l'imaginer sous le nom d'Arnold Schwarzenegger dans le film «Conan le barbare». Pas du tout, bien sûr! Athaulf n'est sûrement pas allé habillé d'une peau d'ours et avec un casque à cornes sur la tête. Le mieux que nous puissions faire pour le visualiser est de penser au portrait contemporain d’un barbare de haut rang que nous avons: Flavius ​​Stilicho; le général Vandal qui était le père adoptif de Placidia. Nous avons un diptyque en ivoire de lui et de sa femme, Serena, et de leur fils, Eucherius. Dans cette image, Stilicho est représenté comme étant grand et beau; un peu solennel en portant des vêtements romains. Athaulf aurait pu lui ressembler beaucoup: grand, beau et barbu.



Et que dire de Placidia? Eh bien, comme je l'ai dit, nous n'avons pas de portrait d'elle. Nous pourrions essayer de nous faire une idée de son apparence à partir du portrait de Serena, sa cousine. On la montre presque aussi grande que son mari, Stilicho, et en tant que belle et imposante femme - elle devait avoir la quarantaine au moment de la création de ce portrait. Elle porte un lourd collier qui ressemble à une perle. Vous savez, il y a une légende qui dit que Serena a été maudite quand elle a pris le collier d'une statue de la déesse Rhea Sylvia - c'est peut-être juste ce collier. En fait, toute la famille de Stilicho semble avoir été maudite; sa femme et lui sont morts de mort violente, y compris leur fils, Eucherius. Mais c'est une autre histoire. Disons simplement que le portrait de Serena nous dit, au moins, comment Placidia s'habillerait dans des occasions formelles; un vêtement élaboré appelé "Palla".

Mais nous savons quelque chose sur le visage de Placidia. On peut le voir dans certaines pièces frappées au cours de son règne ultérieur en tant qu’impératrice. Le problème est que ces portraits ne sont pas censés être réalistes. C'est le même problème que nous avons avec Cléopâtre, la reine égyptienne. Nous avons tendance à penser que Cléopâtre est une très belle femme, mais nous n'avons pas de portrait que nous puissions lui attribuer à coup sûr. Alors, regardant son visage sur les pièces, eh bien, elle a l'air franchement moche. Mais, bien sûr, ces portraits sur des pièces de monnaie n'étaient que des icônes; pas supposé être une représentation réaliste du visage de la reine. Nous pouvons donc continuer à imaginer Cléopâtre avec le visage d’Elizabeth Taylor, qui l’a interprétée dans un vieux film hollywoodien.




Maintenant, à propos de Placidia, c’est le même problème que nous avons pour Cléopâtre. Si Placidia avait la même apparence que sur certaines pièces de monnaie, eh bien, heu ...... nous pourrions peut-être avoir pitié du pauvre Athaulf qui a dû l'épouser. Mais différentes pièces montrent des faces différentes pour Placidia; on peut donc raisonnablement être sûr que, dans la plupart des cas, celui qui a réalisé le portrait n'a jamais vu le visage de l'impératrice.

En fin de compte, le portrait le plus proche d’un portrait de Placidia est un médaillon en or; l'un des couples, l'autre montrant son demi-frère, Honorius. Je pense que nous pouvons dire que cela nous donne au moins une idée de ce à quoi ressemblait Placidia. En le regardant, on voit qu'elle avait des traits fins et un cou mince sous sa coiffure élaborée. Certes, nous avons de bonnes raisons de l’imaginer comme une belle femme; après tout, sa mère, Galla, avait été qualifiée de «femme la plus belle de l’empire romain». En fin de compte, si vous aimez l’imaginer en tant qu’Audrey Hepburn jouant le rôle de la princesse dans ce vieux film, «Roman Holiday "Je dirais, pourquoi pas?"

Revenons donc au mariage impérial. Nous avons deux belles personnes qui se marient: Athaulf et Placidia, mais, bien sûr, cela ne peut pas être toute l'histoire. Ce que nous pouvons dire, c'est que les gens font des choses pour plusieurs raisons: parfois, par logique, parfois ils agissent sur un coup de tête. Mais n'oubliez pas que la vraie vie n'est pas un conte de fées. Vous savez que l’amour est une réaction chimique et que les réactions chimiques peuvent se poursuivre par elles-mêmes s’il existe un potentiel chimique qui les motive. Et, comme nous l’avons déjà dit, ce potentiel est ce que nous pouvons appeler le «destin» si nous le souhaitons. Et je pense que dans ce cas, il y avait un très fort potentiel qui poussait Athaulf et Placidia à réagir, à se marier.

Roi Arthur et Placidia

Maintenant, j'aimerais vous poser une question. Pouvez-vous penser à un autre personnage qui essayait de faire quelque chose de similaire à ce que faisait Placidia, juste pendant cette période? c'est-à-dire un Romain épousant un barbare? Il faut un petit effort d’imagination pour relier Galla Placidia à cette figure. Pensez-y un instant et le nom vous viendra à l'esprit. Ce nom que vous connaissez très, très bien: c'est le roi Arthur!



Oui, le roi Arthur, le héros légendaire. Nous ne pouvons pas dire avec certitude qu'il existait réellement. Au moins, les historiens disent qu’il n’existe aucune preuve de son existence. Mais cela ne signifie pas qu'il n'existait pas et s'il existait, il y a une chance raisonnable qu'il soit un contemporain de Galla Placidia, au cours du Ve siècle. À cette époque, la Grande-Bretagne avait cessé de faire partie de l'empire romain et il est probable que Placidia n'ait jamais appris le nom d'un petit roi barbare - Arthur - qui dirigeait une partie d'une île isolée du nord. Arthur, de son côté, ne savait sûrement pas grand-chose des événements survenus dans le lointain empire romain. Mais curieusement, Arthur et Placidia - contemporains ou non - ont peut-être suivi des trajectoires similaires dans leur vie.

Vous savez que le cœur du cycle arthurien est l'amour du roi Arthur et de la reine Guillaumeévère. La façon dont nous interprétons souvent l'histoire est qu'Arthur était romain et que Guinevere était britannique (en fait, gallois). Vous avez peut-être vu le film «King Arthur», celui qui est sorti en 2004. Il se termine avec la scène du mariage d'Arthur et de Guinevere. C'est une scène incroyablement belle et elle symbolise tout le thème du film. C'est le mariage non seulement d'un homme et d'une femme, mais de deux civilisations. Ainsi, leur mariage implique la fusion de la culture romaine et britannique. Cela se passait en Grande-Bretagne plus tôt que dans le reste de l'Europe car là-bas, l'empire romain avait déjà cessé d'exister au 4ème siècle de notre ère.

Je vous parle de ce film juste pour montrer comment nous pouvons encore nous «sentir» beaucoup à propos d’un âge aussi lointain que le Ve siècle. Le cycle arthurien imprègne encore notre culture aujourd'hui même si, comme je l'ai dit, nous ne pouvons même pas être sûr qu'un roi nommé Arthur ait jamais existé. Mais le Ve siècle a été un grand générateur de légendes. Pensez au Nibelungenlied , la saga des Nibelungs. Vous connaissez cette histoire. vous connaissez les noms des personnages: Siegfried, Hagen, Kriemhild. Il date de la même période, le Ve siècle de notre ère, et fait écho à des événements de cette époque, notamment la présence dans l’histoire de personnages historiques, tels que Attila le Hun, également contemporain de Galla Placidia.

Il est curieux que parmi ces personnages, celui pour lequel nous possédions le plus de données historiques, Galla Placidia, soit celui qui n'a pas généré de poèmes épiques. Je suis un peu désolé pour Placidia à cause de cela, mais c'est tout. Je pense que c'est parce que la civilisation empêche la créativité. Le père adoptif de Placidia, Stilicho, était suffisamment riche pour pouvoir garder un poète de maison, Claudian, qui était un "panégyrist"; quelqu'un dont le travail était de chanter les actes de ses maîtres. Et Claudian a fait exactement cela; il a écrit des poèmes louant Stilicho et les membres de sa famille, mais presque personne ne se souvient de ces poèmes aujourd'hui. Alors que j'étudiais l'histoire de Placidia, j'ai fait un effort honnête pour lire les poèmes de Claudian. J'ai trouvé qu'il est raffiné, intelligent, cultivé et incroyablement banal. Et quand je dis «banal», je veux dire vraiment idiot. Vous savez, Claudian me semble être quelque chose d'assez différent de notre publicité télévisée: c'est intelligent et souvent époustouflant au point de vue visuel, mais au final, il s'agit simplement de manger des hamburgers. En guise de note, Claudian mentionne une fois Placidia, enfant, tout vêtue d'or, lors du couronnement impérial de ses demi-frères. Nous avons un aperçu de ce temps si lointain que même un petit détail doit être précieux autant que possible.


Reine des Goths

En épousant Athaulf, Placidia aurait peut-être tout simplement cédé à l'inévitable. comme c'était son style typique. Mais en suivant son destin, Placidia peut aussi avoir eu un plan spécifique; elle avait sûrement un moyen de saisir une occasion quand elle en voyait une. Vous voyez, elle était une princesse romaine et elle avait le potentiel de devenir impératrice. Elle ne pouvait pas faire cela tant que son demi-frère, Honorius, était en vie, mais Honorius était sans enfant. Donc, Placidia devait avoir quelque chose à l'esprit quand elle a appelé son fils "Théodose", du même nom que son grand-père, Théodose "Le Grand". Il semble évident que l'idée de Placidia n'était rien de moins que de reprendre le trône de son demi-frère , Honorius, et le début d’une dynastie gothique-romaine qui aurait gouverné l’Empire. Un plan audacieux, s'il en est un.

Mais il y avait bien plus dans les plans de Placidia que de diriger un empire. Vous voyez, le cinquième siècle ressemble à notre époque pour de nombreuses raisons; l'un était les grandes migrations. C’était une époque où les gens marchaient sans cesse, à la recherche d’un lieu où s’installer, ce qui donnait lieu à de nombreux contrastes, batailles et guerres. Pour les Romains, les personnes entrées dans leur empire étaient des envahisseurs ou, dans certains cas, des immigrés; c'est ce que signifiait le terme "barbare": simplement "étranger". Légaux ou illégaux comme ils pourraient l'être, ils étaient soupçonnés d'être des immigrants - comme aujourd'hui, nous regardons nos immigrants. À cette époque, comme aujourd'hui, il y avait des gens qui voulaient renvoyer les immigrants chez eux ou tout simplement s'en débarrasser d'une manière ou d'une autre. Mais ce n’était pas facile et, comme nous l’avons vu, les immigrés étaient devenus assez nombreux et suffisamment puissants pour pouvoir renverser Rome. Les Romains auraient donc dû apprendre à vivre avec leurs immigrants barbares; mais à l'époque de Placidia, beaucoup de Romains ne pouvaient tout simplement pas renoncer à l'idée qu'ils devaient faire cela. Comme je l'ai dit, il y a des similitudes remarquables avec notre époque!

En un sens, il s’agissait d’une grande réaction chimique: les deux «réactifs», les barbares et les romains, s’étaient réunis lors de l’hiver 405, lorsque les fortifications de la frontière de l’Empire s’étaient effondrées. Maintenant, les réactifs ont été mélangés, la réaction était en cours. Cela ne pouvait pas être arrêté et l'idée de Placidia était de le favoriser. Encore une fois, nous voyons son style: ne combattez pas l'inévitable, laissez-le arriver. Dans ce cas, l’inévitable signifiait prévoir quelque chose qui, dans l’histoire actuelle, prendrait plusieurs siècles: la fusion des peuples romain et allemand en Europe. Placidia prenait cette fusion en épousant un barbare et en lui donnant un enfant. Selon les chroniqueurs, c'est elle qui a convaincu son mari, Athaulf, de cette idée. Athaulf aurait déclaré avoir initialement prévu de détruire Rome et les Romains, mais après avoir rencontré Placidia, il voulait vivre en paix avec eux. C'est peut-être une histoire de fantaisie, mais cela nous donne une idée de ce qui se passait dans l'esprit des personnages de cette histoire.

Il serait bon, à ce stade, de dire qu'Athaulf et Placida vécurent heureux et que leur fils, Théodose, devint empereur des Romains et, en même temps, roi des Goths. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi, bien sûr. C'était un beau rêve, mais aussi un impossible.

La situation militaire était en train de changer. Les Romains avaient réussi à reconstruire une armée sous la direction d'un nouveau commandant en chef: Constance. Il semble avoir été un général compétent. Il n'a jamais mené de grandes batailles, mais il a presque toujours obtenu ce qu'il voulait. Les Wisigoths ont commencé à sentir la pression et ont dû quitter le sud de la France pour s'installer en Espagne. Leur retraite devait être plutôt précipitée puisqu'ils ont dû abandonner Attale, l'usurpateur qui avait chanté lors du mariage de Placidia. Il a été capturé par Constance et envoyé à Ravenne, où il a subi l'humiliation d'avoir la main coupée avant d'être envoyé en exil.

En Espagne, les Wisigoths se sont installés à Barcelone, qui était à l'époque une forteresse fortifiée. Là, tout s'est mal passé. Le petit Théodose est mort avant d'avoir un an. Ensuite, Athaulf a été tué dans un complot. Peut-être était-ce le résultat de la perte de prestige qu’il avait subie du fait de son retrait du sud de la France. Certes, il y avait des Wisigoths beaucoup plus agressifs qu'Athaulf dans la façon dont ils pensaient qu'ils devraient traiter avec les Romains; il pourrait bien y avoir eu quelque chose comme un «parti de guerre». Le nouveau roi était l'un d'entre eux. Il s'appelait Sigeric et, pour vous donner une idée de ce qu'il avait en tête, laissez-moi vous dire qu'il a forcé Placidia à marcher pendant des kilomètres à pied, tout en la suivant à cheval. Heureusement, comme je l'ai dit, elle était forte et en bonne santé.

Mais Sigeric a statué pour une semaine seulement; Je pense que les Goths avaient peur de ce qu'il comptait faire - et à juste titre. Comme je l'ai dit, les Romains étaient maintenant beaucoup plus forts qu'au moment du siège de Rome. Ainsi, quelqu'un s'est débarrassé de Sigeric et un nouveau roi, plus diplomatique, a été installé - un nommé Wallia. Le nouveau roi entama des négociations avec Constance et, finalement, il renvoya Placidia à Ravenne en échange de nourriture et d'un traité de paix. C'était la fin du temps de Placidia avec les Goths.Toute sa vie, elle conserva le titre de «Reine des Goths», mais elle ne serait plus jamais avec eux.


Galla Placidia: l'impératrice

L'histoire de Galla Placidia semble avoir été conçue dès le début comme l'intrigue d'un film d'aventure. Il y a beaucoup d'événements et ça bascule comme une montagne russe. Donc, nous avons vu que Placidia a commencé comme une princesse, puis elle a été prisonnière des Goths, puis elle est devenue leur reine, puis elle est redevenue leur prisonnière. Une série d'oscillations qui devait durer un certain temps.

Avec Placidia de retour à Ravenne, les choses ont encore changé. Il semble que Constance ait quelque chose en tête chez elle; en fait, il était peut-être l'un de ses premiers prétendants. Quoi qu'il en soit, les deux se sont mariés peu après leur arrivée à Ravenne. Nous ne pouvons pas dire si Placidia était contente de cela mais, comme d'habitude, elle n'a pas combattu l'inévitable et a su saisir les occasions quand elle en a vu une. Le couple eut deux enfants et, plus tard, Constance, époux d'un membre de la famille impériale, parvint à porter le titre de «co-empereur» de l'empire d'Occident. À ce stade, Placidia a obtenu le titre de " Augusta ". Ce n’était pas exactement le même titre que “ Imperator”Qui signifie“ commandant ”et a à voir avec la direction des armées. Mais, à toutes fins pratiques, elle était impératrice de Rome. Tu vois? Un grand coup vers le haut de la montagne russe.

Maintenant, il y a beaucoup à dire sur la vie de Placidia en tant qu'impératrice et les montagnes russes vont subir encore quelques sautes de haut en bas. Mais laissez-moi aller rapidement à l'histoire car, comme vous l'avez peut-être entendu dire, «l'art de l'ennui consiste à tout raconter». Ainsi, Constance est décédé quelques mois après avoir été élevé à la Pourpre impériale et la situation à Ravenne a évolué querelle où Honorius et Placidia, empereur et impératrice, ont commencé à se comporter comme les personnages de vieux films occidentaux; vous savez, quand ils disent, "cette ville n'est pas assez grande pour nous deux."

Il y a beaucoup de détails curieux sur le combat d'Honorius contre Placidia. L'une est que Placidia a été accusée d'inceste avec son demi-frère; cela a peut-être été une mauvaise presse contre elle mais, qui sait, peut-être avait-elle utilisé tous les moyens dont elle disposait pour essayer de le contrôler. C'est une facette curieuse de la personnalité de Placidia, étant donné qu'elle était une fervente catholique et qu'elle a toujours été considérée comme une épouse exemplaire et une veuve chaste. Est-ce que celui-ci était vrai ou faux? Nous ne saurons jamais. Ensuite, il est fait mention des gardes du corps gothiques de Placidia. Ils l'accompagnaient depuis qu'elle était reine des Goths (ce qu'elle était toujours - elle n'a jamais voulu abandonner ce titre!). La bagarre a donc été rude dans les rues de Ravenne et, si courageux que soient les gardes du corps de Placidia, son frère Honorius a réussi à prendre le dessus.

Et nous avons ici une autre chute des montagnes russes. Placidia, chassé de Ravenne, ne put se réfugier qu'à Constantinople; la capitale de l'empire oriental. Là, son neveu était devenu empereur avec le nom de Theodosius II. Placidia arriva devant lui avec un peu plus que les vêtements qu'elle portait. Mais les montagnes russes remontèrent à nouveau: pendant que Placidia était là, Honorius mourut et un usurpateur prit sa place. À ce stade, Théodose II pensait qu'il ne pouvait pas perdre l'empire d'Occident au profit de sa dynastie; il a donc donné à Placidia toute une armée pour retourner en Italie et reconquérir Ravenne. C'était mauvais pour l'usurpateur; le pauvre gars n'avait aucune chance. Il a été vaincu, capturé, a eu une main tranchée, puis il a été promené sur un âne et finalement décapité. Nous ne savons pas si Placidia a commandé tout cela elle-même,mais c'étaient des temps difficiles et si vous vouliez être empereur (ou impératrice), vous deviez prendre les risques. De toute façon, personne n'a jamais dit que Placidia était Mme Nice Girl.

Puis, en 425 après JC, Placidia était en charge à Ravenne et elle a pris le titre d'Augusta pour elle-même, bien que théoriquement au nom de son fils, Valentinian. C’était la fin de sa montagne russe dans la montagne - plus de hauts et de bas à partir de maintenant. Elle devait gouverner en tant qu'Impératrice pendant 12 ans et elle conserva une forte influence à la cour en tant qu'Impératrice mère pendant encore 13 ans. jusqu'à sa mort, en 450 après JC, quand elle avait 62 ans.


Gouverner un empire.

Maintenant, jouons un petit jeu, un jeu auquel, je pense, nous avons tous joué dans nos esprits. Si vous étiez le souverain absolu du monde, l'empereur de la Terre, que feriez-vous pour résoudre les problèmes du monde? Je suis sûr que vous avez beaucoup d'idées à mettre en pratique. vous savez comment éliminer la faim, réduire la pollution, arrêter le réchauffement climatique, rendre tout le monde heureux - tout cela. Bien sûr, ce n’est qu’un rêve pour nous, mais il y avait des gens dans le passé qui avaient vraiment un pouvoir énorme entre leurs mains. Pas dans le monde entier, bien sûr, aucune personne ne l’a jamais dirigée. Mais il existait des peuples qui dirigeaient des parties importantes du monde et leur pouvoir était absolu et non soumis à des règles. Les empereurs romains de la dernière période de l'empire étaient de ce genre. Ils ont été appelés porphyrogeniti, «Nés dans le pourpre», ils étaient des dirigeants semi-divins. Vous savez, si vous étiez empereur à cette époque, vous ne pourriez pas tourner la tête à gauche ou à droite en marchant; vos sujets ne pourraient vous parler que si vous les abordiez en premier, vous deviez toujours porter des vêtements épais, et Dieu sait ce que le protocole impérial vous imposerait de plus. Il y a un détail curieux à propos de Constance, le deuxième mari de Placidia, qui a dit que devenir empereur avait été une expérience terrible pour lui: trop de protocole! C'était le prix du pouvoir absolu.

En réalité, le «pouvoir absolu» est une exagération. Galla Placidia, comme tout empereur avant et après elle, avait des limites à ce qu'elle pouvait faire. L'une de ces limites était qu'elle ne pouvait pas diriger elle-même des armées. Elle devait compter sur des généraux et c'était un gros problème: comme cela se produit toujours dans l'histoire, les généraux qui ont réussi ont tendance à prendre tout le pouvoir pour eux-mêmes et, bien sûr, les généraux qui ont échoué sont totalement inutiles. Ainsi, durant sa carrière en tant qu’impératrice, le principal problème de Placidia était de contrôler ses généraux en établissant un équilibre entre eux. L'un de ces généraux s'appelait Aetius, vous avez peut-être entendu son nom. C'était un personnage, il était Romain, mais il avait été élevé avec les Huns. Ils étaient donc ses alliés et ils se battraient pour lui quand il en aurait besoin (même s'il n'avait pas besoin de les payer).Mais Aetius était aussi le général qui dirigeait l'armée qui empêcha Attila le Hun d'envahir l'Europe lors de la célèbre bataille de Châlons, en 452 après JC. Ainsi, Aetius et Placidia étaient souvent en désaccord mais, dans l'ensemble, ils ont réussi à s'entendre. Après la disparition de Placidia, son fils, Valentinian, a tué Aetius, en répétant l’erreur commise plus tôt par Honorius avec Stilicho. En tuant son meilleur général, Valentinian a presque détruit l'empire. Mais c'est une autre histoire.Valentinian a presque détruit l'empire. Mais c'est une autre histoire.Valentinian a presque détruit l'empire. Mais c'est une autre histoire.

Donc, l'histoire de Placidia en tant qu'impératrice prendrait un livre entier, mais, comme je l'ai dit, le secret de l'ennui est de tout raconter, alors disons simplement que Placidia a réussi à maintenir l'Empire plus ou moins ensemble tant qu'elle était impératrice. L'une de ses réalisations a été d'assurer l'approvisionnement en grain de l'Afrique à Rome. C'était en dépit du fait que l'Afrique du Nord avait été prise par les Vandales; oui, mais ils ont continué à expédier des céréales à Rome aussi longtemps que Placidia était impératrice. Après la mort de Placidia, ils ont cessé d'envoyer du grain et pas seulement cela. ils ont pris Rome et l'ont saccagée en 455 après JC. Je pense que cela signifie que Placidia a fait la différence tant qu'elle était à Ravenne; elle gouvernait vraiment l'Empire; elle n'était pas qu'une poupée vêtue de vêtements coûteux.

Mais, de notre point de vue, nous savons que l'empire occidental était condamné et qu'il disparaîtrait quelques décennies après Placidia. La question que nous pouvons nous poser est de savoir si elle a compris que l’empire allait tomber. Si elle l'a fait, qu'a-t-elle fait pour éviter cela? Pensez à être à sa place: si vous étiez Placidia, que feriez-vous pour sauver l'Empire?

Voyons donc si nous pouvons comprendre dans quel type de problèmes se trouvait exactement l'empire romain d'Occident à l'époque de Placidia. Nous avons déjà dit que les empires ressemblent aux réactions chimiques et que les réactions chimiques disparaissent quand ils ne disposent plus de réactifs. Au 5ème siècle, l'Empire romain était à court de réactifs. Il avait augmenté avec les profits tirés des campagnes militaires, mais il avait atteint ses limites vers le IIe siècle. Sans plus de conquêtes faciles en vue, l'Empire devait vivre de ses propres ressources et il n'a jamais vraiment appris à le faire. L'empire, tout simplement, ne pouvait pas taxer ses sujets assez haut pour supporter les troupes qu'il gardait. À maintes reprises, l'Empire continuait de dépenser plus qu'il ne pouvait se permettre pour se défendre. C'est typique des empires de toute l'histoire:les empires se détruisent en dépensant trop pour leur appareil militaire.

Gérer une grande structure est difficile et nous avons tendance à le faire mal; tout un empire peut être un cas particulièrement difficile. Pour bien le faire, il faudrait utiliser une méthode que j'ai déjà mentionnée: la dynamique du système; qui est une façon de décrire les systèmes et la relation entre les différents éléments qui les composent. Mais il est rare que les gens puissent comprendre les systèmes de cette manière. Au lieu de cela, ce qui se passe, c’est que, dans la plupart des cas, nous comprenons quels sont les points critiques ("leviers") qui causent des problèmes, mais nous avons tendance à agir en conséquence. C’est quelque chose que nous avons appris à notre époque auprès de Donella Meadows (comme Placidia, une femme forte, mais pas une impératrice) qui nous a beaucoup appris sur la dynamique du système. C'est une tendance très générale: nous tirons presque toujours les leviers dans la mauvaise direction et nous aggravons les problèmes que nous essayons de résoudre.Cela est même trop clair pour le cas de l'empire romain, du moins de notre point de vue. Au cours de la phase de déclin, les empereurs romains ont eu du mal à protéger l'Empire des invasions barbares et ont compris que leur problème était qu'ils ne disposaient pas de suffisamment de ressources pour le faire. Mais leur réponse était toujours la mauvaise: ils essayaient sans cesse de lever autant de troupes qu'ils le pouvaient. C'était une idée contre-productive: chaque fois que les Romains combattaient les Barbares, ils pouvaient gagner ou perdre, mais chaque bataille rendait l'Empire un peu plus pauvre et un peu plus faible. L'empire utilisait des ressources qui ne pouvaient pas être remplacées; ressources non renouvelables, comme on dirait aujourd'hui.Les empereurs romains avaient du mal à protéger l'Empire des invasions barbares et comprenaient que leur problème était qu'ils ne disposaient pas de suffisamment de ressources pour le faire. Mais leur réponse était toujours la mauvaise: ils essayaient sans cesse de lever autant de troupes qu'ils le pouvaient. C'était une idée contre-productive: chaque fois que les Romains combattaient les Barbares, ils pouvaient gagner ou perdre, mais chaque bataille rendait l'Empire un peu plus pauvre et un peu plus faible. L'empire utilisait des ressources qui ne pouvaient pas être remplacées; ressources non renouvelables, comme on dirait aujourd'hui.Les empereurs romains avaient du mal à protéger l'Empire des invasions barbares et comprenaient que leur problème était qu'ils ne disposaient pas de suffisamment de ressources pour le faire. Mais leur réponse était toujours la mauvaise: ils essayaient sans cesse de lever autant de troupes qu'ils le pouvaient. C'était une idée contre-productive: chaque fois que les Romains combattaient les Barbares, ils pouvaient gagner ou perdre, mais chaque bataille rendait l'Empire un peu plus pauvre et un peu plus faible. L'empire utilisait des ressources qui ne pouvaient pas être remplacées; ressources non renouvelables, comme on dirait aujourd'hui.mais chaque bataille rendait l'Empire un peu plus pauvre et un peu plus faible. L'empire utilisait des ressources qui ne pouvaient pas être remplacées; ressources non renouvelables, comme on dirait aujourd'hui.mais chaque bataille rendait l'Empire un peu plus pauvre et un peu plus faible. L'empire utilisait des ressources qui ne pouvaient pas être remplacées; ressources non renouvelables, comme on dirait aujourd'hui.

Alors, n'y avait-il pas une solution aux problèmes de l'empire romain? Eh bien, il y en avait un si vous pensez en termes de dynamique de système. Il s’agit de tirer les leviers dans la bonne direction. En levant des troupes et en se battant, les empereurs romains tiraient les leviers dans la mauvaise direction. Ils ont dû inverser la tendance: la solution ne consistait pas en davantage de troupes mais en moins de troupes. Ce n'était pas plus une bureaucratie impériale mais moins, pas plus un fardeau fiscal mais moins. À la fin, la solution était là et c'était simple: c'était le Moyen Âge.

Le moyen âge signifiait se débarrasser de la bureaucratie impériale suffocante; transformer les légions coûteuses en milices locales; avoir des gens qui paient des impôts localement, bref, transformer l’empire centralisé en une constellation décentralisée de petits États. Sans les terribles dépenses de la cour impériale et de la bureaucratie impériale, ces petits États ont eu la possibilité de reconstruire leur économie et d’entamer une nouvelle phase de prospérité, comme cela s’est passé au Moyen Âge. L'empire s'y rendait; c'était inévitable et on pourrait aussi bien favoriser cette route. Bien sûr, quand l'empire était encore fort et puissant, aucun empereur n'avait le pouvoir de dissoudre les légions, ni la bureaucratie impériale.Mais cela se produisait de toute façon au Ve siècle et ce qu’un empereur (ou une impératrice) aurait pu faire était de donner aux événements un petit coup de pouce dans la bonne direction. Ne combattez pas le changement, facilitez-le. C'est la manière de pousser les leviers dans la bonne direction. Placidia aurait-il pu faire cela? Incroyablement, peut-être qu'elle l'a fait.

Ce que Placidia pouvait faire en tant qu’impératrice, c’était principalement adopter des lois. L'Empire avait toujours une bureaucratie qui fonctionnait et les édits de Ravenne n'étaient donc pas ignorés, du moins dans les régions que l'Empire pouvait encore contrôler. La loi était donc le terrain de jeu de Placidia et elle a promulgué un certain nombre de lois, dont beaucoup existent encore dans le «Codex Theodosianus», un recueil de lois compilé pour le compte du neveu de Placidia, l'empereur d'Orient, Théodose 2ème. Le Codex Theodosianus est une masse incroyable de données; il contient quelque 2500 lois. Cela vaut la peine d’y jeter un coup d’œil, car il contient de nombreuses allusions à ce qu’était la vie dans l’Empire romain à cette époque. Mais il est impossible d’approfondir ce sujet sans être un spécialiste en la matière, c’est trop. Alors, j'ai appris à propos de Placidia 'Les lois de s proviennent principalement du rapport écrit par Stewart Oost, qui a écrit sa biographie en 1966.

Maintenant, comme je l’ai dit, la question est complexe et très souvent nous ne pouvons pas dire qui était exactement l’esprit derrière une certaine loi. Mais il semble y avoir une certaine logique dans ce que faisait la cour impériale de Ravenne. Cette logique ressemblait un peu à la politique de Mikhaïl Gorbatchev pour l'Union soviétique - appelons-le «empire soviétique». Gorbatchev a toujours refusé d'utiliser la force pour maintenir ensemble un empire qui se désintégrait, même s'il aurait pu le faire. Il semble que la cour de Ravenne ait adopté la même approche pendant la première moitié du Ve siècle. L'Empire romain avait toujours une armée, qui aurait pu être utilisée pour tenter de détruire les nations barbares installées à l'intérieur des frontières de l'Empire. Mais cela n'aurait signifié que de gaspiller ces quelques ressources que l'Empire disposait encore. Cela aurait seulement grandement accéléré l'effondrement.

Il semble que Placidia a agi selon son style; soulagez l'inévitable, ne le combattez pas. Elle ne connaissait pas la dynamique du système, mais après tout, la dynamique du système n’est qu’un sens commun formalisé et il semble que Placidia en ait eu beaucoup. Nous constatons donc systématiquement la tendance à réduire le pouvoir de la cour impériale. Vous le voyez dans certains détails, comme lorsqu’elle a rendu au Sénat, à Rome, le cadeau en or que les sénateurs avaient coutume de présenter à l’empereur chaque année. Mais elle a fait beaucoup plus que cela. Placidia interdit aux colonis, les paysans liés à la terre, de s'enrôler dans l'armée. Cela a privé l'armée d'une de ses sources de main-d'œuvre et on peut imaginer qu'elle l'a beaucoup affaiblie. Une autre loi promulguée par Placidia autorisait les grands propriétaires fonciers à taxer eux-mêmes leurs sujets.Cela a privé la cour impériale de sa principale source de revenus. Tout cela ne signifiait qu'une chose: le Moyen Âge.

Si le but de Placidia était vraiment de mener l'Empire au Moyen Âge, on peut dire qu'elle a réussi. Après son départ, l'Empire s'est effondré. Son fils, Valentinian, a réussi à se faire tuer quelques années après le décès de sa mère. Ensuite, Rome a été limogée par les vandales et ce fut un coup mortel. Pendant quelques décennies, il y avait encore à Ravenna des personnes qui revendiquaient le titre d'empereur occidental, mais nous nous moquons bien de leurs noms, tout comme leurs contemporains. Nous ne nous souvenons que du nom du dernier empereur, Romulus Augustulus, qui a été déposé en 476, et ce, simplement parce qu'il était le dernier. Après cela, c’était officiellement le Moyen Âge - la destination où l’Empire occidental se dirigeait de toute façon.

Ceci est juste une interprétation possible de ce que Placidia a fait et je suis le premier à dire que ce ne sont que des spéculations. Ces lois peuvent avoir été adoptées simplement parce que la Cour impériale a été obligée de le faire ou qu’elle n’avait pas le choix. Et, bien sûr, nous ne saurons jamais ce qui s'est passé dans l'esprit de Placidia. Elle ne nous a laissé que quelques lettres qui ont miraculeusement survécu dans les archives du Vatican, mais rien que nous puissions utiliser pour pénétrer ses pensées intérieures. Nous pouvons seulement dire que rester avec les Goths, bien que quelques années à peine, aurait pu lui ouvrir suffisamment l’esprit pour qu’elle puisse avoir une vision qu’aucun empereur, avant ou après, ne pouvait avoir. Et ainsi elle a fait quelque chose qu'aucun empereur, avant ou après elle, ne pouvait faire. Poussez l'empire vers son destin, en réalisant son potentiel chimique, si vous voulez. En un sens, Placidia a été le catalyseur qui a rendu cela possible.


L'héritage de Galla Placidia

Maintenant, je vais vous demander un autre petit exploit d'imagination. Fermez de nouveau les yeux et imaginez quelque chose qui s'est passé il y a très longtemps. 15 siècles avant notre temps. Imaginez une jeune princesse. Imaginez qu'elle a vécu toute sa vie dans de beaux palais; qu'elle porte de magnifiques robes et des bijoux de luxe, qu'elle se promène dans des jardins clos, riches en statues et en fontaines; toujours protégé, toujours isolé, comme c’est l’habitude des princesses. Et ensuite, imaginez-la dans une situation complètement différente: elle est quelque part dans les montagnes; autour d'elle, la lente et sinueuse colonne de wagons s'est arrêtée. La nation des Goths s'est arrêtée pour la nuit. C'est une nuit froide de début d'hiver et les femmes ont allumé des feux de camp pendant que les guerriers sont assis et chantent leurs chansons.Ces grands guerriers sont chrétiens, mais ce sont des Ariens, tandis que la princesse est catholique, et cela fait toute la différence. Ensuite, il y a plus. Il est probable que dans l'un de ces wagons, ils portent toujours les statues de bois de leurs dieux païens: peut-être Hertha, la déesse de la terre, et peut-être d'autres dieux du feu et du tonnerre. Peut-être que les prières récitées pour ces anciennes divinités peuvent être entendues comme un murmure lointain dans la nuit. Placidia écoute ces chansons lointaines puis elle regarde les étoiles comme elle ne les a jamais vues. Ce sont les mêmes étoiles que nous pouvons voir aujourd'hui; faiblement, parce que nous avons sali notre ciel avec nos déchets. Mais Placidia voit ces étoiles dans un ciel de clarté qu’aujourd’hui nous ne pouvons même pas imaginer; le ciel d'un monde réduit à néant, ses villes dépeuplées, ses routes abandonnées,ses terres agricoles laissées à transformer en une forêt. Juste au cours de ces années, Rutilius Namatianus nous a donné une image inoubliable des lumières de Rome dans la nuit, lumières qu'il a vues pour la dernière fois alors qu'il quittait la ville pour se réfugier à Gallia. Mais autour de Placidia, il n’ya pas de lumière humaine, à part les feux allumés par les Wisigoths, et elle peut donc voir ce ciel fantastique.



Maintenant, bien sûr, ceci n’est que fantaisie, mais je vous mentionne les étoiles pour une raison. Vous voyez, j'ai dit que Placidia ne nous laissait presque rien en termes de mondes écrits. Du moins rien que nous puissions utiliser pour comprendre ce qu’elle pensait. Mais elle nous a laissé un message qui est peut-être encore plus clair qu'un journal écrit. C'est le mausolée qui prend son nom à Ravenne et c'est là que l'on peut trouver un triomphe des étoiles dans les mosaïques du plafond. De grandes étoiles brillantes et fantastiques qui nous rappellent un peu celles que Vincent van Gogh a peintes dans son célèbre tableau.

Vous savez, ces stars du mausolée de Placidia me rappelaient toujours «Noël», dans le sens où nous le célébrons aujourd'hui. Pas, bien sûr, la fête commerciale qu’elle est devenue de nos jours, mais l’atmosphère de la "scène de la nativité" qui est encore monnaie courante dans le sud de l’Europe et en Amérique du Sud. Bien sûr, dans le mausolée, vous ne trouverez pas l'enfant Jésus et même pas la Vierge Marie. Ces chiffres deviendraient monnaie courante beaucoup plus tard. À l'époque de Galla Placidia, le christianisme était quelque chose de différent de ce qu'il est pour nous. Mais il ne fait aucun doute que Placidia était un chrétien convaincu. elle était croyante et elle a toujours considéré le christianisme comme une partie importante de sa vie. Le mausolée fait partie de son attitude.

Bien entendu, personne ne peut dire que ces étoiles du mausolée de Ravenne sont là pour rappeler le voyage de Placidia avec les Wisigoths, mais je pense que nous pouvons prendre cette petite licence de création et voir ces étoiles en tant que telles. Comme je l’ai dit, c’est une façon de se faire une idée du sujet dont nous discutons. Nous en avons besoin; vous voyez, je pourrais mentionner quelque chose que Marguerite Yourcenar dit dans ses «Mémoires d'Hadrien». Elle dit avoir eu un sentiment de parenté formidable avec l'empereur disparu depuis longtemps, alors qu'elle pouvait tenir dans ses mains un bijou que, très probablement, Hadrian avait eu entre ses mains, une fois. Nous n'avons pas de joyau que Placidia ait pu porter ou porter, mais nous avons ce bâtiment, son mausolée.

En réalité, le bâtiment de Ravenne n'est pas un "mausolée" au sens de quelque chose construit sur sa tombe. Il est raisonnablement certain que Placidia n’a jamais été enterré là-bas; elle est probablement morte à Rome et sa tombe a été perdue depuis longtemps. Nous ne pouvons même pas être sûrs que Placidia a joué un rôle dans la conception de ce bâtiment; c'est juste une tradition postérieure. Pourtant, si la tradition existe, il faut que ce soit pour une raison quelconque et je pense que oui. À mon avis, ce bâtiment a été construit sous son influence. Il contient de nombreux détails qui sont absolument clairs pour moi. Donc, si vous entrez dans le mausolée, vous savez que vous vous promenez dans un endroit où Galla Placidia a marché. Et il y a plus: je peux vous dire que le mausolée est un message d'elle. Un message qui nous vient de ces temps reculés.

À l'heure actuelle, Placidia est presque une créature de l'univers mythique des dieux et des héros, tout comme Cassandra et Hélène de Troie. Pourtant, elle n'a pas encore disparu de la mémoire. Sa voix est faible, mais si nous écoutons attentivement, nous pouvons l’entendre. Et vous pouvez toujours l'entendre si vous allez voir ce petit bâtiment à Ravenne, son dernier message à nous. C’est simple et peu attrayant à l’extérieur, mais c’est un triomphe de couleurs à l’intérieur. C'est déjà un message en soi qui vient d'un âge où tout ce qui était beau devait être caché pour être sauvé de la destruction. Mais c'était là et cela pourrait plaire à ceux qui en ont la clé. Mais ce n'est pas que ça. Ce bâtiment est comme une femme qui peut vous montrer quelque chose d'intime, mais seulement si vous le méritez. Tout y a un sens; c'est dans les figures et les images qu'il contient:c'est son histoire, l'histoire de Placidia - ce bâtiment vous le racontera, mais seulement si vous le méritez.



Je vous ai dit que l'art de l'ennui consiste à tout raconter. Je ne vous expliquerai donc pas les détails de la décoration du bâtiment ni comment chaque détail correspond si bien au récit de Placidia. Je vous laisse simplement imaginer cela et, si un jour vous avez une chance d’y aller et de visiter ce mausolée; faites-le en silence et écoutez. C'est une voix faible, mais vous pouvez l'entendre si vous faites attention. Après tout, un poète latin qui a vécu des siècles avant Placidia, Terence, a déclaré que "rien d’humain ne nous est étranger". Placidia était l'un de nous.

En ses 62 ans de vie, Placidia était princesse, reine et impératrice. Elle a raisonnablement bien joué dans ces rôles et, pendant son règne en tant qu'Impératrice, l'empire occidental est resté relativement en sécurité et les Romains avaient la nourriture dont ils avaient besoin. Elle avait des défauts; pour sûr.Elle n'a pas réussi à sauver sa mère adoptive de la mort lorsqu'elle a peut-être eu l'occasion de le faire. Elle était impitoyable avec ses ennemis et sa façon d’être chrétienne a peut-être viré au bord du fanatisme. Mais elle a joué son rôle aussi bien qu’elle le pouvait en ces temps difficiles et elle a peut-être joué un rôle fondamental dans la fermeture d’une ère dans laquelle le concept même de «Empire romain» était devenu anachronique. Un arrêt de la dernière chroniqueuse, Cassiodorus, pourrait en dire long sur son règne, "trop ​​de paix", même s'il était censé être une critique. À la fin, c’était un être humain comme nous tous et elle suivait son destin, son potentiel chimique, si vous voulez.

Et, si le destin de Placidia était d'être l'impératrice, les vôtres, garçons et filles, semblaient étudier la chimie. Ensuite, mon destin - mon potentiel chimique, si vous voulez - est de vous apprendre la chimie. C'est ce que nous ferons la prochaine fois que nous nous rencontrerons dans cette salle de classe. Maintenant, merci de m'avoir écouté et nous pouvons partir et prendre ce café!
Chimie d'un empire: la dernière impératrice romaine

INTRO
» Dossier «

Les Empires ne finissent pas assassinés. En fait, ils se suicident.
Au Grand jeu
Balkans
Chute des Empires
Europe
Géopolitique
Guerre
Histoire
Pays
Syrie

Vite
» lu«

ÉTAT DES LIEUX DU GRAND DÉBAT
Posté le Avril 19, 2019     Il n'y a rien à voir, ni à penser pour l'incendie. C'est forcément un accident, qu'ils nous disent... Alors qu'il faudra des mois ou des années d'enquêtes. Il faut qu'il y ait retour à la réalité disent les GL. C'est une évidence. D'ailleurs, le garnement de président se sentait si merdeux que son intervention est passée sous le tapis. Divine surprise ? L'incendie arrive à point ! Les

Accord secret pour restituer Rakka à la Syrie
Posté le Avril 14, 2019     Un accord secret a été conclu entre l’Armée arabe syrienne, la Russie, les États-Unis et les Unités de protection des forces kurdes du peuple pour coordonner leur action contre Daesh à Rakka.
côtés de l’Armée arabe syrienne. ... Source »

Information
Posté le Avril 07, 2019     L’histoire vraie est dangereuse pour certains intérêts politiques. Et on est en droit de se demander si ce n’est pas pour cette raison que certaines méthodes, en ce domaine, sont imposées officiellement à l’exclusion de toutes les autres : consciemment ou non, on écarte a priori tout ce qui permettrait de voir clair en bien des choses, et c’est ainsi que se forme l’«opinion

Articles
»des dossiers«

Les titres

Le Grand Jeu
Guerres hybrides : 5. Briser les Balkans (I)
La violence impérialiste en Syrie
Le terrorisme comme outil de l’État profond
Un point historique et présent.
Pour un nouvel indépendantisme – Débat sur la Défense nationale
La bataille d’Alep, dos au mur les américains jouent au Dr Folamour
Cette révolution syrienne qui n’existe pas…
La fièvre révolutionnaire en Syrie qui n’existait pas (1/3)
La Libye selon l’Onu et la dure réalité
Flash info! La troisième guerre mondiale est enfin terminée!
Syrie –Dernière bataille en septembre 2018 ?
Géopolitique de l’ordre mondial techno-civilisationnel
Pourquoi les occidentaux haïssent tant la Russie ?
Guerres Hybrides 7. Comment les USA pourraient semer le désordre au Myanmar – 1/4
Par Sir John Glubb − 1977 − Source The Organic Prepper
Le sort des Empires et la recherche de leur survie 2/5
Le sort des Empires et la recherche de leur survie 3/5
Le sort des Empires et la recherche de leur survie 4/5
Le sort des Empires et la recherche de leur survie 5/5
Donald Trump pourrait-il être le dernier empereur du monde ? États et empires après la fin de l’ère fossile
Que fait l’Empereur Trump ? Il est occupé à diviser l’Empire en deux
Chimie d'un empire: la dernière impératrice romaine
De Bilderberg au Brexit : l’histoire d’un échec annoncé
La violence impérialiste en Syrie [1/7]
La violence impérialiste en Syrie [2/7]
La violence impériale en Syrie [3/7] Diviser pour régner
La violence impérialiste en Syrie [4/7]
La violence impérialiste en Syrie [5/7]
La violence impérialiste en Syrie partie [6/7]
La violence impérialiste en Syrie partie [7/7]