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Ces discours, vous les connaissez, ils sont rabâchés (de la même façon) toute la journée sur tous les médias. Ce que nous proposons ici, c'est d'avoir non pas des certitudes, mais des éléments de réflexion, car pour se faire une idée des évènements il faut lire plusieurs point de vue. Et ce n'est pas en écoutant les "médias officiels" que vous pourrez en avoir !
Il ne suffit pas de s’informer, ils faut s’impliquer !


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»Syrie«

La violence impérialiste en Syrie

Le débat

Par Jim Petersen et B. J. Sabri – Le 7 janvier 2016 – Source ICH

– Le Président russe Vladimir Poutine dénonçant la politique US au Moyen Orient lors de son adresse à l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2015, extraits sur NBC :

Je ne peux que questionner ceux qui ont créé cette situation : «Avez-vous réalisé ce que vous avez fait ?»

− L’acteur français Gérard Depardieu :

«Les Américains ont constamment détruit les autres»

Est-il préférable pour le monde de rester sur la ligne actuelle ou de s’engager dans des négociations de paix alors que les USA, la Grande Bretagne, la France, la Turquie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Qatar, Israël et leurs groupes terroristes, détruisent la Syrie par le feu et la violence ? A quel niveau l’entrée en scène de la Russie aux côtés du Gouvernement légitime syrien agit-elle sur la situation ? 1 Va-t-elle ajouter de la mort et de la destruction ou la stopper ?

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La violence impérialiste en Syrie

La violence impérialiste en Syrie [1/7]

Le débat

Par Jim Petersen et B. J. Sabri – Le 7 janvier 2016 – Source ICH

– Le Président russe Vladimir Poutine dénonçant la politique US au Moyen Orient lors de son adresse à l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2015, extraits sur NBC :

Je ne peux que questionner ceux qui ont créé cette situation : «Avez-vous réalisé ce que vous avez fait ?»

− L’acteur français Gérard Depardieu :

«Les Américains ont constamment détruit les autres»

Est-il préférable pour le monde de rester sur la ligne actuelle ou de s’engager dans des négociations de paix alors que les USA, la Grande Bretagne, la France, la Turquie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Qatar, Israël et leurs groupes terroristes, détruisent la Syrie par le feu et la violence ? A quel niveau l’entrée en scène de la Russie aux côtés du Gouvernement légitime syrien agit-elle sur la situation ? 1 Va-t-elle ajouter de la mort et de la destruction ou la stopper ?

Aujourd’hui la Russie est en train d’éliminer tous les groupes armés d’opposition, (excepté la soi-disant Armée Syrienne Libre par calcul politique), alors qu’on sait que des civils peuvent mourir dans le processus, est-ce que cela mérite de demander l’arrêt de la violence − bien que légale et légitime selon la Charte de l’ONU − parce que cela peut tuer «quelques enfants innocents dans l’action» ? À côté des appels à arrêter le carnage nous pensons que le débat majeur doit se focaliser sur l’aspect essentiel du conflit : qui et pourquoi a planifié la violence installant le cauchemar quotidien dans la vie en Syrie depuis environ quatre années et demi ?

Un grand nombre d’analystes progressistes ont écrit sur la Syrie. Récemment, Joshua Frank, le rédacteur en chef de Counterpunch demandait : «Est-ce que nous allons ignorer la situation géopolitique et supporter les bombardements russes uniquement parce qu’ISIS est un mal diabolique, même si la Russie tue quelques enfants syriens innocents en chemin ?» 2. Dans un rejet des positions de Frank, T.P. Wilkinson a publié un article où il expose ses critiques des positions de Frank 3. Que les nouvelles sur les enfants innocents tués par les Russes soient vraies ou fausses, la réalité reste que des Syriens sont tués chaque jour. Nous ne disons pas que les bombardements russes ne tuent pas de civils. Même si les russes ne frappent que les groupes armés et les infrastructures, les voisins proches peuvent être tués. Ce sur quoi nous insistons c’est que le peuple syrien continuera de mourir en grand nombre si quelqu’un n’arrête pas la violence. Mais plus important encore, parce que les USA mènent la guerre contre la Syrie avec des intermédiaires, la Russie est le seul pouvoir de stature mondiale qui peut effectivement vaincre ces intermédiaires, stopper les massacres et imposer une solution politique. La résolution 2254 de l’ONU, malgré ses défauts, votée le 18 décembre 2015, cite notre observation sur ce point. (Pour vérifier les nouvelles rapportées par les médias sur les victimes des raids russes, lisez Information Warfare : Russia accused of killing civilians in Syria).

Le témoignage de Frank pose la question de savoir si sauver ou non la vie de la multitude mérite que l’on considère la mort possible d’un «petit nombre» d’enfants innocents. Débattons de ce point sans équivoque : si une intervention militaire russe peut sauver des dizaines de milliers de vies syriennes tout en prenant la vie d’un «petit nombre d’enfants innocents», peut être vaut-il mieux agir comme un non-interventionniste anti-guerre, et laisser les rebelles et les mercenaires assassiner ces milliers de syriens, y compris «quelques enfants innocents» parmi eux ?

Frank brode son article à partir de l’idée suivante : «Ceci est la moindre des questions que nous devrions nous poser quand nous nous opposons à tout engagement militaire en Syrie, malgré toutes les violations sanglantes des Droits de l’Homme par Assad. Il est temps de demander l’impossible. Il est temps de demander que les USA et la Russie quittent la Syrie. Si la Gauche anti-impérialiste ne peut pas le faire, qui donc le fera ?»

Bien que quelques unes des conclusions de Frank méritent d’être débattues jusqu’au bout, sa compréhension du sujet des dégâts de la guerre sans tenir compte de qui en est la cause, est outrancière. N’importe quelle discussion sensée sur la Syrie doit être envisagée en prenant en compte l’histoire des plans et des motivations qui ont aiguisé et causé la tragédie en cours.

Pour commencer, Frank demande : «Si la Gauche anti-impérialiste ne peut le faire qui le fera ?». Cela représente sa conviction profonde. Il insiste pour que la gauche se mette à agir du fait de sa posture en tant que front principalement concerné par les questions de guerre et de paix. Ceci est un problème ardu. Primo, nous ne pouvons définir ce qu’est cette Gauche. Secundo, une Gauche cohérente, organisée et anti-impérialiste n’existe pas. Et il en découle qu’une plate-forme politique de la Gauche unifiée soutenant des idées universelles − telles que stopper la guerre ou la violence − n’existe pas non plus. Comme consolation, il existe d’innombrables écrivains et penseurs anti-impérialistes, même si tous ne s’inscrivent pas dans la Gauche traditionnelle marxisante ou même dans sa dilution social-démocrate. Tercio, l’adjectif de gauche n’est pas une potion magique qui mène à la mobilisation des masses militantes pacifistes capables de stopper les agressions ou renverser les injustices.

Dans une situation telle que celle de la Syrie, il est nécessaire de voir le fond des choses avant d’aller plus loin. Aussi, considérant l’échelle de la violence, la dévastation cauchemardesque et les déplacements colossaux de populations qui se sont produits durant environ quatre ans de naufrage catastrophique, organisé et soutenu par l’Occident et ses vassaux régionaux, appeler à «terminer le massacre» du peuple syrien, fait partie de la plus élémentaire décence.

N’est-il pas bizarre que depuis le début du conflit − y compris les quatorze mois de bombardement du territoire syrien par les USA, les Émirats et les Turcs − sous le prétexte de combattre le soi-disant État Islamique − nous avons rarement entendu des voix appelant les États-Unis à quitter la Syrie ? Alors que le lendemain du jour où la Russie a commencé à frapper les groupes terroristes supportés et armés par les USA, via ses états clients, des flots d’indignation se sont déversés et tous les supporters de l’impérialisme US ont exigé que la Russie quitte ce pays meurtri.

En conséquence, quand les militants anti-guerre appellent les USA et la Russie à partir de Syrie, nous pourrions comprendre que dans une situation idéale ce pourrait être la bonne option. N’est-ce pas ? Et bien la réponse est «Non» pour une raison essentielle : le plan US pour la Syrie en est à un stade si avancé que seule la Russie peut le stopper, et peut-être l’annuler. Il n’y a aucun doute qu’un appel aux puissances étrangères à quitter la Syrie peut avoir un réel mérite. Malgré tout, ce mérite disparaît instantanément si on considère l’évolution des réalités du conflit et les acteurs impliqués. Tout ce qu’on peut voir en Syrie aujourd’hui tourne autour de la capacité du gouvernement légitime à combattre des groupes armés financés et armés par l’Occident et ses laquais arabes. Pour le décrire exactement, il s’agit d’une violente lutte pour le pouvoir entre un super-pouvoir néoconservateur désirant renverser un gouvernement souverain et détruire le pays, et tous ceux qui veulent résister au massacre.

Alors que nous rejetons les prétentions des USA à la légitimité d’intervenir en Syrie, nous voudrions demander si ces derniers, des agresseurs impérialistes coupables de crimes majeurs, ses partenaires totalitaires − les États du golfe − la Turquie nationaliste et le régime sioniste d’occupation, ont ou pas un mandat des Nations-Unies pour décider du sort d’une nation souveraine. Parce qu’aucune autorité mondiale (par exemple les Nations Unies) ne leur a conféré un tel mandat, on pourrait penser que cette absence d’autorisation devrait faciliter l’émergence d’un Front anti-impérialiste demandant d’arrêter ces assassinats de masse insensés et la destruction de la Syrie. N’est-ce pas la chose logique à réclamer ?

Théoriquement la réponse devrait être «Oui». Mais appeler à arrêter les guerres impérialistes et la violence est une chose, aboutir à la fin de ces guerres en est une autre. Nous savons d’avance que toutes les unités non syriennes opérant en Syrie ont des enjeux dans cette pagaille. Connaissant ce fait, est-il possible que la Gauche ou des protestations de masses puissent arrêter le carnage ? Ceux qui fomentent la violence désireront-ils lâcher la proie ? Est-ce qu’Obama, les Saoudiens, le Qatar et Erdogan vont arrêter de recruter, entraîner et payer leurs tueurs et leurs mercenaires ? (Note de l’éditeur, «Al Saoud» signifie «Le clan» en arabe). Dans cette série d’articles nous nous référerons à la «Maison des Saoud», signifiant le «Clan des Saoud» ou la «Famille des Saoud». Cette expression est largement utilisée en arabe pour dénoncer le règne tyrannique et la corruption de la «Maison des Saoud».

Si on veut bien s’en souvenir, est-ce que la protestation internationale contre l’invasion scélérate de l’Irak en 2003 a réussi à la stopper ? Après avoir ordonné d’envahir l’Irak, et en réponse à Bob Woodward, Georges W. Bush a déclaré : «Je ne me retirerai pas même s’il ne reste que Laura et Barney [ses chiens] pour me soutenir» 4.

Incidemment, à qui pourrions adresser notre demande d’arrêter la tuerie ? Aux USA ? À la Grande Bretagne ? À la France ? À l’Allemagne ? À tous ceux qui exécutent avec empressement le plan de remodelage du Moyen-Orient pour réaliser les projets hégémoniques d’Israël et de l’Occident. À la Turquie totalitaire − malgré sa démocratie ostentatoire. La Jordanie, l’Arabie Saoudite ou le Qatar seraient-ils réceptifs à cet appel , ou peut-être pourrions-nous discuter de la chose avec les Nations-Unies contrôlées par les Américains. Ou mieux, nous pourrions en parler avec ISIS–Made-in-America , ou avec le Front Al-Nusra-clone-d’Al-Qaïda et ses groupies. Plus important, est-ce que les USA, qui ont inventé et dirigé les mercenaires et volontaires vicieux, écouteraient un quelconque appel anti-violence ?

Qui a donc la capacité d’arrêter la violence ?

Cela peut-il être «le monde» en général ? Pouvons nous par exemple lancer notre appel à toutes les nations en demandant qu’elles se mobilisent contre ce cauchemar, nommé changement de régime en Syrie à tout prix ? C’est du romantisme. Il nous faut réaliser que dans un monde dominé par l’insouciance, la peur, la dépendance psychologique, qui s’épuise dans la lutte contre les crises du capitalisme, de la globalisation industrielle et de la montée de la pauvreté, il y en a trop peu qui peuvent protester. En fait, le monde aujourd’hui n’est pas celui de 1950-1980, et il n’est pas le monde de Nasser, Ghandi, Mao, Ho Chi Minh, Castro et le Che. Est-ce que nous n’avons rien appris après la chute du communisme et l’émergence des USA comme puissance mondiale hégémonique aux diktats de laquelle la majorité des pays, y compris le Vietnam, ont succombé, et tout oublié du processus révolutionnaire et du rejet de l’ordre établi qui sont entrés en hibernation ?

Est-il possible de stopper la violence en Syrie à ce niveau du conflit sans premièrement vaincre militairement l’armada internationale des groupes armés saoudien et qatari ? Jusqu’ici, réalistement, la réponse n’est pas basée sur les proclamations anti-Bashar des Saoudiens, des Turcs ou des Qatari, ainsi que des États-Unis hypocrites qui continuent à jouer avec leurs zombies régionaux en poursuivant leurs plans.

On nous dit que la Maison des Saoud et les USA désirent qu’Assad et son gouvernement partent avant de décider d’arrêter la violence. On nous dit aussi que la Russie devrait cibler encore plus ISIS mais en même temps devrait préserver toutes les autres factions islamistes supportées par les USA, la Turquie et les États du Golfe. C’est un non-sens. En termes pratiques, il s’agit d’un jeu cruel avec un but bien clair : perpétuer les violences sans tenir compte des coûts humains jusqu’à ce que le changement de régime ait réussi. L’entrée de la Russie dans le jeu a déjoué ce plan.

Au sujet du départ d’Assad, nous posons cette question : pourquoi le chef d’une nation reconnue souveraine, son entourage politique et son gouvernement devraient-ils partir pour obéir à une injonction de l’étranger ? Cela ne doit-il pas être décidé par le peuple syrien et lui-seul ? Pourquoi demander le départ d’une personne comme condition de l’arrêt des massacres de masse et de la destruction d’un pays entier par des gouvernements étrangers, des éléments extérieurs et des mercenaires ? Une autre question à poser : quel est le plus grand danger, celui qui engage dans le massacre de masse et qui crée un exode massif de réfugiés afin de provoquer un acte illégal en renversant le gouvernement d’un pays souverain, ou celui qui laisse le sort de Bashar-Al Assad et de son gouvernement au jugement du peuple syrien afin qu’il en décide ? Cela devrait être évident pour tout le monde. Alors pourquoi les médias aux ordres des états occidentaux demandent-ils la réalisation d’un acte illégal plutôt que de tenter de le prévenir ?

Une alternative logique à cette pression impérialiste pour terminer la guerre existe. Nous pouvons demander aux USA − et à leurs laquais − d’arrêter de s’immiscer en Syrie, de couper le financement et les fournitures d’armes à leurs mercenaires et de les contraindre à retourner d’où ils sont venus. Comme résultat, le peuple syrien serait capable de décider de son sort, de sa forme de gouvernement et de son avenir. Après que les USA aient détruit l’Irak et la Libye − et maintenant le Yémen via l’Arabie Saoudite et les Émirats − quelqu’un peut-il penser qu’ils vont tirer leur chapeau, exprimer des remords, et mettre fin à la violence impériale qu’ils ont lâchée sur la Syrie ? Comme nous le savons, avant l’intervention russe, le jeu pour vaincre et partager la Syrie approchait de sa fin. Il est certain que sans cette intervention, les USA et leurs vassaux auraient pu continuer à mener leurs plans pour quelque temps encore avant de capituler devant la réalité objective sur le terrain [comme en Afghanistan, en Irak et en Libye, NdT].

En dehors d’une mobilisation de masse des citoyens du monde entier réclamant à tous les acteurs non-syriens de stopper leurs interférences dans les affaires syriennes, nous ne pouvons imaginer de solution impliquant un engagement immédiat pour stopper la violence en Syrie. Mais à ce stade nous pouvons prédire ceci : en se basant sur le développement du conflit, et en voyant que les USA persistent dans leurs stratégies liées à ISIS et Al Nusra pour détruire la Syrie et renverser le gouvernement légitime, il semble, paradoxalement, que seule la violence dans un but précis peut mettre un terme à la violence impérialiste. Qu’on apprécie cela ou non, l’entrée décisive de la Russie dans le conflit pour éradiquer toutes les formes de terrorisme contre le peuple syrien et son gouvernement renforce ce but malgré le fait que de nombreuses personnes mourront encore.

Cela paraît peut-être cynique et inhumain. Suggérons-nous que les civils syriens devraient accepter de mourir comme prix du sauvetage de ce qui reste de leur pays ? Nous engageons-nous dans la notion impérialiste des «dommages collatéraux», ou proposons-nous de soutenir la Syrie et ses alliés légitimes dans leur combat pour gagner cette guerre sans prendre en compte le coût humain ? Non, nous considérons que face aux forces en présence et à leur but déclaré de mettre en place un nouveau régime à n’importe quel prix, il s’agit de la moins mauvaise solution dans l’immédiat avec des pertes minimales − l’horloge ne s’arrête pas pendant les tueries − et que l’arrivée de la Russie est devenue un facteur essentiel dans cette direction. Le succès de la Russie avec cette intervention peut-il imposer une solution politique ? Si on se base sur les conférences et les événements des derniers deux mois, cela semble possible.

Pourquoi la Russie intervient-elle malgré tout ?

Le Président russe use d’une citation modérée pour dépeindre la montée du «terrorisme islamique». Il déclare : «Notre but est de contribuer à la guerre contre le terrorisme qui représente une menace à la fois pour la Russie, les Pays européens et le Monde entier.» 5. Son Premier Ministre l’a confirmé. Il a parlé en des termes s’opposant directement au langage de l’interventionnisme américain, «Nous ne combattons pas pour des dirigeants spécifiques, nous défendons notre intérêt national» 6.

Nous n’avons pas à spéculer sur ce que Poutine ou Medvedev nous ont déclaré en réalité et qui serait caché derrière l’apparence des mots. C’est la façon dont nous interprétons la notion qu’a Medvedev de l’intérêt national de la Russie : contrairement aux insinuations occidentales, la Russie n’est pas intimidée par le retour des militants islamistes dans la Fédération de Russie. Un exemple, Bandar Bin Sultan, un membre de la famille régnante des Saoud et ex-chef des Services de renseignements saoudiens, fortement lié à Washington, a tenté de soudoyer Poutine en lui demandant d’abandonner la Syrie en échange d’une manipulation par les Saoudiens − et les USA − des prix du pétrole. Encore plus, il a spécifiquement menacé Poutine. Il lui a dit : «Je peux vous garantir ma protection pour les Jeux Olympiques d’Hiver l’an prochain. Les groupes Tchétchènes qui menacent la sécurité des Jeux sont contrôlés par nous» 7. Par cette assertion, Bin Sultan a irrévocablement confirmé que l’Arabie Saoudite finance et dirige les Mouvements internationaux d’islamistes militants dans la mise en oeuvre d’une politique conçue par les USA et Israël, mais exécutée par son gouvernement. Est-ce que la tentative de corruption de Bandar a fonctionné ou a bloqué le processus ? Non. Ce qui signifie que les dirigeants russes ne se sentent pas directement menacés par les combattants islamistes mobilisés contre leur propre territoire. Les motifs russes de l’intervention en Syrie sont bien plus profonds. Alors, pourquoi la Russie est-elle si concernée par la violence en Syrie soutenue par les USA ?

Kim Petersen est ancien éditeur du journal «Dissident Voice». On peut le joindre à kimohp@inbox.com
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Le but dissimulé des forces anti-syriennes

Dans notre article précédent, nous nous demandions pourquoi la Russie était concernée par la violence US en Syrie. Lors d’une nouvelle enquête, la BBC, la voix de l’impérialisme britannique, répond à la question par ces mots : «En se plaçant aux côtés de Damas, le Kremlin déclare au monde que ni l’ONU, ni aucun pays ou groupe de pays n’a le droit de décider qui gouverne ou pas un pays souverain.»

Personnellement j’approuve le sentiment exprimé ; cependant la position russe sur le conflit syrien devrait être envisagée selon une perspective différente. Une Russie axée sur les principes semble avoir compris que la violence américaine déployée en Syrie, Irak, Yémen, Ukraine et dans d’autres parties du monde est un moyen pour mettre en œuvre un agenda programmé de longue date : la domination mondiale impérialiste par les USA. De ce fait, nous analysons l’intervention russe en Syrie comme un moyen de stopper les USA dans leur projet de digérer – et diriger – le monde, pays après pays. Si rien ne s’oppose à un pays sans scrupule dans sa tentative de placer les nations du monde sous son contrôle et sa tutelle, alors la Russie et la Chine se trouveront complètement isolées pour défendre leurs propres peuples, territoires, histoires, économies, aspirations et modes de vie face aux prédateurs impérialistes.

Plus clairement, après que les avions de chasse russes ont commencé à cibler les camps terroristes et leurs infrastructures sans tenir compte du fait qu’ils étaient islamiques ou laïques, ni entrer dans des distinctions artificielles entre extrémistes et modérés, de nombreuses voix, surtout américaines, avec celles de leurs vassaux européens et arabes, se sont élevées contre leur engagement en Syrie. Leur argument selon lequel l’engagement de la Russie serait un facteur aggravant la prolongation du conflit est absurde.

Primo, si c’était le cas, pourquoi l’Occident et ses alliés ont-il permis au carnage de continuer avant que la Russie ne dénonce leurs fadaises ? Deuzio, les USA ne sont pas intéressés à l’arrêt de la guerre contre les Arabes même si Assad disparaît. Il n’y a aucune raison de douter qu’après Assad, ISIS et ses clones continueront de tenir leur rôle dans le projet américain pour apporter la preuve de ce que les officiels US répètent en boucle : vaincre ISIS prendra de 10 à 30 ans. Et même 30 ans après, alors qu’ISIS aura disparu depuis longtemps de l’actualité, on peut s’attendre – si on se réfère aux précédents historiques – à ce que les USA continuent à trouver des prétextes à l’extension de leur politique interventionniste.

Catégoriquement, la décision de l’issue du conflit ne doit pas être laissée entre les mains des impérialistes US et des néocons sionistes – et c’est ce que la Russie s’emploie à empêcher. Essentiellement, en commençant par la Syrie, la Russie se dresse puissamment pour contrer l’hégémonie américaine. Ensuite, les récriminations semblent suggérer que seuls les USA – et leurs vassaux européens – devraient jouir unilatéralement du privilège de mener des raids contre les cibles de leur choix, comme bombarder des dunes désertes ou des cibles insignifiantes, plutôt que bombarder les groupes armés, leurs convois et leurs camps de base. Ceci peut expliquer pourquoi, après 14 mois de bombardements américains de la Syrie et de l’Irak, les groupes soutenus par les USA – tels al-Nusra ou ISIS – se portent à merveille et se développent.

Curieusement, les analystes ne se sont jamais rendu compte que les campagnes aériennes occidentales, peu importe qui les effectue, détruisent les infrastructures civiles et économiques syriennes, alors que la Russie se borne à viser les structures militaires et les transports logistiques d’ISIS et de ses organisations annexes. L’Occident poursuit un programme destructeur visant à la disparition de l’État syrien actuel : nommément la destruction systématique de ses biens économiques.

Quand le Pentagone fanfaronne que «de nombreuses raffineries de l’état islamique en Syrie ont été détruites», quand les bombes de la RAF britannique frappent les champs pétroliers et quand la France les rejoint dans leur modèle de destruction, les faits demeurent : il n’y a pas d’État islamique. Et il n’y a pas de raffineries qui lui appartiennent – les voler est une autre affaire. Mais ce que détruisent les bombardiers US, britanniques, français, et aussi, depuis peu, russes – selon le journal The Independent – ce sont de coûteuses raffineries, unités de stockage et camions citernes appartenant au peuple syrien.

D’amples preuves suggèrent que ISIS a été créée par l’Occident pour attaquer la Syrie – et partitionner l’Irak – sans déclaration de guerre. Au sujet de l’appellation État islamique nous devrions mentionner que, hormis cette organisation qui aime à se nommer ainsi, seul l’Occident insiste sur le mot État et écrit en lettres capitales à la fois le substantif et l’adjectif. Par ailleurs, l’essentiel des médias arabes, la nomment correctement l’ «organisation de l’état islamique».
[Notez que : 1. Il n’y a pas de lettres capitales en langue arabe. 2. Les auteurs de cet article écrivent état islamique sans lettres capitales parce que cette création de l’Occident n’a rien à voir avec l’islam, et ainsi cet adjectif ne peut lui être appliqué ; et de surcroît ce n’est pas un État].

Nous référant à nos observations sur les développements militaires immédiatement après l’intervention de la Russie, nous pouvons déclarer que les USA sont engagés dans une course contre la montre afin de détruire la Syrie avant que la Russie n’ait détruit leurs groupes islamistes soutenus par l’étranger. Le Secrétaire d’État John Kerry explique cela par des arguments controuvés. Il a récemment déclaré : «Les USA veulent éviter l’entière destruction de la Syrie.» Ce qui veut dire : «Les USA désirent détruire la Syrie mais pas entièrement.» Pourquoi dit-il ceci justement aujourd’hui et pas immédiatement après avoir été nommé Secrétaire d’État ?

Récemment, 55 prêcheurs wahhabites et Frères musulmans en Arabie saoudite ont lancé une fatwa pour un djihad contre les Croisés russes orthodoxes 1

Pourquoi pas, mais pendant les 14 mois de bombardements américains illégaux en Syrie, avec maintenant les troupes au sol en guise de conseillers des groupes terroristes, nous n’avons jamais entendu ces accusations féroces contre les Croisés multiconfessionnels américains. Cet épisode en dit long sur les commanditaires des wahhabites saoudiens et leurs associés.

Écrire sur la violence en Syrie sans enquêter d’abord sur les forces qui l’ont déclenchée et aiguisée, c’est comme enquêter sur les marées océaniques sans mentionner le rôle de la lune. De même devons-nous tenter de décoder les résultats de la violence en Syrie en termes corrects : qui a transformé la Syrie en friche et en théâtre mortel comme celui que les USA et la Grande Bretagne ont créé en Irak, avec une extension un peu moindre en Libye, et maintenant au Yémen via l’État wahhabite fasciste d’Arabie saoudite ?

Commençons par évoquer la réponse féroce du régime syrien – entraînant des morts – lors des protestations anti-régime à Daraa. Tout d’abord, le fait que Daraa ait été le point de départ des protestations est en lui-même suspect pour une simple raison : Daraa est une ville frontalière avec la Jordanie. Ceci signifie que de nombreux services de renseignements étrangers, en coopération avec le régime jordanien vendu à l’impérialisme, avaient aisément accès à l’organisation de manifestations en Turquie et en Jordanie sous le prétexte du prétendu Printemps arabe.

Question : qui, exactement trois semaines après cette réponse violente [du gouvernement syrien], jetait de l’huile sur le feu et commençait à installer des cités de tentes en Turquie et en Jordanie, anticipant un exode de réfugiés ? Ceci suggère qu’une violence de masse était prévue et que les réfugiés commenceraient à fuir vers les pays voisins. Qui a envoyé des Saoudiens, Européens, Tchétchènes, et autres islamistes en Syrie, avec des armes lourdes, des missiles antichars, les a payés, vêtus avec leurs burnous afghans, a fabriqué leurs bannières noires avec leurs slogans religieux, et les a dotés de convois de SUV Toyota dernier cri? 2

Que devrions-nous faire si le front anti-guerre ne possède pas les moyens matériels pour arrêter le bain de sang ? Comment stopper les dizaines de milliers de groupes étrangers payés et armés pour la plupart par les Saoudiens et les Qataris, entraînés par les USA et leurs valets régionaux que sont la Turquie et la Jordanie ?

N’est-il pas pas ridicule de voir des tueurs arriver en Syrie de tous les coins du monde pour renverser le gouvernement sous la bannière d’un islam sectaire, réinterprété et soutenu par les wahhabites du Golfe, par les USA, par l’Occident, et bien sûr par Israël ?

Pour insister sur ce point : la démolition indescriptible de la Syrie n’est pas un événement interne. Ceux qui détruisent la Syrie et tuent son peuple exécutent un plan impérialiste précis et pensé, en utilisant une violence précise et testée ailleurs auparavant dans de nombreuses autres parties du monde. La souffrance du peuple syrien est sans aucun doute réelle. Alors que les auteurs de cet article expriment leur profonde tristesse pour tous ceux qui sont morts et leur empathie à tous ceux qui sont encore en vie mais qui peuvent mourir dans l’attente insensée d’une solution, nous devons dévoiler encore de nouveaux faits.

Par exemple, nous avons noté que ceux qui ont armé les opposants locaux au régime syrien – ceux qu’on nomme Armée syrienne libre (composée de déserteurs et d’autres éléments inconnus) – aussi bien que les islamistes étrangers et les mercenaires non musulmans, n’ont cessé de répéter qu’ils combattent en réponse aux atrocités du régime syrien. Alors qu’ils sont eux-même la cause directe des atrocités et du terrorisme.

Nous avons aussi noté que les USA et leurs instruments arabes et turcs sont de pauvres camouflages quand ils parlent de soutenir la liberté en Syrie. On s’étonne : depuis quand les dirigeants américains, turcs, saoudiens, qataris et émiratis se sont-ils souciés de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme ou de la prospérité des nations ? Où existe-t-il une pareille évidence ? Quel est le véritable but des forces qui organisent des légions internationales de la mort et leur ordonnent de détruire la Syrie sous prétexte de combattre un mauvais régime ?

Puisque nous somme dans le sujet, depuis que l’objectif hégémonique mondial de l’impérialisme s’est avéré sans scrupules, pourquoi est-ce la Syrie qui est dans le viseur de pays comme l’Arabie saoudite, la Turquie, et le Qatar ? Ces pays, connus pour leur terrible répression des libertés et des droits politiques, seraient-ils devenus, du jour au lendemain, des modèles standards des valeurs humanistes et de l’émancipation politique ?

De la droite, de la gauche, et de partout, des larmes sincères et des larmes de crocodiles ont été versées sur les victimes de la violence en Syrie ; des raisons sincères mais aussi de fausses raisons ont été collées au sort des réfugiés. Cependant, à part quelques exceptions, la destruction presque totale de la Syrie et de son héritage historique humain est à peine mentionnée.

Et nous voyons des images de villes détruites, de gens décapités, d’autres jetés des toits, de prisonniers brûlés vifs, de femmes violées – accusées de rapports sexuels illicites – ou lapidées ; le blâme dans les médias occidentaux et arabes, souvent achetés par les Saoudiens ou le Qatar, est invariablement rejeté sur le régime syrien, mais jamais sur les groupes terroristes et leurs soutiens.

Le soutien de la famille régnante qatari aux Frères Musulmans en Syrie par tous les moyens possibles, n’est-il pas étrange, alors que son gouvernement, non seulement héberge des bases américaines, mais ne montre aucun signe d’adhésion aux valeurs des Frères musulmans ? L’Arabie saoudite a aussi un comportent ridicule. Elle diffuse le wahhabisme, lui fournit des armes, l’entraîne, met ses endoctrinés au service des USA pour diriger le terrorisme, spécialement vers les pays arabes qui s’opposent à l’hégémonie US, et se vantent ensuite de combattre en Syrie un régime qui tue son peuple !

De notre côté, nous ne nous lasserons jamais de poser la même question : «Qui désire détruire la Syrie, et pourquoi ?» À part imaginer une intolérance et une haine pathologique envers le gouvernement syrien, il est difficile de prendre en compte rationnellement l’animosité violente de l’Arabie saoudite. Cela amène à considérer un agent extérieur. Qu’est-ce qui pousse les dirigeants saoudiens à jouer le premier rôle dans la destruction de l’Irak, de la Libye, et maintenant du Yémen ? Qui désire détruire les pays arabes avec leur merveilleuse culture, leur société, et leur mosaïque de religions ?

Comment le premier venu pourrait-il comprendre quelque chose à la violence en Syrie si la tendance générale consiste à analyser les nouvelles d’actualité et les récits inventés pour les médias de masse ?

Négliger les faits, par dessein, conformisme, manque de connaissances spécifiques ou seulement méconnaissance totale est aussi devenu une habitude. Non seulement cela a permis de simplifier à l’extrême les racines du conflit, mais cela a aussi dilué la longue histoire documentée qui se cache derrière l’expansion de la guerre et sa radicalisation. En bref, qui veut que la Syrie soit détruite et pourquoi ? Laissez nous enquêter.

En 2007 dans une interview télévisée le général Wesley Clark faisait cette déclaration :

Environ dix jours après le 9/11 je vins au Pentagone et je rencontrai le Secrétaire Rumsfeld et le Secrétaire adjoint Wolfovitz. Je descendis à l’étage juste en-dessous pour saluer quelques amis du groupe de commandement qui avaient l’habitude de travailler pour moi, et un des généraux m’interpella. Il me dit : «Monsieur, entrez donc et parlons un peu». Je répondis : «Vous êtes trop occupé.» Il répondit : «Non. Nous venons de décider de partir en guerre contre l’Irak.» Je lui demande : «Nous partons en guerre contre l’Irak ? Pourquoi ?» Il répond : « Je ne sais pas pourquoi, je suppose qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre.». Alors je demandai : «Ont-ils trouvé quelques informations qui lient Saddam Hussein à Al Qaïda ?» Il me dit : «Non, il n’y a rien de neuf dans ce sens, ils ont seulement pris la décision de partir en guerre contre l’Irak.»

Je retournai voir le même gars quelques semaines après, à ce moment là nous bombardions l’Afghanistan. Je lui demandai : «Partons-nous toujours en guerre contre l’Irak ?» Et il répondit : « Oh, c’est pire que ça.» Il se dirigea vers son bureau, prit un morceau de papier et dit : «Je viens à l’instant de recevoir ceci de l’étage au-dessus» (le bureau du secrétaire de la Défense), et il ajouta : «C’est une note qui décrit comment nous allons attaquer sept pays en cinq ans, en commençant par l’Irak, la Syrie, le Liban, la Somalie, le Soudan, et l’Iran.» Je demandai : «C’est secret défense ?» Il répondit : «Oui, Monsieur» et je dis alors : « Bien. Ne me le montrez pas.»

Je le rencontrai un an plus tard et lui demandai : «Vous vous rappelez de ça… ? » Il me répondit : «Monsieur, je ne vous ai jamais montré cette note. Je ne vous l’ai JAMAIS montrée.» 3

Dans une interview télévisée diffusée deux ans avant la violence à large échelle qui a explosé en Syrie, Roland Dumas, l’ancien ministre des Affaires étrangères français faisait cette déclaration :

«Je vais vous dire quelque chose. J’étais en Angleterre, deux ans avant la violence en Syrie, pour un autre travail. Je rencontrai des officiels de haut niveau qui m’avouèrent qu’ils préparaient quelque chose en Syrie.

C’était en Angleterre, pas aux USA. La Grande-Bretagne organisait une invasion rebelle en Syrie. Ils me demandèrent si, malgré que je ne sois plus ministre des Affaires étrangères, je désirais participer. Répondant à ma question sur le motif qui les poussait à initier la violence en Syrie, Dumas expliqua : «C’est très simple, il y avait un seul but, renverser le gouvernement syrien parce que dans cette région il est important que le régime syrien ne tienne pas un langage anti-israélien.» Ensuite, l’ancien ministre ajouta «qu’il lui avait été dit par un Premier ministre israélien longtemps auparavant que Tel Aviv visait à détruire chaque pays de la région qui ne s’alignait pas avec lui. Il ne s’agissait pas simplement d’Israël, c’était au sujet d’une intervention pays après pays à travers le Moyen et le Proche-Orient, l’Afrique du Nord, pour aller toujours plus loin et plus profondément vers le Sud en Afrique.»

C’était planifié depuis des dizaines d’années. 4
La violence impérialiste en Syrie [2/7]

La violence impériale en Syrie [3/7] Diviser pour régner

De la part de WikiLeaks

Une dépêche du 13 décembre 2006, Agir sur le SARG (le gouvernement syrien), à la fin de 2006, nous prouve que depuis cette année-là (cinq ans avant le Printemps arabe des manifestations en Syrie), déstabiliser le gouvernement syrien est au centre des motivations de la politique des USA. L’auteur de la dépêche est William Roebuck, à cette époque chargé d’affaires auprès de l’ambassade des États-Unis à Damas. La dépêche révèle les stratégies capables de déstabiliser le gouvernement syrien. Roebuck écrit :

«Nous pensons que les faiblesses de Bachar se trouvent dans sa façon de réagir face aux problèmes imminents, perçus ou réels, comme le choix entre des réformes économiques (mêmes limitées) et les forces intérieures corrompues, la question kurde, et la menace potentielle pour le régime représentée par la présence croissante d’islamistes intégristes en transit. Cette dépêche concrétise notre estimation des points vulnérables et suggère qu’il peut y avoir des actions, des déclarations et des signaux que le gouvernement US peut envoyer qui pourraient augmenter la probabilité de l’avènement de telles opportunités.»

Cette dépêche suggère que le but des USA en décembre 2006 était de saper l’autorité du gouvernement syrien par tous les moyens, et que la question était de savoir si les actions américaines pouvaient déstabiliser le gouvernement, sans s’occuper des conséquences possibles. En public, les USA étaient pour une réforme économique, mais en privé, ils voyaient un conflit entre les réformes économiques et les forces intérieures corrompues comme une opportunité. En public, les USA s’opposaient aux islamistes extrémistes partout ; mais en privé ils voyaient la menace potentielle pour le régime d’une présence croissante d’extrémistes islamistes en transit comme une opportunité qu’il pourraient exploiter et intensifier.

Roebuck cite la relation de la Syrie avec l’Iran comme un point vulnérable que les USA devraient exploiter. Il suggère des façons d’agir instructives :

Actions possibles :

JOUER SUR LA PEUR QU’ONT LES SUNNITES DE L’INFLUENCE IRANIENNE : Il existe une crainte en Syrie que les Iraniens deviennent influents par leur prosélytisme et la conversion des plus pauvres, les sunnites. Bien que souvent exagérées, de telles craintes reflètent celles d’une partie de la communauté sunnite en Syrie qui est de plus en plus mécontente et focalisée sur l’extension de l’influence iranienne dans leur pays à travers la construction de mosquées et les activités commerciales.

Roebuck argumente donc que les USA devraient tenter de déstabiliser le gouvernement syrien par plus de coordination secrète entre l’Égypte et l’Arabie saoudite afin d’aiguiser les tensions sectaires entre sunnites et chiites, y compris par la promotion de craintes exagérées d’endoctrinement des sunnites par les chiites.

En 2014, le caractère sectaire de la guerre civile en Syrie était déploré par les USA comme un avatar malheureux de celle-ci. Mais en décembre 2006, la personne qui dirigeait l’ambassade US en Syrie soutenait dans une dépêche au Secrétaire d’État de la Maison Blanche que le gouvernement US collaborait avec les Saoudiens et l’Égypte pour promouvoir un conflit sectaire qui déstabiliserait le gouvernement syrien. A cette époque, aucun membre du gouvernement américain ne pouvait s’innocenter de façon crédible des implications d’une telle politique.

Il était alors aisé de prédire qu’une politique de promotion d’un conflit sectaire en Syrie afin de saper le gouvernement de ce pays pouvait aussi entraîner la destruction de la société syrienne. Mais ces considérations ne figurent pas du tout dans le mémo de Roebuck, alors qu’il recommande au gouvernement US de coopérer avec les Saoudiens et l’Égypte pour promouvoir les tensions sectaires. 1

De la part du Congrès des États-Unis d’Amérique

Le chemin vers la destruction de la Syrie a été emprunté depuis longtemps par les États-Unis. Le 12 avril 2003, vingt-quatre jours après l’invasion de l’Irak, un représentant sioniste à New-York Eliott T. Engle, soutenait The Syria Accountability Act, (SAA). Celui-ci accusait la Syrie d’être impliquée dans le terrorisme, d’aider Saddam Hussein à contourner les sanctions, de soutenir les rebelles dans leur lutte contre l’invasion US en Irak, ainsi que le Hezbollah, de disposer d’armes chimiques, etc. (Nous devons relever un fait important : lorsque nous parlons d’un représentant sioniste cela n’est pas une notion vide de sens, c’est une constatation politique indiquant la façon dont Israël fait passer sa politique en Syrie et dans le monde arabe à travers le système législatif américain.)

La loi a été votée en décembre 2003. Sous le prétexte omniprésent de la Sécurité nationale des USA et sous couvert des prétendus privilèges constitutionnels présidentiels sur la politique étrangère, Georges Bush avait principalement coordonné la politique d’Israël envers la Syrie sur celle des USA. (A lire : Statement by the President on H.R. 1828 )

Dans son article, The Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act of 2003: Two Years On, David Schenker, depuis le think thank sioniste-impérialiste Washington Institute, rappelle l’expérience de son témoignage devant la Chambre des Représentants [House of Representatives, NdT], le 7 juin 2006. Il écrit : «La Syrie s’est avérée un gros morceau à avaler. Le SAA y a participé mais la législation n’est pas suffisante à elle seule pour provoquer un changement dans l’attitude syrienne. L’administration Bush a adopté quelques initiatives, mais le défi est de savoir de quelle force le SAA en coordination avec les autres outils dont l’administration dispose – des efforts multilatéraux en particulier – afin d’augmenter la pression sur la Syrie pour la contraindre à un changement de comportement.» La phrase clef est : «afin d’augmenter la pression». C’est la seule action que les néocons sionistes étasuniens proposent pour la Syrie, non seulement par rapport au Liban, mais aussi par rapport à ce que la Syrie représente pour Israël : un État antagoniste qui doit être détruit.

L’assassinat de Rafic Hariri

L’assassinat de Rafic Hariri (un citoyen libanais milliardaire nanti de la double nationalité saoudienne et libanaise), le 14 février 2005, est l’exemple type de la façon dont les USA, l’Europe de l’Ouest et Israël organisent la subversion dans les pays arabes qui n’obéissent pas à leurs diktats ou résistent à l’impérialisme colonialiste d’Israël soutenu par les États-Unis. L’assassinat offre une occasion très intéressante en raison des prétextes qui peuvent être développés et utilisés. Laissez-nous vous raconter pourquoi Rafic Hariri a été assassiné.

Le 2 septembre 2004, le Conseil de sécurité de l’ONU émettait la résolution 1559 appelant la Syrie à retirer ses forces restantes du Liban. La Syrie a alors accepté, mais seulement partiellement, et sans se presser.

La ruse pour chasser la Syrie du Liban – qui faisait historiquement, partie de la Grande Syrie avant que la France, utilisant le mandat Sykes-Picot sur ce pays, ne le divise et n’en fasse un état indépendant en 1943 – devait donc employer d’autres moyens. L’assassinat de Hariri était un de ces moyens. En chargeant la Syrie de l’accusation de l’avoir commandité, l’affaire était bonne pour la chasser complètement du Liban sous la menace d’appliquer la résolution 1559 avec des moyens militaires. Quarante-cinq jours après l’assassinat, le 5 avril 2005, la Syrie commençait à retirer ses forces et avait terminé ce retrait à la fin du mois.

Qui a ordonné l’assassinat d’Hariri ?

Si depuis [il s’est avéré que – NdT] ni la Syrie, ni le Hezbollah ne sont derrière cet assassinat, qui avait intérêt à assassiner Hariri et qui en a bénéficié ? Notre réponse logique est : Israël et les USA. Considérant la longue liste des plans d’immixtion de ces deux pays dans les affaires de tous les États arabes, prouver cette assertion n’est qu’une question de raisonnement logique.

Ayant brièvement décrit la voie empruntée par les USA pour déstabiliser la Syrie, il est important de voir leur méthode de guerre actuelle. Si les plans étasuniens en Syrie sont insuffisants pour nous alerter, nous devons nous référer à d’autres schémas appliqués sur le théâtre meurtrier des opérations en Syrie – et avant cela en Afghanistan et en Irak. Nous parlons d’un instrument impérialiste guerrier : le vocabulaire utilisé comme une arme de confusion massive. Beaucoup de termes ont été forgés pour amener les gens à se conformer à l’endoctrinement de Washington. Mais des termes tels que modérés, extrémistes, États arabes modérés – où ça ? –, islamique, islamiste, dictateur, démocratie, «pas de rôle pour Assad dans la Syrie future», ISIS, «stopper l’occupation iranienne de la Syrie», «les USA combattent ISIS», etc… ont-ils un sens réel en dehors du monde de la propagande impérialiste ?

Laissez-nous examiner quelques-uns de ces termes. Est-ce que l’expression «pas de rôle pour Assad dans la Syrie future» a un sens quelconque ? Doit-on recréer une Syrie avec un système en faillite similaire à celui qu’un criminel nommé Georges Bush, et ses néocons sionistes, a installé en Irak ? Les USA doivent-ils demander à Noah Feldman ou à un autre de rédiger une Constitution pour la Syrie ? Feldman est un avocat sioniste de New-York et un théoricien du terrorisme islamique, du djihad, et de la soi-disant démocratie islamique. Il a imaginé une Constitution sectaire pour l’Irak alors que le pays était dirigé par les Forces d’occupation militaires sous la conduite de Paul Bremer. La Constitution de Paul Bremer, ainsi que les Irakiens la nomment, a été la pierre angulaire de la fondation de la partition de l’Irak dans des frontières approximatives confessionnelles et ethniques 2

Ou bien pourrait-on mettre en place en Syrie un soi-disant État islamique faisant allégeance à l’impérialisme américain, aux Saoudiens et à la famille Al Thani du Qatar installée par les Britanniques ? Qu’est-ce que cela signifie de dire que «Assad est le problème», alors que les noms qui sont derrière cette politique, tels Obama, Erdogan, Hollande, Merkel, Turki Al Fayçal ou Bandar Bin Sultan, ne sont jamais mentionnés dans le contexte ? Que signifie «opposition libérale» dans le vocabulaire impérialiste américain, sinon des groupes financés et soutenus par Washington ? Et pour l’amour de la clarté, nous demandons : «Ils sont modérés en quoi ?»

Encore une fois, quel est le jeu des USA en Syrie ?

Laissez-nous citer Condoleezza Rice. Rice est la quintessence du double visage hypocrite des Américains lorsqu’ils parlent des interventions US. Bien que la première note que nous citons sur le sujet concerne l’Irak, sa philosophie et ses intentions s’appliquent à la politique américaine en Syrie.

Rice décrit en termes mélodramatiques – comme ceux qu’on peut lire dans les magazines romantiques à bon marché – comment elle s’est opposée à son criminel de patron au sujet de la violence sectaire que les USA ont imaginée et implantée en Irak, écrivant ce qui suit [les italiques sont de nous] :

«Alors, quel est votre plan, Condi» ? Le Président devient subitement soucieux et ennuyé. «Avons-nous juste à les laisser s’entre-tuer, et attendre tranquillement pour ensuite ramasser les morceaux ?»

J’étais furieuse quant aux conséquences… «Non Mr le président, dis-je en tentant de garder mon calme. Nous ne pouvons tout simplement pas gagner en envoyant nos forces au centre de leur empoignade sanglante. S’ils veulent une guerre civile, nous devons les laisser faire.» 3

Commentaire : 1. Rice est honteuse. Elle présente son criminel de patron comme attentionné. 2. Rice, fille d’un pasteur presbytérien qui, je suppose, lui a enseigné à ne pas mentir, ment effrontément. Premièrement parce que nommer une guerre sectaire guerre civile est trompeur car il s’agit de différentes entités. Une lutte sectaire au sein d’un pays dresse une communauté contre une autre par rapport à des croyances ou des origines ethniques différentes. Une guerre civile se produit entre des factions politiques au sein d’un pays, sans égard aux origines ou aux croyances des antagonistes. Les USA utilisent les deux termes de manière interchangeable pour masquer la nature de leurs interférences dans la poursuite de leurs objectifs spécifiques. En outre, il n’y a jamais eu de guerres sectaires entre Arabes musulmans sunnites et chiites en Irak avant l’invasion américaine et l’occupation organisée pour contrer la résistance à cette occupation. 3. Rice et ses néocons de maîtres prospèrent quand des secteurs d’un pays s’engagent dans une lutte violente entre eux, cela leur fournit un moyen de contrôle plus facile. C’est arrivé aux Philippines, en Corée, au Vietnam, en Irak, et ça arrive maintenant en Libye et en Syrie avec les mercenaires et les intermédiaires inféodés. C’est pourquoi nous entendons sans arrêt les impérialistes US et leurs larbins arabes parler de choses comme «Assad veut créer un État alaouite», «ISIS est un fait concret», «les Kurdes veulent leur propre État, et aussi les Assyriens et les Arméniens», et ainsi de suite. Si on laisse de côté les terminologies et les concepts, la stratégie US n’est pas exceptionnelle, c’est une stratégie qui vient de la Rome impériale antique : Divide et Impera, diviser pour régner.

Pour comprendre comment le double visage des USA fonctionne dans l’exemple syrien, considérons ce dialogue qu’elle [Condi Rice] a tenu avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Wallid Muollem :

«J’ai émis mon point de vue sur les interférences syriennes au Liban, et son incapacité à empêcher les terroristes de son pays à franchir la frontière irakienne.»

«C’est difficile de les arrêter, dit-il, «parce qu’il n’y en a pas.»

«Ils arrivent par l’aéroport de Damas » lui répliquai-je 4.

Commentaire : Nous savons ce que l’exceptionnalisme américain signifie : aucun problème pour que les USA interfèrent dans les affaires des autres pays du monde, mais les autres ne sont pas autorisés à en faire autant, sauf avec notre approbation. Il n’est pas autorisé que des terroristes traversent la Syrie vers l’Irak pour combattre la Force d’invasion des USA, mais il est permis aux larbins de l’Amérique de livrer des armes et des mercenaires par l’intermédiaire des aéroports turcs et jordaniens.

Pour rappeler l’histoire documentée des interférences US dans les affaires d’une myriade de pays, y compris son meilleur allié la Grande Bretagne (lisez, Harold Wilson, Lyndon Johnson and the Vietnam War, 1964-68), l’auteur déclare :

La violence en Syrie n’est pas un accident ou un événement incontrôlé, elle n’est pas le résultat d’une guerre civile, ce n’est pas parce que l’État syrien est dirigé par une élite despotique, mais c’est le résultat d’une politique géostratégique américano-israélienne pour installer un nouveau régime syrien aux ordres de Tel Aviv et de Washington. Donc ce n’est pas autre chose qu’une nouvelle étape, après la destruction de l’Irak, de la Libye et du Yémen, dans la quête israélienne pour briser le système des nations arabes et pour clore la question palestinienne de manière définitive.

Examinons maintenant ce qui se mijotait dans les coulisses des USA contre la Syrie il y a 60 ans. Dans sa recherche permanente sur les complots de la CIA et ses machinations contre les états arabes, y compris la Syrie, pendant les années 50, le professeur de l’Université d’État de Californie, Hugh Wilford, a fait cette analyse :

Le 21 août 1956, Forster Dulles réunissait GAMMA, une force secrète d’intervention comprenant des représentants de l’État, de la Défense, et de la CIA… La principale contribution de GAMMA fut d’approuver la proposition d’envoyer un éminent vétéran des services diplomatiques, Loy Henderson, faire un tour au Moyen-Orient qui semblait destiné à inciter ses voisins arabes à agresser la Syrie… Henderson participa à une réunion à la Maison Blanche où il déclara avoir ressenti une réelle anxiété dans la région par rapport à la Syrie, mais avec une faible volonté concertée d’agir ; seule la Turquie, une alliée de l’Otan, affichait un réel appétit pour une intervention… 5

Revenons rapidement à l’occupation US de l’Irak. A la page 473 de son livre, La guerre secrète (Penguin Press, New York, 2012), David Crist, (un historien de l’establishment impérialiste), écrit : « Rebelote devint le mot du jour au CENTCOM. Les USA sortiront d’Irak pour se préparer à la prochaine bataille de la guerre mondiale contre le terrorisme, avec des rumeurs circulant pour désigner la Syrie comme prochaine cible. Les militaires US sont d’accord.»

Pourquoi la Syrie est-elle la suivante sur la liste des priorités US ? La Syrie a-t-elle nui à la sécurité nationale des USA ou menacé de le faire ? Non. Mais parce qu’Israël influence puissamment la politique étrangère américaine (lisez, John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy) envers les États arabes, et parce que la Syrie est le dernier qui résiste à l’impérialisme israélien, ce qui représente deux réponses concrètes à la question 6

Premièrement, Israël désire affaiblir et démanteler la Syrie comme il l’a fait en l’Irak avec l’aide des néocons sionistes américains. Démanteler la Syrie peut fragiliser la résistance libanaise du Hezbollah qui dépend du support syrien. Le deuxième volet est plus complexe. Premièrement, contrôler la Syrie entre dans la logique de la conquête hégémonique mondiale par les États-Unis. Deuxièmement, imposer une région autonome kurde, qui serait réunie avec les zones contrôlées par les Kurdes en Irak, créerait un État kurde potentiellement au service de l’impérialisme US et d’Israël 7 8 Troisièmement les régions de l’Est de la Syrie et le Golan occupé par les Israéliens possèdent des gisements de pétrole considérables. (Lire World powers must recognize Israeli annexation of Golan Heights; Huge oil discovery in Golan Heights – Israeli media). Quatrièmement, selon la perspective impérialiste, la reconfiguration de la région peut favoriser les plans d’expansion sur le contrôle stratégique des ressources mondiales et de leur distribution.

Les révélations de Crist nous engagent à réfléchir aux motifs et aux idéologies qui sous-tendent toutes les actions anti-arabes engagées par les USA. Tout ce qui se passe aujourd’hui en Syrie, en Irak, au Yémen, au Soudan, en Libye et en Palestine est une reproduction affinée des bonnes vieilles recettes politiques de l’Occident aux dépens des pays dans le collimateur, pour des raisons de politique impérialiste, colonialiste, sioniste et de confiscation des ressources.
La violence impériale en Syrie [3/7] Diviser pour régner

La violence impérialiste en Syrie [4/7]

Donc, nous prétendons que ce sont les interventions régionales et internationales qui ont mis la Syrie dans cette situation de violence et que les objectifs occidentaux impérialistes et les objectifs locaux (américains, israéliens, européens, turcs, etc.), agissent au travers du monde arabe.
Nous allons vous botter les fesses Puis nous vous pillerons

Il est aussi évident que toutes les guerres américaines postérieures à la Seconde Guerre mondiale ont été menées pour imposer la domination des USA et confirment ses aspirations à devenir un super-Empire. Encore plus, l’impérialisme américain (l’hyper-impérialisme 1) est non seulement le modèle qui dirige leurs interventions, mais aussi un mécanisme pour changer les systèmes politiques et économiques des autres nations souveraines afin de servir ses intérêts impériaux et économiques. Le moteur central de ce genre d’impérialisme est la doctrine néoconservatrice d’expansion des frontières de l’Empire américain et sa stratégie pour y arriver, spécialement dans le monde arabe 2.



Quatre forces ont été déployées dans cette course forcenée des USA depuis l’effondrement de l’URSS : l’agressivité d’un capitalisme hyper-militarisé, une idéologie impériale belliqueuse, Israël et le sionisme, et enfin un sentiment psychopathe d’exceptionnalisme qui n’est pas une force par lui-même mais un expédient dans un but plus large : ce que l’Amérique nomme exceptionnalisme est uniquement une ruse pour promouvoir une notion artificielle de suprématisme et en abuser.

En ce qui concerne le rôle du sionisme – et la manière dont il façonne les trois autres forces dirigeantes – il s’agit d’un débat qui dépasse l’objet du présent essai. Pourtant, si on le décrit brièvement, Israël et le sionisme sont tellement imbriqués dans le Système dirigeant américain que toutes les politiques US en relation avec les États arabes doivent être considérées à travers le biais d’Israël.

Considérons la perspective globale des USA : alors que le système US avec sa machine de guerre, sa conception particulière du capitalisme et ses relations intimes avec l’industrie militaire est l’âme de son impérialisme, son idéologie impériale et son credo exceptionnaliste est la religion. Un facteur aggravant est la volonté irrépressible, depuis la fondation de la soi-disant république, d’infliger la mort et une destruction massive aux diverses résistances ou désobéissances qui se manifestent. Le mantra de cette politique génocidaire est «Bombardez ! Renvoyez-les à l’âge de pierre», locution utilisée en premier lieu par le Général Curtis LeMay dans son autobiographie de 1965, mantra répétée par chaque commandement militaire US jusqu’à ce jour chaque fois qu’il s’agit d’intimider ceux qui s’opposent à eux. 3

Pour que l’impérialisme US puisse imposer sa totale hégémonie, il lui faut un pouvoir militaire supérieur et une volonté illimitée de violence et d’agressivité. Un penseur néocon de la Brooking Institution, Bruce Jones, exprime sa passion impérialiste en quatre mots dans son livre: Nous devons encore diriger, (Still Ours to Lead), où il détaille, en 214 pages de texte, les outils du contrôle perpétuel.

Pour commencer à répondre à la question «Pourquoi la Syrie», considérons le récapitulatif de l’histoire politique récente des USA. Dans les mémoires de ses années à la Maison Blanche (Waging Peace, Double Day & Company, New York, 1965), le Président Dwight Eisenhower dénigre le Président égyptien Gamal Abdel Nasser avec des épithètes peu amènes et propose à l’Arabie saoudite et à son roi de devenir le leader spirituel et le dirigeant de tout le Monde arabe. L’aversion d’Eisenhower envers Nasser était principalement motivée par la dernière décision révolutionnaire de celui-ci visant à détacher l’Égypte des intérêts américains et anglais en choisissant le financement et la technologie de l’URSS pour construire le barrage d’Assouan.

Eisenhower nommait parfois changement de dictature le passage de l’Égypte d’une monarchie vers une république (1952). Le motif qui se trouvait derrière cette opinion d’Eisenhower sur Nasser et la nouvelle Égypte est transparent. Nasser utilisait les nationalismes arabe et égyptien comme catalyseur pour un renouveau de son pays et appelait à l’union des États arabes ; une union entre États arabes est un anathème pour Washington. Eisenhower savait qu’il s’agissait d’un défi aux intérêts américains.

Quelle sorte d’homme était donc Eisenhower ? Il était le Commandant en Chef des Forces d’occupation en Allemagne. Force qui extermina intentionnellement, entre 1944 et 1949, environ un million de prisonniers de guerre allemands dans des camps américains et français, par la famine et la maladie. 4

Quel est le rapport entre la position d’Eisenhower vis à vis de Nasser et la politique d’Eisenhower en Allemagne ? Comment relier cela à la violence en Syrie ?

Eisenhower soutenait clairement la pulsion à la violence du militarisme et de l’impérialisme américain afin d’imposer sa politique, quel qu’en soit le prix. Quand les USA décident de quelque chose, la retraite est impensable quelles que soient les objections. Il organisa la politique afin de contrer l’Égypte et tout le Monde arabe s’ils souhaitaient se débarrasser du contrôle occidental.

Il décrivait Israël comme un pays entouré d’ennemis sans jamais dire un seul mot sur la façon dont il était devenu un État. Et il ne mentionna jamais le nom de la Palestine ni l’adjectif palestinien dans les sept cents pages de son livre. Mais le traitement des prisonniers de guerre allemands par Eisenhower devint un précédent pour Georges H.W. Bush, Bill Clinton et Georges W. Bush afin d’imposer un blocus total de l’Irak, pendant treize ans, qui causa la mort d’environ un million d’Irakiens par malnutrition et par manque de soins médicaux. La pulsion criminelle d’Eisenhower est la même pulsion que celle des présidents qui lui ont succédé, y compris Barack Obama.

Ces présidents américains criminels ne pouvaient pas se retenir de tuer et de détruire en masse. La politique criminelle d’Obama en Syrie, en Irak, en Libye, au Yémen, au Soudan, en Palestine, et en Afghanistan, ne diffère pas de celle de ses prédécesseurs. Georges H. W. Bush n’exprime aucun regret dans ses mots : «Je ne m’excuserai jamais pour les États-Unis.» Mitt Romney y fait écho avec cette expression : «Je ne m’excuserai jamais pour l’Amérique.»

Dans l’exemple égyptien, quand Nasser se tourna vers l’Union soviétique, Eisenhower et les frères Dulles insistèrent en déclarant que Nasser répandait le communisme ; arrêter son influence dans le Monde arabe devenait une priorité US. De même en suggérant que les Saoudiens deviennent les dirigeants du Monde arabe, Eisenhower démontrait sa méconnaissance historique des nations arabes et de leurs aspirations. Particulièrement en mettant les Arabes sous la coupe des wahhabites, dont les particularités sont la corruption, l’élimination de la dissidence politique, les fausses valeurs islamiques au service du clan, la corruption des gouvernements étrangers, le goût pour les concubines et la décapitation des prisonniers sur les places publiques. 5

L’idée d’Eisenhower n’était, cependant, pas accidentelle. Il imaginait les Saoudiens devenant les Gardiens des lieux saints islamiques contrôlant les masses musulmanes arabes qui viseraient l’indépendance et une vie décente. En d’autres termes, les USA d’Eisenhower étaient déjà en train d’imaginer de tourner le wahhabisme en un ersatz d’Islam et de l’utiliser comme cheval de Troie pour contrôler les Nations arabes de l’intérieur en utilisant l’axiome marxiste «la religion est l’opium du peuple». Nous pouvons en déduire qu’il préparait cette issue. Il rêvait implicitement de faire du wahhabisme l’idéologie confessionnelle des Arabes et des musulmans. Dans ce sens, les Arabes seraient contrôlés à travers l’outil wahhabite.

Pouvons-nous interpréter le wahhabisme comme un outil impérialiste de contrôle ?

Le colonialisme britannique et son rejeton, celui des USA, relèvent de la même culture, des mêmes bases et idéologies impériales, de la même compréhension, du même suprématisme, et d’une histoire équivalente de colonialisme, impérialisme, militarisme et recours au génocide. Quand Eisenhower propose que les Saoudiens dirigent les Arabes, il envisage la façon de contrôler le pétrole saoudien dans lequel l’ARAMCO possède 50% au moment de sa fondation en 1933. Le wahhabisme, cependant, est le seul outil impérialiste qui peut empêcher toute agression contre l’impérialisme US dans la région. En pratiquant ainsi, Eisenhower marche dans les pas des Britanniques. La Grande-Bretagne est l’ancien occupant de la plupart des frontières Est et Sud de la mer Rouge et du golfe Persique, aidant à la promotion et à la dissémination du wahhabisme au milieu du XIXe siècle 6 afin de harceler et affaiblir l’Empire ottoman qui occupait le reste de la péninsule Arabique, l’Irak et la Grande Syrie.

Mais pour situer le wahhabisme en tant qu’outil impérialiste, nous devons connaître ce qui motive l’impérialisme américain. Particulièrement depuis la lubie de la Destinée manifeste, la culture américaine de la domination a été fixée sur la croyance que le monde est un objet que seuls les USA tout puissants et bénis par Dieu peuvent organiser, civiliser et démocratiser. Marchant sur les pas des principales personnalités américaines qui ont magnifié la stature de l’Empire américain, les néocons sionistes Dick Cheney et son épouse Liz ont rejoint la brigade des suppôts des USA avec leur dernier livre : Exceptional : Why the World Needs a Powerful America. En conclusion, l’exceptionnalisme n’est pas simplement une ruse pour dominer en se servant des notions suprématistes par elles-mêmes, mais c’est un outil pour étendre les limites de la domination des USA.

Par exemple, après que les USA ont envahi et occupé l’Afghanistan en 2001, ils ne demandèrent pas au peuple afghan de voter ; ils utilisèrent un outil de la tradition afghane, la Loya Jirga (le Conseil), pour sélectionner Hamid Karzaï, de la majorité pachtoune, comme président de l’Afghanistan démocratique à la mode américaine. Et quand les USA ont occupé l’Irak, ils ont utilisé l’outil de la Marjaeya chiite (Rassemblement législatif islamique chiite), pour prévenir un sursaut des chiites arabes contre l’occupation des USA. A cette occasion la Marjaeya s’abstint de lancer une fatwa pour résister aux envahisseurs. Les clercs chiites Jawad el Khalisi et Muqtada el Sadr furent une exception. Et grâce à cette abstention, il fut facile à Ahmad Chalabi et au clan Al Hakim ainsi qu’aux USA de s’organiser pour imposer un régime d’occupation en Irak.

Remodeler un pays ou une région selon les règles impérialistes demande cependant un contrôle par plusieurs moyens, y compris militaires. Pour parvenir à un tel contrôle, les idéologues de l’Empire ont mis au point des règles d’opération afin de faciliter le lancement des guerres et des interventions.
Les objectifs spécifiques d’une action impérialiste, les bénéfices à long terme, et les outils pour les mettre en place, ne sont qu’un simple échantillon de telles règles.

Maintenant, si nous cherchons à comprendre ce qu’Eisenhower pensait sur la manière dont les Nations arabes devaient être dirigées, nous devons souligner que cette approche de contrôle par des intermédiaires mandataires, par la cohabitation ou par des moyens auxiliaires a été appliquée bien avant par tous les pouvoirs colonialistes européens dans les territoires qu’ils ont colonisés ; et avant eux par plusieurs autres États puissants et empires à travers l’histoire.

De plus, on peut analyser l’idée d’Eisenhower de contrôler par des moyens différents – religions, animosités ethniques, rivalités sectaires, etc. – à partir d’une perspective conventionnelle : le système américain – de Georges Washington à Barack Obama – dédaigne délibérément la façon dont le monde fonctionne. Cela signifie que les classes dirigeantes US et leurs maîtres capitalistes savent très bien que les sociétés du monde désirent se libérer en suivant leur propre voie vers le changement et le progrès.

Le plan de remodelage des nations arabes de l’intérieur est un ajustement des méthodes de base américaines de domination. L’administration Eisenhower imaginait l’utilisation de l’outil wahhabite à travers ce schéma : parce que le premier précepte du wahhabisme demande au peuple une totale obéissance à ses dirigeants, contrôler les masses musulmanes à travers des régimes intermédiaires wahhabites serait aisé à réussir. Aussi les généralissimes américains eurent une vision : soumettre les musulmans à la volonté d’un roi saoudien, au travers des édits et des fatwas, impliquait indirectement l’obéissance aux USA, qui eux protégeraient les dirigeants saoudiens. (Note : L’obéissance aux dirigeants est citée dans le Coran [An-nisa Surah: 4:59]. Cependant ce concept est sorti de son contexte car ce verset met des conditions à ce que l’obéissance implique et quel type de dirigeant la mérite.)

C’est de cette façon que les Saoudiens ont obtenu l’obéissance : la fondation de l’État saoudien en 1932 était basée sur un pacte entre eux et l’establishment religieux wahhabite, soutenu depuis le milieu du XIXe siècle par les Britanniques qui occupaient physiquement la majorité de la péninsule Arabique, qu’ils dirigeaient par l’intermédiaire des clercs wahhabites contrôlant tous les aspects religieux de l’État. Ceci comprenait l’enseignement de leur vision de l’islam et leur interprétation de la charia islamique (les Lois), les cursus religieux scolaires, la nomination des imams et muftis, le prosélytisme, la levée de fonds mais, encore plus important, le maintien d’une stricte obéissance du peuple à l’État. Le résultat direct de cet arrangement a été que toute résistance ou critique du clan Saoud est automatiquement interprétée comme une contravention aux lois islamiques et même comme une défection à l’islam. (Pour une information plus complète, et pour comprendre comment les Saoudiens usent du wahhabisme – appelé de manière opportuniste islam – comme instrument de pouvoir d’état absolu, lire la note 7.)

Puis, pour donner une idée de la façon dont le wahhabisme contrôle le peuple saoudien aux côtés des Saoud, imaginez ces deux exemples concrets. Quand environ 500 000 militaires US ont campé en Arabie saoudite sous prétexte de les défendre contre la menace irakienne (Operation Desert Shield, 1990), Al Saoud a jugulé les objections des citoyens à l’aide du clergé wahhabite. Ils ont lancé une fatwa soutenant l’installation des militaires US et la guerre américaine sous prétexte que l’Irak était athée en raison de son idéologie baathiste socialiste arabe. 8

Contrairement au système officiel wahhabite, payé et contrôlé par la Maison des Saoud, qui maintient le régime en phase avec les désirs et la politique des USA à travers les familles régnantes, le wahhabisme populaire couramment défini comme salafisme est militant et supporte une idéologie pan-islamique. Cette idéologie pan-islamique n’est pas nécessairement anti-occidentale, ni anti-orientale. Elle est plutôt axée sur un but précis : défendre les musulmans et leurs pays dans le sens le plus strict des interprétations islamiques de la charia.

Personne n’a enfourché le pouvoir idéologique militant du wahhabisme plus que les USA de Jimmy Carter et Zbignew Brzezinski. Avec la Maison des Saoud prête, pour de multiples raisons, à dépenser des milliards de dollars pour soutenir les buts US dans l’Afghanistan « envahie » par les soviétiques, Carter et Brzezinski ont transformé le wahhabisme, une religion uniquement concernée par l’interprétation stricte du Coran et son application dogmatique de l’islam, en une idéologie de guerre (djihad), afin de combattre les Russes athées. Quelque trente ans après que l’URSS eut quitté l’Afghanistan, une nouvelle équipe d’impérialistes US, les néocons sionistes et leurs dirigeants saoudiens, ont élargi les objectifs du wahhabisme afghan pour en faire un autre outil au but déclaré, et démontré par les événements, de désintégrer le système des Nations arabes. 9

L’opportunité qui amène à cette désintégration planifiée est le soi-disant Printemps arabe. A part les soulèvements tunisiens et égyptiens authentiques – ultérieurement subornés et renversés par l’Occident et l’Arabie saoudite – il n’est pas surprenant que les vagues successives violentes de ces printemps heurtent uniquement des pays arabes sélectionnés, Libye, Syrie et Yémen, qui ne sont pas subordonnés aux USA et à Israël. Et ce n’est pas tout, le militantisme wahhabite saoudien est sorti de son modèle afghan pour devenir une force multi-nationale dirigée spécifiquement contre les musulmans arabes. Ainsi, après 1 400 ans de conversion à l’islam, des musulmans arabes sont aujourd’hui accusés d’apostasie et de déviationnisme.

La raison pour laquelle nous ne voyons la bannière des wahhabites militants armés que dans ces pays arabes sélectionnés est l’évidence qui démontre leur usage politique et stratégique coordonné par les USA et l’Arabie saoudite. Cela pointe aussi vers cette conclusion raisonnée : parce que deux pays combattent pour des objectifs similaires en Syrie – le renversement de Bachar al-Assad par l’intermédiaire de groupes armés financés et entraînés par les deux, ainsi que pour finir à isoler le Hezbollah – ces objectifs les réunissent sur trois points :

Les USA (et Israël), ainsi que la Maison des Saoud, unissent leurs forces afin de réaliser les plans US de partition de l’Irak, de la Syrie, de la Libye et du Yémen.
Pour souligner le rôle des Saoudiens dans la réalisation de leurs plans, les USA diminuent leur pression sur eux, en encourageant leur désir de devenir un pouvoir militaire régional comme le prouve leur guerre d’agression contre le Yémen, publiquement justifiée comme défense contre une présumée invasion iranienne du Monde arabe. Mais la menace saoudienne envers l’Iran embrasse une cible plus large : détruire l’islam de l’intérieur en déclarant ouvertement que les musulmans chiites sont des apostats et des hérétiques. Ceci a radicalisé le conflit intérieur à l’islam et aux Nations arabes, divisant les musulmans en bons et mauvais selon les critères wahhabites, et a rendue acceptable la violence religieuse comme voie pour résoudre les problèmes politiques.
Le remodelage du Moyen-Orient ferait de l’Arabie saoudite le pivot d’une nouvelle alliance qui définirait l’avenir des Palestiniens et du Monde arabe. (Pour plus d’informations sur l’alliance émergente entre l’Arabie saoudite et Israël, lisez la note 10 (Pour une vue plus large concernant l’animosité des Saoudiens contre le chiisme, qui accessoirement est la foi officielle de l’Iran, lisez la note 11 et 12).

Si on porte attention à la manière dont les USA promeuvent les idéologies jihadistes douteuses, nous devons aussi mentionner qu’immédiatement après le 9/11 de nouveaux termes sont apparus et ont circulé massivement : islamique, djihad, islam radical, guerre sainte, etc. Nous ignorons qui édite le site Web du Washington’s Blog.com, mais l’article Sleeping With the Devil: How U.S. and Saudi Backing of Al Qaeda Led to 9/11, apporte des informations considérables sur la façon dont les USA utilisent les wahhabites saoudiens dans ces guerres. Plus d’informations peuvent être recherchées en ligne.

Alors que contrôler les masses arabes de l’intérieur, comme par exemple dans les royaumes du Golfe aujourd’hui renommés émirats, états ou royaumes, s’est avéré une méthode efficace, les contrôler par des moyens extérieurs est bien plus direct et violent et possède toutes les caractéristiques du colonialisme impérialiste classique. Comprendre le fonctionnement de ces politiques nous amène à saisir plus largement la signification de la violence en Syrie. En conséquence, nous devons porter la discussion vers une autre conclusion : le plan derrière la destruction systématique de la Syrie, de l’Irak, de la Libye et du Yémen, et la déstabilisation des États arabes, ne peut être isolé du plan général de démantèlement et de destruction du système nationaliste du Monde arabe. Et, bien que non arabe, l’Iran se situe dans ce méli-mélo en tant qu’un des pivots d’une dynamique qui sert à soutenir les buts impérialistes, diviser pour régner, à travers l’amplification et la diabolisation des différences confessionnelles.

A partir du moment où les Britanniques ont promis la Palestine au mouvement sioniste et où du pétrole a été découvert dans le sous-sol arabe, et si on considère la quasi homogénéité des sociétés arabes dans ces vastes contrées, mettre en place un plan afin de les maintenir sous un contrôle colonialiste occidental permanent est devenu un objectif. Dans ce plan, chacun des éléments suivants a son importance :

Prévenir toute tentative d’unité arabe afin d’affaiblir leur pouvoir collectif.
Attiser des conflits ethniques et sectaires comme moyen d’affaiblir leur pouvoir étatique.
Déstabiliser le système arabe à travers Israël.
Empêcher les Palestiniens d’accéder à des solutions favorables, en les opposant entre eux, afin de les maintenir dans les bras des Occidentaux.
Contrôler le pétrole et les autres ressources.

Ainsi au sujet de l’unité arabe, le plan existe depuis le pacte secret franco-britannique Sykes-Picot en 1916 pour diviser les provinces précédemment dominées par l’Empire ottoman… Pourtant, avec toutes les nations d’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord qui ont obtenu leur indépendance du colonialisme européen après les Première et Seconde Guerres mondiales, l’idée d’un nationalisme arabe avait survécu au plan occidental de partition en entités séparées et continuait d’être une force idéologique incontrôlable. En outre, l’unique catalyseur qui poussait les Arabes à trouver un terrain d’entente commun était leur déni de l’État sioniste européen israélien en Palestine arabe.
La violence impérialiste en Syrie [4/7]

La violence impérialiste en Syrie [5/7]

Quelle violence et pourquoi ?

Du point de vue américain, européen, et israélien, un système d’États arabes unis laisse présager un défi principalement sur trois points : la primauté de l’impérialisme, le sionisme, et l’anti-communisme, dans leur feuille de route géopolitique. Ceci expliquant pourquoi l’Occident a substantiellement adopté des politiques anti-arabes. Pour l’Occident impérialiste reconnaître l’émergence d’États arabes unifiés ou confédérés signifie devoir négocier avec la plus vaste entité politique au monde, installée sur un immense territoire excédant treize millions de kilomètres carrés allant du golfe Arabo-persique jusqu’à l’océan Atlantique et possédant la plus grande richesse que l’on puisse imaginer.

Nous verrons ensuite ce que les États-Unis et l’Occident préparent comme événements dans le Monde arabe afin les utiliser pour servir leurs objectifs cumulés

Pour ce qui concerne le planning à long terme des Américains, considérons la situation lorsque la Syrie et l’Égypte ont fusionné pour fonder la République Arabe Unie, en 1958. Allen Dulles, Chef de la CIA d’Eisenhower, déclarait lors d’un briefing au Conseil National de Sécurité des US en 1958 :

Les États-Unis comprennent que cette union entre la Syrie et l’Égypte pourrait être dangereuse pour leurs intérêts et que s’ils restent passifs elle pourrait s’étendre à la Jordanie et au Liban, et ensuite à l’Arabie saoudite et à l’Irak, nous laissant face à un état arabe unique clairement dirigé par Nasser mais finalement sous contrôle réel de l’Union soviétique… De ce point de vue, si nous voulons nous y opposer effectivement, nous devons le faire très rapidement… Il se pourrait qu’une partie de la Syrie souhaite faire sécession et rejoigne l’Irak. Si cela prenait sens, l’Irak pourrait suivre et compter sur un soutien des USA. 1

Par conséquent, nous voyons bien les États-Unis et l’Occident préparant des événements dans le monde arabe pour servir leurs objectifs globaux. Pour preuve citons, et sans ordre particulier : le viol sioniste de la Palestine, l’invasion US du Liban en coordination avec Camille Chamoun en 1958, l’organisation de frictions ethniques au sein des États arabes possédant d’importantes minorités ethniques, la guerre anglo-franco-israélienne en Égypte en 1956, le coup d’État baasiste organisé par la CIA contre Abdul Kareem Quacem en 1963, la guerre israélienne contre la Syrie, l’Égypte et la Jordanie en 1967, la guerre du roi Hussein contre l’OLP [Organisation de libération de la Palestine] en 1970, l’invasion par l’Irak de l’Iran et du Koweït, le traité israélo-égyptien, la guerre civile au Liban, la destruction de l’Irak en 1991 puis les treize années de sanctions contre ce pays, la guerre civile en Algérie, les événements suspects du 9/11, l’invasion US de l’Irak en 2003, la partition du Soudan, les dévastations de Gaza et du Liban par Israël, et la destruction de la Libye et du Yémen. Le tout n’étant qu’un chapitre de la longue route suivie pour démanteler et soumettre les Nations arabes.

Au travers de ces événements, les autres chapitres – après la Seconde Guerre mondiale – ont préparé le chemin pour les prochaines phases des futures boucheries américano-franco-israélo-européano-britannique contre les pays arabes.

Voyons comment cela a été rendu possible : les États arabes situés en Asie de l’Ouest – l’Irak, la Syrie, la Jordanie, le Liban, et la Palestine, aussi bien que les pays de la péninsule Arabique – ont vu leurs frontières internationales dessinées par les colons occidentaux britanniques et français. C’était une pratique courante du colonialisme occidental, il a ainsi divisé toute l’Afrique, l’Hémisphère occidental et quelques morceaux de l’Asie en colonies, États politiques, enclaves et protectorats. L’Histoire moderne de ce que l’Occident nomme le Moyen-Orient – plutôt que l’Arabie – afin d’installer un État colon européen au sein des pays arabes, ne peut être séparée du pétrole, d’Israël et de sa situation géostratégique en relation avec la compétition entre puissances.

Quand les objectifs initiaux de la Grande-Bretagne et de la France, de 1920 à 1950, en Arabie – actuellement le Moyen-Orient – et en Afrique du Nord ont rencontré les objectifs de l’impérialisme US en ascension après la Seconde Guerre mondiale, les résultats ont été dévastateurs, pour les Arabes en particulier, jusqu’à aujourd’hui. La terrible situation des Nations arabes à ce jour a été causée à des degrés divers par un Occident [leurs élites, NdT] sans vergogne, la fin justifiant les moyens, aussi bien que par leurs dirigeants despotiques et leurs régimes au cours du dernier siècle.

Nous pouvons préciser quelques-uns des objectif initiaux de l’impérialisme occidental dans le Monde arabe, ce sont :

Maintenir perpétuellement les pays arabes sous contrôle colonialiste ou impérialiste direct ou indirect.
Installer des bases militaires et des avant-postes pour des expansions impériales futures et pour le contrôle local.
Mettre en place un État sioniste en Palestine et l’utiliser comme un facteur déstabilisant.
Imposer des régimes sous mandat dans les pays producteurs de pétrole.
Contrôler le pétrole, le gaz et les autres ressources.
Garder l’argent du pétrole, les pétrodollars, dans les banques occidentales.
Recycler ces pétrodollars à travers un système de ventes d’armes sophistiquées.
Empêcher les masses arabes de se révolter contre le Système par la corruption de leurs dirigeants.
Employer la devise «diviser pour régner» comme moyen politique et physique de contrôle.
Organiser des affrontements ethniques et sectaires pour déstabiliser les systèmes politiques établis et détruire les progrès réalisés.
Détruire le projet d’unité arabe en promouvant le wahhabisme, les Frères musulmans, et le salafisme, ces mouvements et courants s’opposant de manière véhémente à la notion de Monde arabe [laïc et séculier], mais soutenant le concept de Nation islamique. (Note : les Frères musulmans et les wahhabites sont des formes de salafisme. Le salafisme peut exister uniquement comme idéologie religieuse mais pas en tant qu’islam, la religion fondée par Mahomet. Les discours sur les différences entre ces croyances vont au-delà du sujet de cette étude).

En écrivant sur la situation actuelle en Syrie, il est nécessaire de rappeler combien les événements de ces cent dernières années sont impliqués. Nous savons que la Syrie – et tous les pays arabes du Moyen-Orient – existe en tant qu’État moderne dans ses frontières actuelles parce qu’elle a été extraite de la pan-Arabie suite à un complot franco-britannique. L’accord Sikes-Picot est essentiel pour comprendre la façon dont les pays arabes et leurs peuples ont été divisés et contrôlés individuellement par divers pays occidentaux colonialistes. De même, n’oublions pas que cet accord fut conçu afin de créer un État sioniste en Palestine.

Nonobstant ce qui précède, considérant les objectifs mondiaux irrévocables de l’impérialisme US et de ses vassaux européens, l’accord Sykes-Picot, qui a divisé les provinces arabes de l’Empire ottoman, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. En quelques mots il démontre que les schémas impérialistes des Américains, des Britanniques et des Français pour diviser et conquérir se sont en permanence imbriqués dans leur façon idéologique d’agir. Pour conforter notre témoignage, quand les USA et leurs vassaux européens se sont préparés à attaquer l’Irak en 1991, suite à l’occupation du Koweït par ce dernier, des voix occidentales stridentes clamaient que l’Irak était un État artificiel inventé par les Anglais, et ceci bien que l’Irak ait existé en tant qu’État depuis environ 6 000 ans à travers différentes formes politiques. Mais la simple logique reste le fait que, État artificiel ou naturel, n’excuse aucunement son occupation criminelle.

Quand Tony Blair est venu à la rescousse des USA pour envahir l’Irak, les acteurs impérialistes en Europe et aux États-Unis ont rappelé l’esprit de Sykes-Picot. Voici comment la Grande-Bretagne a procédé : en parallèle à une charge furieuse contre Saddam qui aurait menacé l’Angleterre avec ses missiles balistiques, pouvant atteindre Londres en 45 minutes, un soi-disant expert, Christopher Catherwood, conseiller de Blair sur l’Irak, lui apporta alors une autre explication. Il alla jusqu’à affirmer, en très peu de mots, que tout cela découlait de la mauvaise appréciation de Winston Churchill lorsqu’il avait créé l’Irak et que sans cela tout ce qui est arrivé ne se serait jamais produit. 2

Si on regarde la stratégie du colonialisme impérialiste occidental nous pouvons comprendre comment Catherwood est arrivé à la conclusion que les événements qui ont conduit à envahir l’Irak étaient le résultat de la folie de Churchill plutôt que celui des plans préparés par l’Angleterre et les USA. En conclusion Catherwood, et des milliers comme lui, voulaient nous faire croire que les problèmes en Irak ne découlaient pas des plans impérialistes des néocons US mais étaient le fruit des caprices d’un premier ministre britannique qui aurait dessiné une nouvelle frontière administrative en découpant une province turque pour la mettre sous mandat britannique. 3

Nous pouvons témoigner de manière non équivoque que quoique Sykes et Picot aient pu imaginer, cela a été converti en prétexte pour la guerre et l’intervention ininterrompue en Arabie.

Il est à côté de la question de vouloir – comme le font les historiens, politiciens, commentateurs, bla-bla-teurs, et soi-disant experts, chaque fois que les impérialistes ciblent un pays arabe – en appeler immédiatement au contenu des accords Sykes-Picot, dans le but de favoriser la mise en œuvre de leurs schémas fondamentaux contre les victimes désignées. C’est ce qui est arrivé en Irak et en Libye. Ce dernier pays ne faisait pas partie de l’accord Sykes-Picot , mais après les bombardements de l’OTAN en Libye et le meurtre de Mouammar Kadhafi, les impérialistes occidentaux ont encore fait appel au modèle Sykes-Picot en déclarant que la Libye était composée de trois provinces que l’Italie avait réunies.

La Syrie n’est pas une exception. C’est pourquoi un modèle d’accord réinventé selon Sykes-Picot tendant à favoriser une partition est fréquemment proposé.

L’histoire de l’Europe et des USA dans les régions arabes est une histoire d’agressions, d’occupations colonialistes et d’invasions. Prenons par exemple l’importation d’Européens dans ce qui était soi-disant leur pays d’origine, en Palestine, sans rien demander aux populations indigènes et en rejetant totalement leur souveraineté. C’est ce à quoi les représentants des Nations Unies, une organisation défendant les intérêts des soi-disant vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, ont acquiescé en 1948.

Nous analysons la Syrie comme un chapitre d’une longue liste d’agressions occidentales, en particulier américaines, dans le monde. Il est instructif de rappeler qu’après la Seconde Guerre mondiale, les USA se sont embarqués dans une série d’agressions directes et de guerres en plusieurs endroits : Corée, Vietnam, Panama, Grenade, Irak, Afghanistan, etc. 4 L’Union soviétique elle aussi a été confrontée à des agressions en dehors de son territoire. Nous devons aussi nous rappeler que suite à la chute de l’URSS en 1991, la Russie s’était vu promettre par les officiels de l’administration US que l’Otan ne s’installerait jamais dans les ex-républiques soviétiques. 5. Les USA on renié leur parole et sont aujourd’hui devenus des expansionnistes invétérés.

Précisément, les USA ont un programme : remodeler la structure de l’ordre existant des nations indépendantes afin de créer un nouvel arrangement géopolitique favorable à leurs intérêts mondiaux. Ainsi il est clair que les USA ont un plan pour redessiner les frontières. 6

Les USA sont prêts à changer tel gouvernement ou tel régime sans aucun scrupule quant aux destructions ou aux violences qui en découlent. Les USA ont une prédilection à installer des dictateurs locaux : Mohamed Reza Pahlavi en Iran, Ngo Dinh Diem au Sud-Vietnam, Sygnman Rhee en Corée du Sud. Curieusement, au sujet de l’Irak, quand les USA ont échoué à installer leur marionnette Ahmed Chalabi, une autre marionnette, Ayad Allawi, a pris la place ; et quand il n’a plus pu se maintenir, d’autres collaborateurs sont entrés en scène.

Psychologiquement les changements de régime sont une fixation névropathe à travers laquelle les USA utilisent leur puissance militaire, directement ou par des intermédiaires, afin de mettre en place un autre régime. Récemment les USA ont été derrière les changements de régime en Afghanistan, en Haïti, en Irak et en Libye. Ensuite l’objectif s’est étendu jusqu’à l’Ukraine, une ancienne république soviétique et maintenant ils agrandissent et déplacent la menace vers la Russie et la Chine. Dans ce jeu criminel pour devenir le gendarme unique des nations arabes et du monde, les USA ont utilisé des meurtriers de tous acabits, inventé de faux groupes islamiques afin de discréditer les musulmans, et importé des mercenaires en tant qu’acteurs locaux [comme la ministre des finances de l’Ukraine, Natalie Jaresko, de nationalité américaine, naturalisée en toute hâte, NdT].

Comme indiqué, la Syrie est un pion géopolitique sérieux sur le chemin de la construction d’un Empire américain durable. En plus, la Syrie, est opposée à l’État sioniste. Elle a des rapports avec le Mouvement de résistance libanais Hezbollah, avec l’Irak – qui malgré son insertion dans l’orbite US, garde de bonnes relations avec l’Iran, ce qui influe sur sa cohabitation avec les USA – aussi bien qu’elle a elle-même [la Syrie] des relations avec l’Iran qui, pour des raisons politiques et idéologiques, s’oppose aux USA et à Israël. Si la Syrie tombait devant l’impérialisme occidental, il est très vraisemblable qu’un large encerclement de la Russie serait facilité, en même temps que le contrôle des oléoducs et des énergies fossiles. Tout cela au détriment de l’économie de la Russie, non au moyen d’une compétition économique ouverte, mais de manière militariste. Nous laisserons la Chine hors du discours, bien qu’il soit important de dire qu’elle est aussi encerclée et menacée.

A ce point, quels sont les intérêts des USA, d’Israël, de l’Angleterre, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar en lançant cette guerre d’agression combinée contre la Syrie ?

Les États-Unis et la violence en Syrie

Si quelqu’un désire savoir ce que les impérialistes US pensent à un moment donné, le moyen le plus rapide est de lire leurs médias spécialisés. En 2013, Robin Wright, une éditorialiste de la voix non officielle du sionisme américain, le New York Times, rejoint la bataille de la partition de nombreux États arabes dans cet article : Imagining a Remapped Middle East, et y ajoute une grande carte : (How 5 Countries Could Become 14) avec des notes détaillant les arguments ressassés proposés par l’historien sioniste Bernard Lewis, et par Ralph Peters, un essayiste et commentateur militariste enragé sur l’Irak et les affaires arabes.

Dans l’article mentionné ci-dessus, Wright présente sa version de la carte de Peter avec une indépassable clarté impérialiste. Elle écrit : «Une nouvelle carte pourrait être un changement de situation stratégique pour à peu près tout le monde, reconfigurant les alliances, les défis pour la sécurité, le commerce et les flux énergétiques pour le monde entier.» En fait, dans le confort de son bureau de New-York, cette sioniste décrète, comme Peters, que des millions de Syriens devraient devenir des pions sur l’échiquier impérialiste, mis de côté, et il est clair que la recherche de l’échec et mat implique un génocide, tout ça au nom de la reconfiguration des alliances – entre qui et qui ? – de la sécurisation des antagonismes – sécurité pour qui ? – du commerce et de l’énergie pour la majorité du monde – mais cela peut-il être réalisé sans changer les frontières et sans assassiner au préalable 250 000 Syriens et plus de 2 millions d’Irakiens ?

Examinons la carte de Wright. De manière notable, elle en rajoute sur la carte de Peters, en proposant la partition de l’Arabie saoudite en cinq États, plutôt qu’en quatre, comme Peters. (Regardez la Carte de Wright, comparée à celle de Peters, et comparez là à la carte imaginée par Oded Yinon en 1982 afin de reprendre l’idée de Théodor Herzl d’un Grand Israël sur les terres arabes.)
Carte du Grand Israël de Oded Yinon

Pourquoi les Saoudiens, les alliés favoris des Américains après Israël, sont-ils la première cible désignée par la carte ?

La réponse est simple : avec l’Irak et la Syrie ayant perdu toute influence sur la scène arabe, l’Arabie saoudite, riche en pétrole, est facilement malléable aux souhaits américains. Une analyse attentive des articles de Peters et de Wright et les cartes annexes pourraient envoyer, pour le compte des USA, un message 7 spécifique qui signifierait une menace sérieuse : le Royaume saoudien pourrait être dépecé si ces derniers ne se pliaient pas aux objectifs américains en Syrie et connaître un sort identique à celui de la Libye. Dans la sphère publique, il y a un silence total de la Maison des Saoud sur la proposition de partition de leur pays. Dans la mesure où les USA nomment l’Arabie saoudite leur alliée, pourquoi verraient-il une utilité à divulguer des plans pour la faire éclater ? Et pourquoi partitionner un pays homogène, malgré ses différences confessionnelles, et qui est resté stable depuis sa fondation en 1932 ?

Alors que les dirigeants saoudiens restent impassibles devant le plan de Peters, la Turquie réagit avec colère, et les USA répondent avec une dénégation typique de la carte de Peters. Dans son éditorial : Carved-up Map of Turkey at NATO Prompts US Apology, le quotidien turc, Today Zaman écrit : «Le Département d’État des USA a assuré à Ankara que cette carte ne reflétait pas la vision officielle des États-Unis, et il la dénonce comme inacceptable.» Pour un Département habitué au mensonge, le stratagème est évident : «Ne reflète pas la vision officielle américaine», disent les Américains. Pourquoi s’excuser pour une chose dans laquelle vous n’êtes pour rien ? Et neuf ans après les excuses grotesques, la partition en cours de l’Irak et le plan avorté de partition de la Syrie donnent de la crédibilité à Peters et Wright lorsqu’ils disent que les médias sont les porte-paroles de ce qui se mijote dans la marmite de l’impérialisme US. L’histoire est simple : suivant sa tradition, l’impérialisme US envoie des ballons d’essai avant de mettre en place ses stratégies.

En plus, si on compare la carte de Wright à celle de Peters, nous notons que celle de Wright se focalise uniquement sur les Pays arabes – Irak, Syrie, Arabie saoudite et Syrie – diminue la surface de la Jordanie, augmente celle des zones kurdes prises sur la Syrie et l’Irak, et ainsi que nous le précisions, augmente l’éclatement de l’Arabie saoudite de quatre à cinq États. Wright assume le cynisme de l’impérialisme américano-sioniste. En lisant cette carte, nous ne pouvons pas faire autrement que de voir qu’elle utilise le suffixe ourdou-persan stan [qui signifie endroit ou pays], pour renommer la partition arabe. Elle appelle les régions des Arabes musulmans chiites, Chiistan, et celles des Arabes sunnites censés adhérer collectivement au wahhabisme Wahhabistan ; on peut lire aussi Sunnistan ou Alaouistan.

Si on regarde et lit les commentaires sur cette redistribution des peuples et des terres, une question nécessaire émerge : de quelle autorité se prévalent une journaliste et un ancien officier pour décider de redessiner une carte et diviser des pays ? La réponse est pragmatique et basée sur notre connaissance de la manière dont l’État impérialisme fonctionne : l’ordre de diviser les pays arabes vient d’un groupe de décideurs mettant au point leurs buts et leur organisation.

En conséquence, Wright et Peters sont les porte-paroles du Système impérialiste américain et de ses élites gouvernantes. À la différence de Peters, Wright propose la partition de la Syrie, ainsi que l’établissement d’un État kurde, mais il exclut le territoire turc qui comprend une majorité de Kurdes. La raison est facile à deviner. Les USA ne veulent pas s’opposer à la Turquie pour le moment. Ceci explique que la Turquie soit prête aujourd’hui à reconnaître un État kurde en Irak, mais seulement en échange d’une promesse des USA de ne pas donner une part de son territoire à l’État kurde envisagé en Irak.

Le grand scénario géopolitique est le suivant : avec un État kurde imposé en Irak et en Syrie, et avec une Syrie sous contrôle, les USA pourront ordonner au Qatar d’installer leur gazoduc jusqu’à la Méditerranée dans le but d’évincer le gaz russe du marché européen. Au départ – avant l’intervention russe – si la Syrie avait disparu en tant qu’État cohérent et indépendant, les USA auraient pu finaliser leur assaut massif contre la résistance arabe envers Israël, (i.e., la Palestine historique sous occupation sioniste), facilitant ainsi le contrôle du monde arabe… La Syrie, dans tout cela, n’étant qu’une partie d’une autre étape dans les calculs des USA et d’Israël vers une hégémonie globale.

En conclusion, quel que soit son système politique, la Syrie reste le seul État arabe qui maintient le nationalisme arabe, l’indépendance, et la résistance, contre l’impérialisme des USA et d’Israël. Si la Syrie vient à tomber, les aspirations arabes vers une émancipation du contrôle impérialiste mourront probablement pour longtemps. Les tentatives des USA de démembrement de la Syrie visent plusieurs buts : 1/ Supprimer la Syrie en tant que danger pour Israël. 2/ Isoler le Hezbollah et préparer son élimination. 3/ Capter une partie du territoire syrien et en faire une extension d’un État kurde potentiel en Irak 8 4/ Transformer la Syrie en une station de transit pour le pétrole des champs irakiens et syriens, et 5/ Permettre au Qatar d’y faire passer son gazoduc.

Israël et la violence en Syrie.

Discourir sur Israël dans le Moyen-Orient demande une analyse séparée. Avec la disparition de la Syrie comme état centralisé, Israël a vocation à devenir le maître de la région. Il annexera de manière permanente les hauteurs du Golan syriens – déjà annexées en 1981. Plus important, si la Syrie tombe la Résistance libanaise sera mise en danger, et la question de l’occupation judéo-sioniste de la Palestine sera réglée selon les vœux d’Israël 9

L’Europe et la violence en Syrie – particulièrement la Grande-Bretagne et la France

L’Europe capitaliste présente deux aspects pathétiques : sa soumission aux USA, et une appétit féroce pour partager les dépouilles de la guerre et les contrats commerciaux avec une nouvelle Syrie – comme ils l’ont fait en Libye et en Irak – sous la protection américaine. Il nous faut mentionner que les régions de l’Est de la Syrie possèdent des gisements de pétrole qui peuvent rivaliser avec ceux d’Irak et du Koweït combinés. 10

La Turquie et la violence en Syrie

Recep Erdogan et les Frères musulmans ont trois objectifs : 1/ Ranimer la prétention de l’Empire ottoman sur la province d’Alep 11. 2/ Raviver la posture impérialiste ottomane envers les états arabes qu’elle a dirigés durant plus de quatre siècles 12 3/ Voir les Frères musulmans au pouvoir partout afin d’imposer le modèle islamiste inventé par son Parti de la Justice et de la Liberté, encouragé par les USA pour lesquels il représente un modèle de soumission aux thèmes religieux qui correspond aux desseins de Washington 13

Pour rappel, quand Assad a rejeté sa proposition de partager le pouvoir en compagnie des Frères musulmans syriens, Erdogan s’est retourné contre lui. Avant cela, pour reprendre son slogan «Zero problème avec les voisins», les relations entre la Syrie et la Turquie étaient au beau fixe 14 . En fait, les ambitions d’Erdogan montrent peu de retenue alors que la Turquie provoque aujourd’hui la puissance russe, quelque chose d’incroyablement stupide, sauf si c’est réalisé sous le couvert de l’OTAN.

La Jordanie et la violence en Syrie

La monarchie jordanienne a un seul but : survivre en tant que monarchie. Pour cela, cependant, il pense qu’il faut rassurer les Britanniques, Israël, et les États-Unis avant tous les autres. Cela signifie que les monarques jordaniens doivent faire ce qu’on leur demande. En outre si Israël est le parangon d’un régime parasite, la Jordanie est le modèle d’un régime opportuniste écœurant. En bref, la Jordanie travaillera pour qui la paie. Depuis les premiers jours du conflit en Syrie, le roi de Jordanie a changé de positions sans arrêt. Cependant il est toujours du côté des Britanniques et des USA lorsqu’il est contraint de prendre parti. Quand les USA ont envahi l’Irak en 2003, les forces d’invasion venaient de Jordanie. Et ceci malgré le fait que durant la guerre Iran/Irak, l’Irak approvisionnait gratuitement la Jordanie en pétrole, sans mentionner les 12 milliards de dollars investis dans le port d’Aqaba. La Jordanie a fourni un soutien massif aux forces du Front anti-syrien en aidant à leur entraînement militaire et en facilitant le passage des groupes armés et des armes.

L’Arabie saoudite et la violence en Syrie

La violence de l’Arabie saoudite en Syrie a une origine complexe. Il n’y a aucune raisons spécifique ni intérêt nationale urgent pour que l’Arabie saoudite soit devenue un acteur dans la destruction de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, et maintenant du Yémen. Aussi quelles sont donc les explications à la violence saoudienne et aux destructions infligées à la Syrie ? 1/ Pour être admise comme une indispensable alliée des USA. 2/ Pour détruire ce qui reste du concept de nationalisme arabe qui, il y a encore peu de temps, était une force majeure qui s’opposait aux Saoud et à leurs efforts pour déstabiliser les régimes arabes progressistes. 3/ La rhétorique saoudienne de lutter contre l’Iran en Syrie est ridicule et son discours irrationnel contre les Arabes alaouites, en raison du mélange des chiites et des sunnites, est aussi criminel que pathétique. Le fait est qu’ils désirent la tête de Bachar al-Assad parce que pendant l’agression israélienne contre Gaza en 2008, il les a insultés en les qualifiant de sous-hommes. L’Arabie saoudite s’est servie de ce prétexte comme d’un moyen pour inciter la Syrie à couper ses relations avec l’Iran et le Hezbollah.

De nombreuses causes ont provoquée l’hostilité ouverte entre l’Arabie saoudite et la Syrie. Les principales à ce sujet : 1/ L’Iran est reconnu comme un État nucléaire et vient de sortir du régime des sanctions ce qui lui permet d’entrer en compétition avec le pétrole saoudien sur le marché international. Cela signifie aussi plus de fonds pour la Syrie et au Hezbollah. 2/ La dépendance de la Syrie envers l’Iran contre une agression israélienne. 3/ Les liens de la Syrie avec le Hezbollah, qui reçoit de l’assistance de l’Iran en tant qu’allié anti-israélien. 4/ Le refus de la Syrie d’aligner sa politique régionale en Irak et au Liban avec celle de l’Arabie saoudite. 5/ En disséminant l’idéologie wahhabite, l’Arabie saoudite recherche l’hégémonie sur les pays arabes et les pays musulmans qui comprennent entre autres la Syrie. 6/ L’animosité saoudienne intense envers la Syrie est ancienne. Elle a débuté quand la Syrie a refusé de soutenir la guerre de l’Irak contre l’Iran. Ceci a eu une conséquence pour les Saoudiens dogmatiques : «Les amis de mes ennemis sont mes ennemis.» En plus, l’animosité envers la Syrie – où les sunnites contrôlent la vie économique alors que les élites alaouites contrôlent la vie politique en particulier – et l’Iran, à prédominance chiite, n’est pas due à un antagonisme sunnite/chiite ainsi que l’Occident aime à le répéter constamment. C’est plutôt dû à l’appel de l’Iran, après la Révolution iranienne de 1979, au peuple musulman d’Arabie saoudite de se dresser contre la famille régnante saoudienne pro-américaine et corrompue. 7/ L’Arabie saoudite a participé activement au démembrement de l’Irak et elle désire partitionner la Syrie pour parvenir à ses propres fins, affaiblir ses voisins trop puissants, et servir les buts hégémoniques des USA.

Le Qatar et la violence en Syrie

Premièrement, le Qatar est le porte-parole non officiel de la politique US dans le monde arabe. Deuxièmement, du point de vue des valeurs stratégiques ou militaires, et en excluant le prétexte du gaz, le minuscule Qatar – en gros 11 400 km2, une population de 278 000 personnes – pourrait sembler représenter une infime importance locale ou internationale. Nous ne désirons pas discriminer un pays en raison de la taille de son territoire ou de sa population, mais sur l’échiquier des relations internationales, le mini-Qatar devrait cesser de se prendre pour un géant simplement parce que ses dirigeants sont des milliardaires. Le fait est que le Qatar, un malheureux pion dans les mains des USA, parle et agit sans retenue en raison du fait que les USA ont installé leur CENTCOM [Quartier général militaire] pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie centrale sur son territoire. Enlevez-lui le gaz, fermez les officines de propagande du régime (le réseau Aljezeera), et le Qatar pourrait ne plus rien représenter sinon l’image d’un machisme idiot.

Récemment, un ministre des Affaires étrangères qatari, Khalid al-Attiya a fulminé qu’il fallait renverser Assad par la force ou la diplomatie. Alors ? Qui donc fera partir Assad : lui et les Forces armées du Qatar, ISIS, ou l’Arabie saoudite ?

Les motifs de la querelle entre le Qatar et la Syrie sont bien connus. Premièrement, la Syrie a refusé une proposition qatari de permettre au gaz de transiter à travers son territoire en échange pour la Syrie d’une cessation de ses relations avec l’Iran et le Hezbollah. Deuxièmement, la Syrie a refusé aux Qataris leur demande à Bachar de permettre aux Frères musulmans d’avoir une représentation politique en Syrie. Alors qu’une discussion publique est préférable, les étroites relations entre les USA et les Frères musulmans de Yusuf al-Quaradawi sont derrière cette situation. Par définition ce qui convient à l’Arabie saoudite, par rapport à la Syrie, convient au Qatar. Avec la différence que l’Arabie saoudite, selon les experts, est armée pour mener une guerre par procuration pour le compte des USA, alors que le Qatar n’est qu’un exécutant empressé de la politique américaine. Ainsi, au sujet du sort des Frères musulmans en Syrie, il s’agit uniquement d’une fragile motivation étant donné que la famille régnante qatari et son pays n’adhèrent ni à leur idéologie ni à leurs actes. Ils s’en servent uniquement en coordination avec les Américains.

Kim Petersen est un ancien éditorialiste de la newsletter de « Dissident Voice ». On peut le joindre à kimohp@inbox.com

Articles suivants :

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La violence impérialiste en Syrie [5/7]

La violence impérialiste en Syrie partie [6/7]

Les Russes : Chevalier Blanc ou Puissance interventionniste ?
Par Kim Petersen et B. J. Sabri – Le 16 janvier 2016 – Source ICH

«Il est remarquable que le seul gouvernement à objecter sur le fond de nos initiatives soit celui des États-Unis d’Amérique qui, depuis de nombreuses années, glacé dans un isolationnisme complet, tente de stopper les efforts successifs de la Communauté internationale pour prévenir une course à l’armement dans l’espace.»¹ – Déclaration du Ministre des Affaires étrangères russe sur la résolution figeant le premier déploiement d’armes dans l’espace, approuvée par l’Assemblée générale de l’ONU le 8 décembre 2015.

En dépit des quatre années d’engagement actif des USA dans tous les aspects du conflit syrien, l’intervention directe de la Russie en Syrie vient tout juste de commencer (le 30 septembre 2015). Il est essentiel de distinguer que cette intervention se situe pleinement dans le cadre de la législation internationale : contrairement aux bombardements illégaux des USA en Syrie, contrairement aux manigances d’États tels que la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar, qui y opèrent en contravention avec les accords internationaux entre États souverains, la Russie a été invitée par le gouvernement légitime de Syrie à la soutenir dans son combat contre les mercenaires.

Même si nous désirions débattre du fait que les USA, Israël et l’Arabie Saoudite n’ont pas été invités à venir aider, ce serait le comble du ridicule : un régime demandant aux États qui tentent de le renverser de l’aider ? La dernière nouvelle est qu’Obama enverrait des militaires US sur le sol syrien contre le désir de cette nation souveraine. Imaginez la réponse qui serait celle du régime US si, par exemple, en solidarité avec le mouvement Black Live Matter, l’Afrique envoyait unilatéralement des troupes sur le sol des USA afin de protéger la vie des Afro-américains.

Il est également important de noter que si le régime US et ses outils anti-Assad n’avaient pas participé directement à l’agression contre la Syrie, il n’y aurait probablement pas eu d’implication de la Russie ; les Russes auraient préféré que les Syriens parviennent à régler le problème par eux-mêmes. Logiquement, quels que soient les reproches concernant les dégâts résultant de l’implication des Russes, cela doit être automatiquement attribué à la coalition anti-régime syrien : c’est la loi de l’action/réaction. Finalement, nous pouvons constater que la responsabilité ultime de la mort de ceux qui tombent en Syrie revient exclusivement à ceux qui ont instauré la violence en premier lieu.

Au sujet de la Russie, on pourrait argumenter que depuis l’époque de Gorbatchev jusqu’au renversement du gouvernement légitime ukrainien par la CIA et ses opérateurs ukrainiens, la Russie a laissé le monde subir des dommages en raison de sa passivité à l’égard de l’expansion impérialiste américaine. L’auteur comprend ce qui s’est passé et réalise les contraintes posées à la Russie lors des années Eltsine. Mais lorsque le danger impérialiste a côtoyé ses frontières, la Russie a réagi. Pour rester honnête, nous ne pouvons pas en demander trop à la Russie – tous les pays qui sont menacés par l’évolution des USA vers un Empire totalitaire doivent aussi prendre leurs responsabilités – et nous ne pouvons pas blâmer la Russie pour les trahisons de Gorbatchev et de Eltsine. Mais nous pouvons la blâmer d’avoir consenti, au cours du premier mandat de Poutine, à l’occupation conjointe de l’Irak par les USA et la Grande-Bretagne, après s’être faiblement opposée à l’invasion planifiée de 2003. Nous sommes de même extrêmement critiques à l’égard du consentement russe – sous le deuxième mandat de Poutine – à la résolution N° 2216 de l’ONU, qui a avalisé l’agression américano-saoudienne contre le Yémen. Une agression qui a tué plusieurs milliers de Yéménites et détruit la majorité du pays. Nous avons d’autre problèmes avec la politique russe, mais cela ne fait pas partie du sujet.

Donc, de notre point de vue, en tant qu’opposants inflexibles à l’impérialisme américain, nous sommes convaincus que l’intervention de la Russie aux côtés du gouvernement syrien offre une grande chance de stopper finalement les USA dans leur menace globale, en faisant obstacle à leur volonté d’hégémonie mondiale. Qu’est-ce que la Russie était donc supposée faire ? Attendre que les USA et leurs alliés anti-Assad, finissent de renverser le gouvernement à Damas et fassent mouvement vers ses frontières ? Après tout, qu’est-ce qui peut être plus dictatorial que des étrangers décidant, par des moyens militaires, qui doit gouverner une nation souveraine ?

L’intervention de la Russie peut aussi être vue sous un autre angle. Elle met en évidence le jeu géopolitique cruel que les États-Unis ont joué en Irak et en Syrie auprès de ceux qui comprennent qu’ils n’ont jamais bombardé des pays pour en chasser de soi-disant terroristes islamistes. Des évidences énormes prouvent le contraire. Il ne pouvait en être autrement : les USA ont fondé, armé et entraîné ces pseudo–États, et ils veulent par tous les moyens déstabiliser et briser tous les États arabes.

De lourds soupçons planent sur la conduite des USA par rapport à État islamique (EI) conduisant à une conclusion inavouable : EI est une entreprise multinationale que les USA, l’Occident, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar ont créée, financée et armée afin de combattre les gouvernements d’Irak et de Syrie pour atteindre des objectifs prédéfinis. Par exemple, quand EI a émergé en tant que puissance militaire et a fait mouvement de l’Irak vers la Syrie, les USA n’ont rien fait pour l’en empêcher. Et quand il a déplacé ses convois pour occuper la ville de Mossoul, puis est descendu dans le sud pour occuper la ville de Baiji, qui héberge les plus grandes raffineries irakiennes de pétrole, les USA et leurs vassaux se sont contentés de diffuser l’information. Et lorsque EI a occupé Ramadi, la seule réaction venue des USA et de leurs soutiens régionaux a été d’accuser l’armée irakienne, entraînée par les Américains eux-mêmes, d’incompétence. Et quand EI est arrivé aux portes de Bagdad, les USA & Co ne parlaient que de sa chute imminente.

Quelque chose a mis un coup de frein brutal à cette suite d’événements. En Irak, EI a détruit les zones yézidis et déplacé ses convois de Toyota vers Erbil – que les Kurdes considèrent comme leur cité historique – et ont confisqué la cité pétrolière multiethnique de Kirkouk – que les Kurdes voient comme leur future capitale. En Syrie, EI est entré dans Ain-al-Arab, (Kobane), en coupant la continuité territoriale entre les Kurdes syriens et les Kurdes irakiens. À ce moment-là, les USA, l’Occident, les volontaires européens et les Kurdes ont coordonné leurs moyens afin de repousser EI hors de Kirkouk, Erbil et Kobane. Malgré tout, aucune action n’a été décidée pour le repousser des territoires et des villes occupées en Irak et en Syrie.

Cela n’a pu se faire que volontairement. En fait, depuis que les USA ont commencé les bombardements sur EI retranché près de Kirkouk et Erbil, les Kurdes, qui revendiquent Kirkouk depuis l’invasion US de l’Irak en 2003, ont déplacé leurs forces peshmergas afin d’occuper immédiatement la cité. À ce moment-là, le gouvernement de Bagdad, lui-même un valet de Washington, a déclarée illégale l’occupation de Kirkouk et a promis de la reprendre après en avoir terminé avec EI.

Ce qu’on peut conclure de tout ceci est fort simple : EI en s’emparant de territoires en Turquie et en Syrie a entravé le plan US de création d’un état kurde s’étendant de l’Irak à la Méditerranée, passant ainsi une ligne rouge. Ceci explique le soutien turc à EI contre les séparatistes kurdes, appuyé par le soutien saoudien à EI sous prétexte de combattre l’Iran en Irak et en Syrie. Et quand les Kurdes ont déclaré que tous les territoires qu’ils ont libérés de l’emprise d’EI deviendront des territoires kurdes – comme lorsqu’ils ont pris les villes multiethniques de Duhok et Sinjar avec le soutien aérien des USA –, on ne peut que conclure qu’EI est un artefact créé par l’Occident et les puissances régionales afin de faciliter la partition des États arabes en Asie de l’Ouest. Les Kurdes ne devraient pas s’en réjouir. L’histoire de l’impérialisme et du colonialisme montre que l’Occident ne se soucie pas des aspirations nationales des Kurdes. Le but est de créer un État kurde inféodé aux objectifs des Américains et des Israéliens. Et les Kurdes sont tombés dans le piège. (Parler de l’avenir des Kurdes va au delà de cette analyse.)

Récapitulons la stratégie d’EI contre les zones arabes, kurdes, assyriennes et yézidis en Irak et en Syrie : bien qu’État islamique soit une création américaine (et saoudienne), il a fourni aux USA des motifs rationnels pour intervenir massivement en Irak et en Syrie. Les mouvements et les agressions d’EI suggèrent une chose ou deux : ou bien il a développé un programme séparé, ou bien il suit les ordres des Américains dans le but de maîtriser l’avancée des Kurdes. Finalement, les raisons des USA pour laisser EI survivre et s’étendre malgré les bombardements surfaits et les mascarades publiques, sont tout aussi évidentes : les États-Unis et Israël désirent créer un État kurde installé sur les territoires de l’Irak, de la Turquie et de l’Iran² ; et EI est un des moyens pour y parvenir.

Les Kurdes et EI sont-ils ennemis ? Beaucoup de preuves attestent que ce n’était pas le cas lorsque EI occupait uniquement Mossoul. En fait, dés que Mossoul est tombée devant EI et que la faiblesse du gouvernement central de Bagdad est devenue visible, cela a donné l’occasion aux Kurdes d’occuper immédiatement Kirkouk – avec sa population arabe, kurde, turkmène, assyrienne et arménienne – que les Kurdes avaient revendiquée comme leur possession depuis l’invasion américaine de l’Irak. Ceci est conforté par le fait que lorsque EI a attaqué Ain Al-Arab, une ville syrienne peuplée d’une majorité de Kurdes, les Kurdes irakiens ont pénétré en Syrie pour les combattre.³ On peut supposer que les USA ont effectivement coordonné EI afin d’exécuter la tâche stratégique de créer de facto un État kurde expansionniste.

Par dessus tout, la stratégie étasunienne se dévoile ainsi :

1. Maintenir un État islamique viable en Irak afin de harasser le gouvernement irakien – lui-même sous contrôle US – par des intimidations pour qu’il accède aux demandes kurdes de scission pour former un État indépendant.

2. Maintenir un EI fort en Syrie pour aider à renverser le gouvernement Assad.

3. Maintenir la propagande au sujet de l’existence d’un État islamique réel et installé durablement afin de justifier l’intervention militaire prolongée des Occidentaux.

4. Poursuivre la stratégie actuelle pour maintenir la région (à l’exception d’Israël) sous pression et en instabilité permanente.

Réfléchissons : comment pourrait-on comprendre le fait qu’EI semble plus soucieux de combattre les musulmans arabes que de combattre les juifs sionistes américains ou les intérêts américains ? Qu’est-ce qui motive cette rage de ré-islamisation des Arabes, alors qu’ils sont musulmans depuis environ 1 500 ans, sinon que cette ligne a été imaginée par Washington et Tel Aviv pour discréditer les musulmans et préparer la place pour la conquête finale ? Que doit-on faire d’une organisation qui n’a aucun programme sur rien, excepté celui d’obliger les peuples à vénérer un mode de vie wahhabite répressif et régressif ? Cela ressemble à un plan prémédité de destruction de la civilisation arabe musulmane.

En gardant les arguments qui précèdent en tête et en les liant à l’intervention russe en Syrie, nous voyons celle-ci sous un angle positif. À la différence de tous les autres interlopes non-invités, la Russie est intervenue au bénéfice de la Syrie et de son gouvernement légitime. Cependant c’est la guerre, et la guerre cause des pertes, y compris chez les civils. Pourtant, depuis qu’il est devenu clair que l’intervention de la Russie pour éradiquer la violence contrôlée par l’Occident était déterminée, de fausses sources sont apparues pour jeter le doute sur le rôle russe, y compris l’accuser de provoquer plus de morts civiles que celles causées par les USA et leurs alliés terroristes. Parce que nous soutenons l’intervention de la Russie pour mettre fin à la violence en Syrie, ainsi que nous le faisons aujourd’hui, quelque-uns pourraient penser que nous désirons défendre la Russie. Ce n’est pas le cas. Une enquête équilibrée suppose que lorsque la propagande et la désinformation contredisent les faits, nous devons le révéler.

Une de ces sources douteuses est airwars.org. Ce site fait état de «104 incidents concernant la Syrie dans lesquels les avions russes seraient supposés avoir tué entre 528 et 730 non-combattants.»pow(4) La crédibilité de ce qu’on rapporte ne s’améliore pas : «Le nombre de bombardements aériens russes occasionnant la mort de non-combattants a tendance a être exagéré». Ceci étant contredit un peu plus loin : «Même ainsi, les déclarations crédibles sur le chiffre des décès de civils infligés par les Forces aériennes russes sont douloureusement élevées.»

Un certain nombre de questions surgissent à propos de ces sources. Pour commencer, que signifie, par exemple, «reporté de façon crédible», et qui juge de sa signification ? Quelle est la différence entre une allégation crédible et un fait ? Ensuite, pourquoi il y a t-il autant de phrases imprécises telles que «aux environs», «un peu plus de» ? Qui détermine la valeur de ces «environs» et de ce «un peu plus de» ? Enfin, qui est donc Airwars.org ?

De la source même du site : «Airwars.org est un projet transparent coopératif, non lucratif, destiné à la fois à suivre et à archiver la guerre internationale contre État islamique, à la fois en Irak et en Syrie. Avec une douzaine de pays qui bombardent (en parallèle avec les force aériennes de Syrie, d’Irak et d’Iran), il y a un intérêt public pressant qui demande un suivi indépendant et digne de foi.» Les rapports de airwars.org «sont largement repris de sources militaires américaines et alliées. En plus de suivre les bombardements, nous devons aussi diffuser – et si possible vérifier – les allégations crédibles de pertes civiles».

Crédibles ? Quelle peut bien être la crédibilité de l’information distribuée par les USA et leurs alliés ?

Et malgré tout, même si celui qui écrit ici pouvait accepter de bon gré ce qui est rapporté par les propagandistes US, cela ne change pas le fond de nos arguments : malheureusement, en temps de guerre, il y a des pertes civiles. Et les pertes survenues après l’entrée en scène de la Russie contre la violence en Syrie doivent être pesées par rapport aux 250 000 victimes assassinées avant que la Russie n’entre en scène. Toutes les morts attribuées à la guerre aérienne russe contre les groupes armés violents doivent être comparées à celles qui ont été évitées par l’entrée en jeu de la Russie. Oui, le matériel de guerre russe cause des pertes civiles, mais comment peut-on calculer le nombre de civils qui ont échappé à la mort des mains des mercenaires et autres assassins ?

Bien plus, nous disons que toutes les morts depuis l’intervention russe sont à porter au compte des USA, des États du Golfe, de la Turquie et des autres mercenaires et terroristes soutenus par l’Occident. Si ces forces n’avaient pas envahi l’Irak et la Syrie et n’avaient pas trouvé protection en Turquie et en Jordanie, les bombardiers russes ne seraient pas là aujourd’hui.

Pour conclure notre analyse sur la Russie, celle-ci, bien qu’elle soit entrée en guerre aux côtés du gouvernement légitime, n’a jamais annoncé aucune stratégie ou objectif à long terme en Syrie, sinon d’appuyer un membre légitime de l’ONU afin qu’il ne soit pas renversé par des mercenaires soutenus par les Saoudiens et les Américains. En conséquence les impérialistes occidentaux et leurs médias aux ordres n’ont aucun motif moral ou légal de critiquer la Russie.
La violence impérialiste en Syrie partie [6/7]

La violence impérialiste en Syrie partie [7/7]

La gauche face à la violence

«Vous ne pouvez pas préparer simultanément la paix et la guerre.» Albert Einstein¹

Par Kim Petersen et B. J. Sabri – Le 17 janvier 2016 – Source ICH

Quand nous discutons de la violence dans le contexte d’une lutte mortelle entre ou au sein des États-nations, nous devons prendre en compte deux facteurs qui la provoquent. On suppose que toute personne décente doit rejeter l’assassinat des enfants, des femmes, des vieux et des civils de tous âges, n’importe où. Pourtant, nos ressentiments, nos analyses, nos critiques devraient être directement dirigés, en premier lieu, vers tous les gouvernements dont l’engagement dans l’impérialisme, la guerre et le meurtre créent des tragédies et les alimentent. Pouvons-nous tous agir pour arrêter le bain de sang en Syrie et ailleurs ? L’humanité a-t-elle une chance de stopper ce que nos gouvernements sont en train de faire, en notre nom ?


Finalement, plutôt que d’évoquer inutilement la rhétorique gauchiste, quelle que soit la manière de s’accorder sur la signification des mots, des actions audacieuses sont nécessaires pour arrêter l’assaut meurtrier de l’hyper-empire américain, et la Russie doit être saluée pour avoir le courage de se dresser face à cet empire.

Premièrement, en décrivant la situation syrienne, nous pensons qu’il n’est pas possible de l’extraire de la situation géopolitique en Syrie – et dans la région – même si nous le voulons. Pour le dire simplement, la situation complexe des pays arabes entre eux ne peut nous permettre d’ignorer d’autres réalités en rapport : Israël et ses machinations dans le monde arabe, par exemple. Deuxièmement, en théorie, un État est censé réaliser ce qui est le meilleur pour lui et son peuple ; c’est-à-dire maintenir des relations économiques au bénéfice de cet État et de ce peuple, offrir du travail et une bonne qualité de vie, réaliser des alliances qui assurent la sécurité, etc. L’État ne devrait-il pas poursuivre ces objectifs au bénéfice de son peuple et de sa sécurité ? Ou bien, à contrario, le prétendu intérêt national devrait-il bénéficier uniquement à l’impérialisme, au colonialisme, au grand capital et aux élites ?

Pour en rajouter sur la question de la violence, nous proposons une nouvelle argumentation. Même si la violence entre quelques pays pouvait être contenue par la diplomatie et le dialogue, et même si la violence en Syrie et contre la Syrie se terminait d’une manière ou d’une autre, il resterait, dans le processus, le tsunami de violence que l’impérialisme US, Israël, et leurs laquais ont planifié de lâcher sur un monde qui refuse d’être asservi.²


La solidarité

»de la gauche « »contre la guerre«




Le progressisme prend racine dans des principes. Cependant, résumer une situation géopolitique aussi complexe en blanc et noir et la présenter ainsi à la gauche – un ensemble complexe elle aussi – est une analyse superficielle.

Pour les progressistes, il est clair que la guerre est un anathème, et cela les amène à s’agiter sans fin pour l’éviter. Dans le cas de la Syrie, la guerre était déjà là avant même que le gouvernement syrien ne demande l’assistance de la Russie pour détruire les mercenaires et les terroristes qui semaient la dévastation dans le pays – et à côté, en Irak. La Russie n’est pas à l’origine de la guerre et de la violence en Syrie. La Russie est là pour mettre fin à la violence et à l’état de guerre. La Russie utilise la violence comme moyen pour mettre fin à celle-ci. En procédant ainsi, et si cela réussit, la Russie aura finalement sauvé de nombreuses vies, beaucoup plus que celles qui, malheureusement, sont perdues pour avoir été au mauvais moment au mauvais endroit. C’est l’essence même de la guerre, la violence finit par frapper tout le monde, les combattants et les non-combattants. C’est triste à dire, mais le mieux que l’on puisse espérer est de minimiser le nombre de victimes civiles.

Le principe de base des progressistes affirme que durant les période de paix relative – quand il n’y pas de violence entre États – il faut s’opposer par tous les moyens au déclenchement de la violence, qu’elle soit militaire ou répressive.

Cependant, lorsqu’une violence a été commise par un État – de jure ou de facto – contre un autre État, l’État agressé possède le droit légitime de se défendre ; c’est un droit ancré dans la loi internationale par la Charte des Nations Unies, article 51.

Incontestablement, la Syrie est un pays attaqué par des mercenaires soutenus par des pays étrangers. En fait cela ne constitue pas une agression si furtive que ça. En conséquence la Syrie a le droit de se défendre. Depuis qu’elle est attaquée par une multitude d’acteurs hostiles soutenus par des États étrangers, il est compréhensible et justifié que le gouvernement syrien demande assistance à un allié comme la Russie. Cette dernière est à l’abri des reproches de la part des progressistes et d’autres critiques car elle s’est engagée dans la défense d’une nation alliée. La Russie n’est pas à l’origine de la violence : celle-ci est la conséquence de la demande d’assistance d’un état souverain, faisant partie des Nations Unies, engagé dans sa propre défense.

Il est compréhensible que ces progressistes appellent à une cessation immédiate de la violence, cependant un tel appel ne doit pas être lancé en l’air. La fin de la violence ne signifie pas une fin pour la morale de gauche. Les progressistes ne doivent pas lancer aux États des appels basés sur une méconnaissance de la situation. Dans le cas présent de la Syrie, tous les appels doivent être adressés aux États belligérants et à leurs mercenaires, qui ont lésé un autre pays en y apportant la violence, afin qu’ils cessent, en commençant par la restitution des territoires occupés, et en payant des réparations pour les crimes de guerre. En sus, l’Arabie saoudite, la Turquie, les USA, et les autres États occidentaux impliqués aux côtés d’Israël doivent être traduits devant un tribunal moderne similaire à celui de Nuremberg et poursuivis selon les lois de Nuremberg.

L’agression constituant le corps même du crime, il ne doit pas être permis qu’elle disparaisse tranquillement des mémoires, non jugée et impunie. Ce serait un horrible précédent, et en réalité bien trop de ces précédents existent. La loi doit être respectée si l’on veut prévenir les guerres. Sinon tous les effets dissuasifs face à d’autres guerres seront inutiles. Les conséquences d’un non-jugement sont faciles à comprendre et à discerner : violation croissante de la loi, persistance de la guerre et de la violence afin d’imposer un pouvoir hégémonique aux petits pays, et assassinats de masse continuels contre les civils

Donc il est essentiel que les gauchistes ne fassent pas de déclarations pleines de bonnes intentions désinvoltes en dépeignant les acteurs engagés dans un violent conflit avec le même pinceau. Il est aussi important de faire la part de la désinformation et de la propagande dans les médias et les déclarations des États. En général, dans un conflit violent il y a toujours un acteur qui a commencé les hostilités. Quelques gens de gauche accusent Bachar el-Assad et sa réponse prétendument disproportionnée contre les protestataires – les récits des médias officiels occidentaux nous remettent en mémoire la façon dont ils ont procédé lors du coup d’État raté orchestré par les USA et la droite au Venezuela en 2002. Mais ainsi qu’Eva Bartlett l’a pointé dans un brillant article, c’est de la désinformation et Assad est soutenu par les masses populaires syriennes 3

Après tout, même si Assad était responsable des fusillades de protestataires, cela ne donnerait pas une légitimité plus grande pour envoyer des mercenaires et des terroristes faire le coup de feu en Syrie et pousser au changement de régime que cela en aurait conféré au fait d’envoyer des terroristes et des mercenaires aux USA pour pousser à un changement du régime qui tirait sur les étudiants de l’Université d’État du Kent protestant contre la guerre du Vietnam, ou qui tirait sur les gens qui manifestaient contre la ségrégation raciale à l’Université de Caroline du Sud.

Pouvons-nous, nous le peuple, arrêter la violence en Syrie et donner de l’espoir à ces gens ? Cela dépend des développements futurs. La Conférence de Vienne sur la Syrie en octobre 2015 et sa suite en novembre ne signifient pas grand chose. Il est absurde que les USA et l’Arabie saoudite définissent qui est un rebelle modéré et qui ne l’est pas. Il est ridicule que l’Arabie saoudite abrite une conférence pour décider qui représente l’opposition syrienne. Et il est également absurde que quelques voix demandent aux ultra-terroristes wahhabites du Front al-Nusra d’abandonner leurs relations avec al-Qaida pour pouvoir participer aux pourparlers de paix. La destruction par les Turcs d’un avion de combat russe dans l’espace syrien – qui a peut-être pénétré quelques secondes l’espace aérien turc – est sur le point de provoquer une conflagration majeure. Quelques-uns parlent de Troisième Guerre mondiale. C’est possible.

L’histoire est remplie d’exemples ou le pouvoir réside dans les masses. Malgré toute les différences et la diversité entre les peuples, il existe une réalité unificatrice indéniable à la base de tout, nous représentons tous une seule humanité. Dans la mesure ou diviser et conquérir ne sert plus les intérêts des masses mais sert à enrichir les capitalistes, les impérialistes et les élites à travers la paupérisation des peuples, la seule option morale et logique est, pour ces mêmes masses, de se solidariser et de résister. Pour résister concrètement, il est essentiel pour le peuple de faire un effort afin de savoir et comprendre ce qui arrive et pourquoi. Dotée d’une capacité d’analyse, l’humanité pourra reconnaître et rejeter la propagande et la désinformation. Pour la réalisation effective de la résistance contre les fauteurs de guerre, la gauche porte l’énorme responsabilité de rester informée, prudente et réfléchie dans ses déclarations, basées sur, et éclairées par, une morale qui serve à l’ensemble des humains. Alors, et c’est peut-être le plus important, les masses conscientes pourront faire face ensemble, afin de rejeter l’ignorance qui a trop longtemps empesté l’humanité, l’ignorance à l’origine de la violence et de la guerre.

En d’autre termes, il faut une révolution. Une révolution afin de démanteler le complexe militaro-industriel, désarmer toutes les nations, et débarrasser le monde des profiteurs par la destruction de la guerre.

Idéaliste ? Peut-être bien, mais quelques idéaux et principes méritent que l’on s’acharne à combattre pour eux.
La violence impérialiste en Syrie partie [7/7]

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